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Maroc

Union africaine: la stratégie marocaine

Le roi du Maroc, Mohammed VI, a été reçu le 30 mai 2015 par le président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, à son arrivée à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny à Abidjan.
Le roi du Maroc, Mohammed VI, a été reçu le 30 mai 2015 par le président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, à son arrivée à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny à Abidjan. AFP PHOTO / SIA KAMBOU

Au sommet de Kigali, qui s'est tenu les 17 et 18 juillet, le roi du Maroc a annoncé sa volonté de réintégrer l'Union africaine. Le royaume avait quitté l'Organisation de l'unité africaine, l'ancêtre de l'UA, en 1984, en signe de protestation contre l'admission de la République arabe sahraouie démocratique, la RASD, proclamée par le Front Polisario, sur ce qui est considéré à Rabat comme un territoire marocain : le Sahara occidental. La décision de son retour revient désormais à la Commission de l'UA, qui devra voter sur le sujet. Le Maroc estime avoir le droit de reprendre ce que le roi Mohammed VI a nommé «sa place naturelle».

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Depuis trois ans, le roi Mohammed VI multiplie les voyages officiels en Afrique sub-saharienne, avec dans ses bagages ses ministres les plus influents et de riches hommes d'affaires. Il est chaque fois reçu en grandes pompes par les chefs d’Etat, de Libreville à Conakry, d’Abidjan à Bamako, avec les honneurs dus à son rang bien sûr, mais aussi avec l’intérêt que suscite le virage africain du royaume chérifien, qui avait longtemps privilégié sa bonne entente, et son partenariat privilégié, avec l’Union européenne.

Le tournant du Palais date de 2013, quand le roi décide de faire résolument bifurquer sa diplomatie vers le Sud et, pour commencer et rassurer les opinions publiques au sud du Sahara, de lancer une vaste opération de régularisation de milliers de migrants en route vers l’Europe et bloqués au Maroc. Une opération qui n’a pas compté que des réussites, mais qui a ouvert une brèche, fait évoluer quelque peu les mentalités et donné le signal d’un nouveau type de relations avec l’Afrique, et singulièrement l’Afrique francophone.

Bifurcation diplomatique

L’objectif du roi Mohammed VI était de donner un nouvel élan à la fois économique et politique à son royaume, dans un contexte global sécuritaire et économique lourd, alors que l'Europe s’embourbe dans la crise et la récession, et que l'intégration maghrébine est devenue en quelques années une chimère.

C'est pourquoi au Gabon, où il a vécu dans sa jeunesse aux côtés de l’actuel président Ali Bongo, mais aussi en Côte d'Ivoire, au Sénégal, en Guinée, Mohammed VI a commencé à ouvrir des marchés pour ses entreprises. Il favorise autant qu’il le peut l'implantation des puissantes banques marocaines, de services d'assurances, d'entreprises de BTP, d'opérateurs téléphoniques, ou même de médias, ouvrant également de nouvelles lignes pour la compagnie aérienne Royal Air Maroc, déjà très présente dans la sous-région.

Face à l’agitation jihadiste, le Maroc entend par ailleurs faire office de grand frère. « Amir el-Mouminine », c'est-à-dire Commandeur des croyants, le roi Mohammed VI cherche d’abord à étendre l'influence religieuse de l'islam malékite marocain, avec par exemple l'ouverture d'un institut de formation d'imams africains à Rabat. Parallèlement, les redoutables chefs de ses services anti-terroristes se sont beaucoup déplacés sur le continent ces derniers mois, du Rwanda à la Côte d’Ivoire, alors que la menace terroriste grandit partout.

Des soutiens pour son projet

Ce faisant, bien sûr, il entend engranger de nouveaux précieux soutiens à son projet de « large autonomie » pour le Sahara occidental, rejetant l’autodétermination proposée par l’ONU et l’indépendance voulue par le Front Polisario et l’Algérie, mais aussi quelques alliés de poids, comme l’Afrique du Sud.

Et cette stratégie commence à fonctionner : la République arabe sahraouie démocratique (RASD), présente autour de la table de l’Union africaine depuis sa création, perd une à une ses ambassades africaines. La Zambie est la dernière conquête marocaine, qui a retiré son soutien à la RASD quelques jours avant le sommet de Kigali. Si l’on en croit la motion proposée par le Gabon devant l’UA, ils sont 28 au sein de l’UA à désormais souhaiter l’exclusion de la RASD, dont les poids lourds que sont le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la RDC…

Un long chemin

Mais le chemin à parcourir pour exclure formellement la RASD et réintégrer le Maroc au sein de l’UA est encore long. Car techniquement, pour exclure un Etat membre, l'Acte constitutif de l'Union africaine a prévu deux moyens, et deux moyens seulement.

Le premier est indiqué dans son article 30 : il stipule que « les gouvernements qui accèdent au pouvoir par des moyens anticonstitutionnels ne sont pas admis à participer aux activités de l'Union ». Sont visés, bien sûr, les auteurs de coups d'Etat. Cet article a déjà permis de suspendre la Mauritanie après le coup d'Etat de 2008, mais aussi la Guinée après la prise du pouvoir par Moussa Dadis Camara, l'Egypte du maréchal Sissi ou plus récemment le Burkina Faso, après le putsch du général Diendéré. Difficile, en l'occurrence, de l'appliquer à la RASD, qui siège au sein de l'UA depuis sa création. Le second est décrit dans l'article 31 : il s'agit des modalités, pour un Etat, pour quitter volontairement l'UA.

Une voie détournée

Mais il reste une troisième manière, plus détournée : il faut modifier le texte fondateur de l’Union. Selon son article 32, « tout Etat peut soumettre des propositions d'amendement ou de révision » de celui-ci. La Conférence de l'Union, l'organe suprême de l'UA, dispose alors d'un an pour les examiner. Et c'est cette conférence des chefs d'Etat qui a le pouvoir de les adopter, soit par consensus, soit à la majorité des deux-tiers, c'est-à-dire 36 Etats, 8 Etats de plus que les signataires de la motion de Kigali.

Enfin, une dernière étape doit être franchie, en rassemblant là aussi une majorité des deux-tiers : la ratification par l'ensemble des Etats membres. Avec une précision d'importance : cette ratification doit être faite « conformément à leurs procédures constitutionnelles respectives », ce qui ouvre sans doute la voie à toutes sortes de manœuvres dilatoires de la part des opposants au projet marocain.

En bref, le retour du Maroc dans l’UA va désormais être l’objet d’un bras de fer diplomatique, la volonté politique de quelques-uns ne faisant pas tout dans une organisation collective.

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