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Pétrole

Economie: la croissance décroche pour l’Afrique pétrolière

La raffinerie de pétrole de Kaduna, au Nigeria.
La raffinerie de pétrole de Kaduna, au Nigeria. Getty Images/Andrew Holt

De 5,3 % en moyenne entre 2010 et 2014, la croissance en Afrique subsaharienne est passée à 3,4 % en 2015. Elle devrait plafonner à 1,4 % en 2016, sans perspective de reprise en 2017, selon le Fonds monétaire international (FMI). En cause, la mauvaise conjoncture internationale et la baisse des cours des matières premières, pétrole en tête. Le bilan s’avère cependant contrasté : paradoxalement, ce sont les pays les moins bien nantis en minerais qui tirent le mieux leur épingle du jeu.

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Avec une moyenne de 1,4 % en 2016, le fléchissement de l’activité marque la plus faible expansion depuis 1994 selon le dernier rapport de l’institution financière internationale sur les perspectives de l’Afrique subsaharienne, publié le 31 octobre.

Le Nigeria est entré en récession, avec une croissance négative de -1,9 % prévue pour 2016, selon la Banque centrale du Nigeria. L’Afrique du Sud stagne, avec 1 % de croissance au premier semestre, de même que l’Angola, avec une prévision de croissance de 0,9 % pour 2016 (contre 3 % en 2015), en raison de sa forte dépendance au pétrole (95 % des exportations et les deux tiers des recettes fiscales).

« Ces trois pays, qui représentent la moitié du PIB de l’Afrique subsaharienne, chutent nettement », souligne Roger Nord, directeur adjoint du département Afrique du FMI, en charge de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique de l’Ouest francophone. Ils voient s’envoler les espoirs de croissance soutenue et de développement durable nourris pour l’ensemble du continent par les investisseurs du Nord comme du Sud, ces dernières années.

La baisse du pouvoir d’achat pourrait sonner le glas de la vogue afro-optimiste. Pour la première fois depuis 22 ans, le PIB par habitant devrait en effet se contracter, à cause de la dépréciation des taux de change et de la reprise de l’inflation dans plusieurs pays (à hauteur de 18 % en 2016 au Nigeria, un niveau inégalé depuis dix ans, et de 40 % en Angola).

Deux Afriques

« Mais de fait, deux Afriques se côtoient », nuance cependant Roger Nord. Les pays dépourvus d’importantes réserves de minerais, tels que la Côte d’Ivoire, le Sénégal, l’Ouganda, le Rwanda, l’Ethiopie, Madagascar et le Kenya vont continuer d’afficher un dynamisme enviable, avec des taux de croissance supérieurs à 3,8 %, tandis que les pays exportateurs de pétrole vont plonger, Nigeria, Angola et Ghana en tête.

Clairement, cette évolution confirme l’analyse prospective intitulée « Lions en mouvement », faite en 2010 et réactualisée chaque année par l’économiste camerounais Acha Leke, du bureau d’études McKinsey à Johannesburg. Cette étude montre l’existence de quatre groupes de pays en Afrique, en fonction de leur degré d’extraversion (exportations par habitant) et de diversification de leur économie.

D’un côté se trouvent les pays pétroliers peu diversifiés avec des économies étroites, de l’autre des lions historiques (Afrique du Sud, Egypte, Maroc et Tunisie, dans une étude qui englobe l’Afrique du Nord) confrontés à d’importants problèmes sociaux. Vient ensuite un groupe de pays pauvres et non diversifiés en situation de conflit armé, puis des pays de taille intermédiaire avec des économies diversifiées (reposant à 70 % sur l’industrie et les services), ayant pour la plupart connu des transitions démocratiques (Kenya, Côte d’Ivoire, Ghana, Sénégal, Mozambique, Tanzanie).

D’où l’inévitable question de la gouvernance, de plus en plus centrale pour la croissance économique des différentes régions d’Afrique. Prudent sur ce sujet sensible, Roger Nord rappelle qu’une étude du FMI a passé en revue les pays non pétroliers ayant connu la plus forte croissance sur les 20 dernières années.

« Les raisons des bonnes performances observées au Mozambique, en Tanzanie, en Ouganda, au Rwanda, en Ethiopie et au Burkina Faso tiennent en effet à des politiques économiques et des institutions renforcées sur cette période, explique le directeur adjoint du département Afrique du FMI. D’autres pays, et la Côte d’Ivoire en est le meilleur exemple, où un changement de régime politique s’est produit, ont retrouvé le chemin de la croissance. Les pays pétroliers, de manière générale, traversent des phases de croissance forte et de déclin, d’où la nécessité de mieux gérer ces cycles, pour les éliminer complètement. »

Des ajustements structurels préconisés partout

Le retard dans la riposte des gouvernements des pays pétroliers a aggravé la situation, selon le FMI. « Les politiques ne sont pas à la hauteur de la situation », poursuit Roger Nord. Les déficits budgétaires se sont creusés et la dette monte, faisant pression sur les réserves en devises. L’inflation s’est en 2016 emballée au Nigeria, en Angola, en Zambie au Ghana.

Sans surprise, le FMI préconise donc des ajustements structurels partout, pour reconstituer les réserves de devises, mieux mobiliser les recettes intérieures, réduire les déficits budgétaires, mieux gérer la dette, améliorer le climat des affaires et rendre la croissance plus inclusive.

Autant d’impératifs étroitement liés à des questions de gouvernance et de vision politique à long terme, en premier lieu dans les pays pétroliers. Au Congo, au Gabon, en Angola et au Nigeria, le développement paraît tout sauf durable, tant que la dépendance à l’égard de la manne pétrolière reste aussi forte.

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