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Education

Afrique: rentrée scolaire sur fond de crise lancinante de l'école publique

Salle de classe dans une école d'Abidjan.
Salle de classe dans une école d'Abidjan. Getty/Luca Sage

La rentrée scolaire se prépare dans les capitales d'Afrique francophone où de plus en plus de parents se sacrifient pour inscrire leurs enfants dans les meilleures écoles privées. Au Sénégal comme en Côte d'Ivoire, l'essor des établissements privés laisse en suspens la question de la réforme de l'enseignement public, gratuit mais en crise.

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En première place des 20 meilleurs établissements secondaires du Sénégal se trouve le Cours Mariama Bâ de Gorée. Ce lycée public d'excellence pour filles admet les meilleures élèves du pays en fonction de leurs résultats. Les frais d'inscription n'y dépassent pas 15 euros par an.

Sur cette liste ne figurent que deux autres établissements publics : le prestigieux Prytanée militaire de Saint-Louis, au nord de la capitale, et le lycée Thierno Saïdou Nourou Tall, dans le quartier Point E à Dakar. En revanche, dans le classement de l'Union nationale des parents d'élèves et étudiants du Sénégal, on trouve une pléthore d'écoles privées.

Ces dernières sont en plein essor depuis trente ans au Sénégal en raison des coupes budgétaires des années 1980 et 1990 qui ont pénalisé l'éducation nationale, pour cause de programme d'ajustement structurel.

« Aujourd'hui, un étudiant sur quatre se trouve dans un établissement privé », constate ainsi Amadou Diaw, fondateur en 1992 de l'Institut supérieur de management (ISM), une école de commerce dakaroise qui rencontre un grand succès. L'ISM a déjà formé 18 000 jeunes et compte aujourd'hui 5 000 inscrits. Son président a également monté cinq lycées privés à travers le pays pour répondre à la demande.

Concurrence avec les lycées français

De plus en plus, les parents se tournent en effet vers le privé pour assurer un meilleur avenir à leurs enfants, quitte à se saigner aux quatre veines. A titre d'exemple, le lycée privé Aimé Césaire de Saint-Louis facture à un prix relativement accessible - 564 euros par an - la scolarité d'un élève, sans le matériel, l'uniforme, le transport et la cantine.

Fondé en 1948 par l'Eglise catholique, le cours privé Sainte Marie de Hann, à Dakar, jouit avec 4 000 élèves et 200 professeurs d'une bonne réputation. Il propose un programme sénégalais à 48 000 francs CFA (73 euros) par mois pour le collège, contre 145 000 francs CFA par mois (221 euros) pour le programme français et 96 000 francs CFA (146 euros) pour le programme bilingue.

Au total, l'année coûte entre 800 et 2 400 euros environ par élève des maristes en comptant les frais de dossier et d'inscription. Le PIB par habitant du Sénégal, lui, ne dépasse pas 812 euros par an. Une tendance lourde en Afrique francophone consiste à voir les établissements de la place concurrencer les lycées français, prestigieux mais chers, courus par les élites locales.

Comme tous les lycées français de l'étranger, des structures publiques qui facturent des frais de scolarité élevés qui font « référence » pour le secteur privé local, le lycée français Jean Mermoz de Dakar, demande 2 700 euros l'année dans le primaire et 3 474 euros dans le secondaire pour les élèves de nationalité française ou sénégalaise. Et environ 4 000 et 5 000 euros pour les autres nationalités, avec une ristourne de 12 % à partir du troisième enfant inscrit.

Faible espérance de vie scolaire

En Côte d'Ivoire, au Mali, au Burkina Faso ou au Bénin, les mêmes problématiques sont à l'œuvre, dans des écoles publiques qui ne sont pas toutes gratuites. Les frais d'inscription vont de 2 ou 3 euros à 60 euros par an dans les écoles, collèges et lycées burkinabè, tandis que la gratuité totale de l'école maternelle et primaire n'a été instaurée qu'en 2006 au Bénin.

Dans un rapport rendu en février 2017 sur l'économie ivoirienne, la Banque mondiale a souligné le fait que l'espérance de vie scolaire d'un enfant ivoirien, ajustée au taux de redoublement, ne dépasse pas 7,7 ans en moyenne, contre 9,7 ans à l'échelle de l'Afrique et 12 ans dans les Pays à revenus intermédiaires (PRI).

« L’école publique est de plus en plus disqualifiée en raison des multiples grèves qui ponctuent les années scolaires, explique le sociologue ivoirien Francis Akindès. Elle délivre des titres auxquels ne correspondent plus des compétences réelles. Les recommandations de la Banque mondiale sur le primaire et le secondaire oublient la dimension systémique de l'éducation : pour avoir des instituteurs compétents dans le primaire, il faut commencer par réformer le supérieur, qui forme les maîtres ».

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