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Ecologie / Afrique

Quelle chance pour les partis verts en Afrique?

En Afrique, des partis écologistes ont été lancés dans les années 1990 et 2000 à la faveur des ouvertures démocratiques
En Afrique, des partis écologistes ont été lancés dans les années 1990 et 2000 à la faveur des ouvertures démocratiques Getty Images/National Geographic/Jad Davenport

L'écologie politique fait son chemin sur le continent africain avec la multiplication de partis « verts », mais reste marginale, comme ailleurs dans le monde. Les bailleurs de fonds et les puissances occidentales pressent pourtant l'Afrique de faire sa « transition verte » pour un développement durable moins polluant. Mais la défense de l'environnement reste secondaire.

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Nombreux dans les ONG et la société civile, notamment en Afrique anglophone, les écologistes africains sont également présents en politique, avec ou sans le soutien financier de leurs camarades des pays du Nord. Cette donne a contribué à brouiller le jeu, nombre de pays comptant deux partis verts concurrents et affiliés à des organisations différentes, les Verts belges et suédois luttant pour leurs zones d'influence respectives en Afrique.

Les combats de l'écologie politique ont parfois pris des formes radicales qui ont marqué les esprits. Ainsi, le Mouvement pour la survie du peuple ogoni (Mosop), créé en 1990 au Nigeria, a été réprimé pour son action contre la pollution sévère dans la région du delta du fleuve Niger par les industries pétrolières. Son fondateur, l'écrivain Ken Saro-Wiwa, a été pendu haut et court le 10 novembre 1995 avec huit de ses camarades par le régime militaire de Sani Abacha en raison de son retentissant plaidoyer contre Shell.

Trente ans plus tard, la multinationale est toujours épinglée par les rapports d'ONG comme Amnesty International mais continue de polluer en toute impunité. Le Nigeria compte des mouvements de défense de l’environnement mais toujours pas de parti vert.

« Grande Muraille Verte » au Sénégal

Ailleurs, des partis écologistes ont été lancés dans les années 1990 et 2000 à la faveur des ouvertures démocratiques. Au Sénégal, où l'antenne locale de Greenpeace est très active, l'écologie a ses défenseurs en politique. Elle fait aussi partie des considérations des dirigeants, avec de grands chantiers tels que la « Grande Muraille Verte » voulue par l'ancien président Abdoulaye Wade.

Certains ont été nommés ministres, comme Haïdar El Ali, en charge du portefeuille de l'Ecologie au Sénégal de 2012 à 2013 dans le gouvernement de Macky Sall. Plus à l'aise à la tête de son ONG Océanium qu'au gouvernement, Haïdar El Ali a repris son bâton de pèlerin militant, après avoir pris des mesures exemplaires en tant que ministre, telles que la suspension des licences de pêche aux chalutiers étrangers qui pillent les eaux nationales du Sénégal.

Du Sahel au bassin du Congo

Là où les problèmes environnementaux se font le plus ressentir, des partis et des mouvements émergent. Dans le Sahel, des élus locaux ont essaimé, au Sénégal, au Mali et au Burkina Faso - un pays où le chef de file des Verts, Ram Ouedraogo, s'est présenté à quatre reprises à la présidentielle. Il a remporté 6,6% des voix en 1998, un score retombé à 0,6 % en 2015.

Dans la zone de la forêt équatoriale du Congo, les militants se mobilisent également, notamment en République démocratique du Congo (RDC), où l'écologie est présente du sommet de l'Etat, en la personne du négociateur climat de la RDC Tosi Mpanu-Mpanu, à la base militante du Parti écologiste congolais (Peco), créé en 2008 par un ancien ministre de l’Environnement, Didace Pembe Bokiaga, en passant par l'Eglise catholique, avec la Conférence épiscopale pour les ressources naturelles (Cern). Cette dernière fonctionne comme une ONG et tient un discours aux accents politiques, plus audible que celui du Peco en raison de la puissance de l'Eglise catholique en RDC.

« Au lieu de contribuer au développement de notre pays et profiter à notre peuple, les minerais, le pétrole et la forêt sont devenus des causes de notre malheur », expliquaient les évêques au moment de la création de la commission, en 2007. Quinze observatoires de la Cern veillent à travers le pays, à l’ouest où se trouve la forêt, à l’est où sont exploités les « minerais du sang » et au sud-ouest à Boma, où existe une nappe de pétrole.

Rwanda : un candidat vert à la présidentielle

Pour avoir critiqué le rôle de son pays dans le pillage des ressources forestières de la RDC voisine, Frank Habineza, président du Parti vert démocratique rwandais, s'est vu mettre des bâtons dans les roues par le pouvoir à Kigali.

Cette figure importante de l'écologie en Afrique a fondé le Democratic Green Party (DGP) au Rwanda, en août 2009, un an avant la présidentielle de 2010, à laquelle il n'a pu concourir. En juillet 2010, le vice-président de son parti, André Rwisereka, avait été retrouvé mort et décapité dans un fossé, près de la ville de Butare.

Frank Habineza tire désormais du versant international de son profil une forme de protection chez lui. Il est depuis 2010 le président de la Fédération des verts d'Afrique, fondée la même année à Kampala, en Ouganda, pour regrouper toutes les forces vives de l'écologie politique africaine, qu'elles soient organisées en partis d'opposition ou en associations.

Alors qu'il n'avait pas pu soumettre sa candidature en 2010, son parti a été reconnu en 2013 et sa candidature a été acceptée cette année, face au président sortant Paul Kagamé, auquel l'opposant continue de reprocher ses méthodes coercitives. Frank Habineza incarne des enjeux nettement plus politiques chez lui que le souci de l'environnement.

Petit parti vert et méga-centrales à charbon

Alors, quel avenir pour l'écologie politique sur le continent ? L'Afrique du Sud, premier pays industrialisé et seul marché émergent du continent, paraît emblématique. Son parti vert, le Green Party of South Africa (GSPA), ultra-minoritaire, n'existe que dans la province du Cap occidental, où il fait des scores très faibles même au niveau local : 0,2% aux élections provinciales de 2004.

Pourtant, les ménages du Cap, seconde ville du pays avec près de 4 millions d'habitants, sont tous concernés par l'environnement. La mairie leur demande de se rationner en eau cette année, en raison de la sécheresse qui sévit.

De graves pénuries d'eau sont prévues en Afrique du Sud à cause du changement climatique, incitant les scientifiques à se pencher sur des procédés de désalinisation de l'eau de mer. De leur côté, les politologues anticipent déjà sur les « guerres de l'eau » qui sont susceptibles d'éclater en Afrique australe.

En attendant, poussé par des considérations strictement économiques, le gouvernement sud-africain prend des décisions qui vont à l'encontre des plaidoyers des ONG comme des engagements pris lors des Conférences des parties pour le climat (COP).

Pretoria a ainsi opté en 2010 pour la construction de nouvelles méga-centrales à charbon, industrie la plus polluante au monde, mais la moins chère de son point de vue, afin d'augmenter rapidement sa production nationale d'électricité, l'offre ne suivant pas la demande. Résoudre la crise de l'énergie reste une urgence à travers le continent et un argument politique de court terme bien plus fort que les considérations de long terme sur la protection de l'environnement.

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