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Littérature / Etats-Unis

Dans «Le Grand combat», Ta-Nehisi Coates raconte l'Amérique noire de sa jeunesse

Ta-Nehisi Coates.
Ta-Nehisi Coates. wikimedia cc

Ce nouvel essai de Ta-Nehisi Coates, journaliste afro-américain de 41 ans, auteur en 2015 du best-seller Une colère noire, offre une plongée dans le Baltimore de son adolescence. Une ville des Etats-Unis en proie à ses gangs et au crack, rongée par la violence et les divisions raciales.

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Avant d’écrire une longue lettre à son fils adolescent, la forme littéraire qu’il avait choisie pour Une colère noire, Ta-Nehisi Coates avait réglé ses comptes avec son père dans The Beautiful Struggle. Un ouvrage publié aux Etats-Unis en 2008, mais récemment traduit en français sous le titre Le grand combat. Le journaliste revient sur son enfance dans le West Baltimore des années 1980, sous la protection d’un père passionné de littérature et ancien membre des Black Panthers.

Paul Coates a eu plusieurs enfants avec plusieurs femmes, parfois des amies intimes, et parfois la même année. « Vu comme ça, c’est le bordel, mais pour moi c’est de l’amour », annonce d’emblée Ta-Nehisi Coates. « Il ne portait pas d’alliance, estimait que le mariage se vivait au jour le jour et semblait bien parti pour accomplir la destinée des jeunes hommes en général et celle de son père en particulier », écrit-il. Pour autant, ce passionné de littérature noire qui avait fondé sa petite maison d’édition dans sa cave appartenait à la catégorie éclairée des « Conscients » et n’était pas aux abonnés absents avec ses enfants.

« Parmi les Conscients, ( …) il était également célèbre pour la présence constante de sa progéniture, même si la composition de celle-ci variait en fonction des semaines. Ce n’est pas mettre la barre très haut, je l’admets. Mais en ces temps d’indignité chronique, nous étions tombés si bas que les pères se vantaient d’abandonner leurs gosses. »

Le combat, dans toutes ses dimensions

Sous la plume de Ta-Nehisi Coates, plusieurs combats émergent : « le long combat » de l’éducation que mène son père, le « combat de nos aînés » avec « le masque de fer des esclaves marrons, les pieds coupés, le fusil de Harriet Tubman » mais aussi ce combat imposé de la violence rituelle dans la rue, pour un oui ou pour un non, auquel il se refuse. Au risque de passer pour un lâche.

Un peu comme son père dans sa jeunesse des années 1960, qui se résout malgré tout à vaincre sa peur, poussé par son propre père. « C’était une autre époque. Mon père avait cette foi particulière qui fait de nous des patriotes malgré le joug. Il vénérait JFK, avait des poussées d’adrénaline devant de vieux films de guerre, rêvait de sauter par-dessus des monticules de sable, de conduire des chars, de lancer des grenades ».

Devenu maître-chien dans la police militaire, Paul Coates embarque pour la guerre du Vietnam. Son fils en rapporte les souvenirs qu’il a bien voulu lui en livrer. Pour se venger des humiliations que lui infligent ses camarades blancs d’unité, il « concocta une vengeance : il acheta quelques disques de Dylan, dont il ne savait rien, sinon qu’il jouait une musique de péquenaud ». Mais se fait prendre à son propre piège. « Non seulement il était sensible à la poésie de Dylan, mais ce qu’il entendait confirmait tous ses soupçons. Cette guerre était une vaste couillonnade ».

L’Amérique noire des années 1980

Au-delà du simple bonheur de lire une plume lucide, acérée et trempée dans le réel, même passé au filtre des souvenirs, Ta-Nehisi Coates embarque son lecteur pour un voyage dans le temps et l’espace. Direction le cœur du ghetto, aux débuts du hip-hop et plus tard de Spike Lee, dans une communauté noire dont les problèmes restent cruellement actuels, malgré les deux mandats de Barack Obama, une figure dont il n’est pas question ici.

Le livre se termine sur une lueur d’espoir, une bataille d’eau lors d’une fête dans un jardin. Réflexion de l’auteur, qui peut paraître banale mais en dit long sur le côté politique de la moindre décision dans la vie quotidienne de parents noirs et « conscients » : « Enfant, je n’avais jamais eu droit au moindre pistolet à eau. C’était le symbole de l’esclavage des années 1980. Ce n’était pas un jeu : trop de garçons tombaient sous les balles. Mais, ce jour-là, tout le monde se canardait joyeusement. »

Le combat de Ta-Nehisi Coates est loin d’être fini, et le débat sur les armes à feu continue de faire rage aux Etats-Unis, où la légalité du port d’arme a été l’un des arguments de campagne du candidat républicain Donald Trump. La lecture du passé d’un jeune Noir qui n’a pas viré au bad boy n’en est que plus éclairante, pour saisir des bribes de la subjectivité de quelque 42 millions d’Afro-Américains (13% de la population). Ils sont ici dépeints sans complaisance ni romantisme, mais avec une honnêteté qui fait de Ta-Nehisi Coates une voix rare, résolument à part.

→ Ta-Nehisi Coates, Le grand combat, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Karine Lalechère, éd. Autrement, 267 p., 19 €.

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