France

L’éternelle polémique sur le retour des cendres de Charles X en France

Une peinture du roi Charles X dans sa tenue de couronnement.
Une peinture du roi Charles X dans sa tenue de couronnement. Wikipedia
4 mn

Depuis plus de 30 ans, des passionnés d’Histoire débattent au sujet de Charles X. Certains veulent le retour de ses cendres en France, d’autres préfèrent qu’elles restent en Slovénie. Si le gouvernement français refuse de se prononcer, d’autres le font pour lui. En visite au monastère de Nova Gorica où repose le roi, le prétendant au trône de France Louis Alphonse de Bourbon a relancé le débat.

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Par Pierre Steinmetz

Il s’est éteint il y a 180 ans. Et pourtant Charles X continue de diviser. Les cendres du roi de France doivent-elles rester au monastère slovène de Nova Gorica ? Doivent-elles revenir à la basilique Saint-Denis, en banlieue parisienne ?

En disant tout et son contraire, le prince Louis Alphonse de Bourbon a choisi de ne pas trancher. Mi-février, celui qui n’a aucun lien de parenté avec l’avant-dernier roi de France est catégorique. « Si Charles X voulait être enterré ici, les choses doivent donc rester ainsi », lance le prétendant au trône de France en pleine visite du monastère slovène.

En 2002, Louis Alphonse de Bourbon avait dit l’exact opposé : « Je désire moi aussi le retour du corps de Charles X sur la bonne vieille terre de France […] La place d’un fils de France est parmi ses pairs à Saint-Denis et nulle part ailleurs », déclarait-il lors d’une visite à Paris.

Cette contradiction énerve Philipe Delorme, fervent défenseur du retour de Charles X en France : « Visiblement, il n’y a pas que les candidats à la présidentielle qui ont des problèmes de communication », réagit le président d’honneur de l’association Pour le retour à Saint-Denis de Charles X et des derniers Bourbon.

En plus d’être incohérente, cette prise de position est illégitime pour l’historien : « Selon la loi française, seul un descendant de Charles X peut avoir des revendications recevables à ce sujet ».

Ces divergences sont le symbole d’un débat sans fin. Depuis plus de 30 ans, deux camps semblent irréconciliables. En 1986, déjà, un premier projet de rapatriement soutenu par le président français François Mitterand échouait.

« Charles X, ce n’est pas le Mont Saint-Michel non plus ! »

D’un côté, les autorités locales de Nova Gorica, quelques historiens et désormais Louis Alphonse de Bourbon. Interrogé par l’agence slovène STA en 2016, le maire de la commune avance, lui aussi, le principal argument utilisé par les opposants. « Il faut respecter les dernières volontés de Charles X. Il a souhaité être inhumé au monastère franciscain de Konstanjevica, et c'est ainsi que les choses doivent être », affirme l’élu.
De l’autre côté, l’association qui rassemble une cinquantaine de descendants du roi. Son président d’honneur est clair : « Il n’y a jamais eu de traces écrites dans le testament de Charles X de cette fameuse volonté. Pour Nova Gorica, c’est plus une affaire de tourisme qui est en jeu », estime Philippe Delorme avant d’ajouter : « Charles X, ce n’est pas le Mont Saint-Michel non plus ! »

Et l’argumentaire ne s’arrête pas sur cette clarification. « Ce serait une manière de rappeler que la République est héritière de toute l’histoire de France en plus d’être une occasion de mettre en lumière la région de Saint-Denis autrement que par les voitures brûlées ou les descentes de police », conclut l’historien.

Quoi qu’il en soit, la situation ne se débloquera pas avant l’élection présidentielle. Le gouvernement actuel a fait savoir à l’association qu’il ne s’aventurerait pas dans un tel projet à quelques mois de la fin du quinquennat. Pas de raison de perdre espoir pour autant selon Philippe Delorme : « L’ambassadeur slovène n’a jamais posé de veto et aucun des principaux candidats à l’élection présidentielle ne semble fermé à notre demande ». Affaire à suivre donc… Une fois de plus.

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