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Afrique du Sud

Afrique du Sud: la jeunesse, question centrale pour Luvuyo Mandela

Luvuyo Mandela à Paris, le 6 décembre 2016, au musée du Quai Branly pour les 75 ans de l'AFD.
Luvuyo Mandela à Paris, le 6 décembre 2016, au musée du Quai Branly pour les 75 ans de l'AFD. RFI/ Sabine Cessou

Entrepreneur social et consultant, Luvuyo Mandela, l’un des arrière-petits-fils de Nelson Mandela, 30 ans, dirige Tyathumzi Advisory, un bureau qui travaille sur des programmes d’émancipation de la jeunesse dans différents townships du pays. En hausse depuis 2010, le taux de chômage des jeunes est désormais le plus élevé d’Afrique, avec 54,2% des 15-24 ans sans emploi, selon les statistiques officielles. Ce fléau persistant depuis la fin de l’apartheid frappe 27,1% des actifs, mais plus fortement les Noirs (30%) que les Blancs (7%). Entretien.

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RFI : Pourquoi vous centrez-vous sur l’éducation ?

Luvuyo Mandela : Car c’est notre principal défi et la clé de notre avenir. Depuis les premières élections démocratiques, en 1994, nous nous demandons comment rendre plus d’opportunités accessibles à la majorité des Sud-Africains, qui appartiennent aux communautés historiquement désavantagées. Le manque d’accès et d’ouverture à différentes expériences reste flagrant dans les townships, que d’autres pays appelleraient des « ghettos ». Notre objectif est de permettre aux jeunes qui y résident de rêver, de se projeter dans l’avenir, et surtout de concrétiser leurs projets.

S’agit-il de les dissuader de devenir des criminels ?

Certains de ces jeunes criminels sont très intelligents, mais on ne leur a pas donné la possibilité d’investir dans leur propre personne. C’est ce dont je traite quand je leur parle : on doit d’abord investir dans soi-même. C’est ce que l’éducation permet. En général, l’idée de suivre un cursus ne semble être payante que plus tard dans la vie. Cela ne leur dit rien dans leur jeunesse, alors qu’il faut mieux penser, mieux lire, aller au cinéma, chercher de meilleures opportunités partout. Quitter le township n’est pas forcément la première chose à faire, comme on le croit souvent. Nous leur conseillons au contraire d’investir dans leur propre communauté, à l’instar de l’homme d’affaires Richard Maponya qui, a par exemple, a transformé un terrain et construit une galerie marchande à Soweto.

Porter le nom de Mandela, est-ce un atout pour faire passer ce message ?

Pas forcément ! Mes interlocuteurs s’attendent à ce que je leur serve le propos de mon arrière-grand-père. Je porte ce nom comme une sorte de marque globale qui dispenserait ce type de discours… Comme si le fils de Michael Jordan venait leur dire qu’ils peuvent améliorer leur vie à travers le basket-ball ! Les jeunes peuvent se déconnecter très vite de ce que je dis… Les adultes, eux, sont plus intéressés par mon propos mais s’attendent bien souvent à ce que les ressources soient faciles d’accès pour moi. Ce qui n’est pas nécessairement le cas ! Porter ce nom représente un atout plus solide à l’international qu’au niveau national, pour trouver des partenaires notamment, ce que je m’emploie à faire depuis deux ans.

L’héritage de Nelson Mandela n’est-il pas controversé en Afrique du Sud ?

Les premières élections démocratiques remontent à 1994. C’est très bien de se demander 22 ans plus tard pourquoi mon arrière-grand-père n’a pas fait plus… En vérité, il a fait ce qu’il a pu, avec les moyens dont il disposait. Il n’a pas pu pousser son programme plus loin, parce que ce dernier mettait trop de gens mal à l’aise. Le contexte d’une guerre civile qui se profilait avant 1994 l’a amené à faire des compromis. C’est toujours facile de montrer le gouvernement du doigt, mais les Sud-Africains eux-mêmes ont-ils fait leur part de travail ? Nous n’avons peut-être pas eu de guerre civile, mais peut-on en conclure que tout va bien et que nous nous entendons désormais ? Lorsqu’on se met à converser avec des groupes raciaux, culturels et religieux différents, on se rend compte que les gens ne se comprennent toujours pas. C’est l’une des plus grandes questions à laquelle nous sommes confrontés, aujourd’hui encore.

La Commission vérité et réconciliation (CVR) n’a-t-elle pas suffi ?

Elle a représenté une tentative, dans l’espoir que plus serait fait par la suite. Mais tous les Sud-Africains n’étaient pas conscients du caractère horrible et extrêmement violent de l’apartheid, ni de l’ampleur des dégâts matériels et psychologiques qu’il a provoqués. Régulièrement, des incidents nous rappellent que nous n’avons pas fait assez. L’Allemagne me semble être une nation qui a réussi à accepter et à enseigner son histoire à toutes ses générations. On ne peut pas suivre des cours d’histoire dans ce pays sans apprendre ce qu’a été l’Holocauste. L’Afrique du Sud n’a pas fait de même. L’histoire n’est plus une matière obligatoire au collège, après un certain niveau. Ce qui ne me paraît pas très sage, car les nouvelles générations doivent comprendre pourquoi certains se montrent mécontents du fait que le contexte ait parfois si peu changé pour eux.

Les mécanismes du racisme ont-ils été durablement démontés ?

Nos dirigeants ont cherché à surmonter l’apartheid, mais ont-ils eu le temps de mettre en œuvre leur vision quand ils sont sortis de prison ? C’est une autre question… De très belles politiques ont été pensées en Afrique du Sud, sans qu’il y ait toujours la marge de manœuvre pour les appliquer, en raison des négociations et des pressions inhérentes à l’exercice du pouvoir, comme partout ailleurs dans le monde.

Cet entretien est publié en partenariat avec le blog d’experts Idées pour le développement (ID4D) animé par l’Agence française de développement (AFD).

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