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Philippines

Insultes et appels au meurtre: Rodrigo Duterte, le «Trump philippin»

Rodrigo Duterte lors d'une parade militaire, à Manille, le 1er juillet 2016.
Rodrigo Duterte lors d'une parade militaire, à Manille, le 1er juillet 2016. TED ALJIBE / AFP

Le président des Philippines Rodrigo Duterte, 71 ans, a été élu en mai dernier, au terme d’une campagne pas vraiment marquée par le sceau de la poésie. Outrancier et populiste, il avait déjà lancé des appels au meurtre. Ce n’est pas une fois parvenu au pouvoir qu’il compte devenir enfant de chœur, comme le montrent ses sorties coutumières qui lui ont valu le surnom de « Trump philippin ». Mais à la différence de l'agitateur républicain, Duterte a déjà le pouvoir entre les mains. Retour sur ses dernières algarades.

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■ L’ambassadeur américain : un « fils de pute »

C’est la dernière fleur offerte ad hominem par Duterte. A l'intention de Washington cette fois. « Comme vous le savez, je me bats avec l'ambassadeur [du secrétaire d'Etat américain John Kerry; Ndlr]. Son ambassadeur homosexuel, le fils de pute. Il m'a fait chier. » Ces propos homophobes ont été tenus à la télévision, vendredi 5 août.

C'est lors de la campagne qu'il avait pour la première fois eu maille à partir avec l'ambassadeur des Etats-Unis Philip Goldberg. Celui-ci, à l'instar de son homologue australien, avait fortement critiqué une plaisanterie douteuse de Duterte sur le viol et le meurtre d'une religieuse australienne en 1989 : « J'ai vu son visage et je me suis dit "Putain, quel dommage ! Ils l'ont violée, ils ont tous attendu leur tour". J'étais en colère qu'ils l'aient violée, mais elle était si belle. Je me suis dit : "le maire aurait pu passer en premier" », avait déclaré sans complexe le candidat à la présidentielle, le 17 avril dernier.

La vive passe d’armes du week-end dernier s'est terminée par une convocation au département d'Etat américain. « Les relations philippino-américaines demeurent fortes », a tenu à rassurer le porte-parole des Affaires étrangères philippin, à la suite de cet entretien.

Il y a quelques mois, l'impétueux M. Duterte avait menacé, s'il était élu, de rompre les relations avec Washington et Canberra. Les Philippines sont l'un des pays les plus proches des Etats-Unis en Asie du Sud-Est, notamment dans le contexte des différends territoriaux avec Pékin sur la mer de Chine méridionale.

Par le passé, le pape François a également eu l’insigne honneur d’être hissé au rang de rejeton de péripatéticienne. La faute du Saint-Père : avoir provoqué des embouteillages à Manille lors de sa visite, en janvier 2015, qui avait déplacé des foules – six millions de personnes, le plus grand rassemblement humain de l’histoire. Peu importe au poète en chef si 80% des Philippins sont des catholiques plus que fervents.

■ Lutte contre la drogue : « Tuez-les !»

« Cette campagne "tirer pour tuer", restera en vigueur jusqu'au dernier jour de mon mandat si je suis toujours en vie d'ici là. » Les propos, dont la teneur n’est pas nouvelle, sont tenus samedi 6 août devant un parterre de journalistes et de militaires à Davao, la grande ville du sud de l'archipel dont il était le maire. Des appels sans détour aux meurtres de masse.

Duterte, un président prônant les crimes de masse à la tête des Philippines

Rodrigo Duterte s'est engagé dans une lutte impitoyable contre le trafic de drogue. Il a nommément accusé plus de 160 juges, maires, parlementaires, policiers et militaires d'être impliqués dans des affaires de stupéfiants. Il a demandé que leurs gardes du corps leur soient retirés, de même que leurs permis de port d'arme et les a sommé de se rendre, tout en les menaçant : « Si vous montrez le moindre signe de violence ou de résistance, je dirai à la police: "Tuez-les". » Il a toutefois concédé qu'il pouvait se « tromper » quant à la culpabilité de certains…

Elu sur un programme ultra-sécuritaire, le président a affirmé que la police ne devait pas hésiter à tuer des trafiquants. Et il a exhorté la population à se joindre à ce combat. Des centaines de personnes accusées de liens avec les trafiquants ont été tuées par la police ou par des civils encouragés par la rhétorique présidentielle. La plus grande chaîne philippine, ABS-CBN, rapporte que 852 suspects ont péri depuis l’arrivée de Duterte. Les autorités dressent un bilan moitié moindre.

Dans son discours samedi 6 août, il a comme d'habitude balayé les critiques des organisations de défense des droits de l'homme : « Croyez-moi, je n’en ai rien à faire des droits de l’homme », dont les défenseurs ne sont que des « cœurs sensibles ». « Je partirai à la retraite avec la réputation d'Idi Amin », avait-il lancé le mois dernier. Le régime du dictateur ougandais Idi Amin Dada (1971-1979) fut marqué par une répression aveugle, avec la mort de 300 000 à 500 000 Ougandais.

Des militants des droits de l'homme et des groupes de paroissiens allument des bougies et en appellent à la justice devant l'augmentation vertigineuse du nombre d'exécutions extra-judiciaires, à Manille, le 10 août 2016.
Des militants des droits de l'homme et des groupes de paroissiens allument des bougies et en appellent à la justice devant l'augmentation vertigineuse du nombre d'exécutions extra-judiciaires, à Manille, le 10 août 2016. REUTERS/Romeo Ranoco

Pas de pincettes non plus pour accuser à nouveau la Chine d’abriter les barons de la drogue. « Où sont les gros poissons ? Si vous les voulez, allez en Chine. C'est là-bas qu'il faut les chercher (…) Comment je combats cela? On ne peut pas juste aller en Chine et lui déclarer la guerre. » Des termes aux accents poutiniens. En 1999, le ministre de Boris Eltsine clamait que la Russie « ira buter (les Tchétchènes) jusque dans les chiottes ».

Mardi 9 août, Duterte a menacé de rétablir la loi martiale si la justice se dressait sur le chemin de sa « politique anti-drogue ».

■ Ferdinand Marcos : le « meilleur président »

Lundi 8 août, la Commission historique des Philippines s'est élevée contre le projet de Rodrigo Duterte d'enterrer Ferdinand Marcos en héros, estimant que l'ex-dictateur ne pouvait être considéré comme tel.

La veille, le président s'était de nouveau engagé à transférer la dépouille de Marcos au Cimetière des Héros. Un choix contesté compte tenu des violations des droits de l'homme et des faits de corruption attribués à l'ex-homme fort de l'archipel. L'ancien dictateur est accusé d'avoir orchestré des abus des droits de l'homme à échelle massive et d'avoir détourné dix milliards de dollars des caisses de l'Etat. L'organisation Transparency International avait classé en 2004 Marcos comme le deuxième dirigeant le plus corrompu de tous les temps. Mais le 7 août dernier, le gouvernement a formellement pris les mesures pour préparer le transfert du corps vers le Cimetière des Héros.

Ces trois points ne sont que les dernières actualités du trublion de Manille, car il serait fastidieux d’en remonter l’historique intégral. Ainsi, on ne compte plus les sorties misogynes ou morbides. Et l’on garde en mémoire sa conception très personnelle du bon père de famille. Lors d'une conférence de presse, le paternel avait assuré qu'il n'hésiterait pas à tuer ses trois fils et sa fille s'il apprenait qu'ils se droguaient.

Les Philippins aiment les « grandes gueules », expliquait récemment à RFI David Camroux, chercheur au CERI-Sciences-Po. « Cela plaît à une partie de la population philippine qui voit la politique comme un grand cinéma. » Le populisme grand spectacle fait florès dans l'archipel. De l’autre côté du Pacifique, dans la première démocratie du monde, un autre homme, Donald Trump, l’a enregistré depuis longtemps et continuait, mercredi 10 août, de glisser sur cette dangereuse pente.

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