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Liban: pour que les enfants réfugiés syriens reprennent le chemin de l’école

Photo extraite de «Réinventez l'école».
Photo extraite de «Réinventez l'école». Nicolas Camoisson

La crise des réfugiés syriens n’est pas uniquement un drame d’adultes. C’est aussi et surtout une tragédie pour des milliers d’enfants qui n’ont plus accès à l’éducation, un droit pourtant fondamental. Au Liban, sur les quelque 1,5 million de réfugiés, 500 000 ont entre 3 et 18 ans. Des associations se mobilisent pour que les enfants syriens reprennent le chemin de l’école.

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« (…) Formelle ou pas, c’est bien une école. C’est même un îlot, un lieu-refuge, un bateau de douceur dans le flot sombre des rages ambiantes », raconte l’écrivain Marion Coudert dans Réinventer l’école*, un ouvrage réalisé par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Une œuvre littéraire et poétique réalisée sous forme d’enquête auprès des enfants réfugiés au Liban, dans laquelle les photographies en noir et blanc de Nicolas Tarek Camoisson entraînent le lecteur au cœur des souffrances mais aussi des joies éphémères de ces enfants syriens.

En décembre dernier, les deux artistes ainsi que l'écrivain Yamen Manaï se sont envolés pour le Liban à leur rencontre. Ils sont arrivés dans un milieu hostile dans lequel ils ont découvert les initiatives de celles et ceux qui leur viennent en aide, avant tout sur le plan de l’éducation. Ils ont saisi, par les mots et par les images, les yeux pétillants d’enfants se rendant en classe, la joie d’apprendre gravée sur les visages.

Camp de Bar Elias.
Camp de Bar Elias. Nicolas Camoisson

250 000 jeunes non scolarisés

Aujourd’hui, un enfant réfugié syrien sur deux n’a pas accès à l’enseignement au Liban, soit 250 000 jeunes. L’école est pourtant obligatoire jusqu’à 15 ans. Parce que les obstacles sont multiples : il y certes la guerre, l’exil, les problèmes psychologiques, etc. Il y a aussi le fait que le pays du Cèdre est parsemé de check-points, les parents réfugiés préfèrent alors envoyer leurs enfants travailler en ville car ces derniers sont moins contrôlés, et ce malgré l’interdiction du travail des enfants. Les mariages précoces sont également très fréquents.

Au Liban pourtant, nombreux sont les enfants qui grossissent les bancs des écoles officielles, les cours de l’après-midi sont d’ailleurs réservés aux Syriens. Mais si l’école publique est gratuite, l’enseignement est bilingue arabe et français ou anglais. Or, la majorité des jeunes Syriens réfugiés ne parle que l’arabe. Un défi de taille qu’ONG et associations tentent de relever.

Le problème de la langue

A la rentrée dernière, l’ONG Save the Children a lancé « Leur éducation est notre futur », une campagne visant à ce que tous les enfants résidant au Liban aient accès à l'éducation, même en dehors des circuits scolaires ainsi que par le biais des remises à niveau qui permettraient aux réfugiés de reprendre leurs études.

Le bus pédagogique de l'ONG Amel.
Le bus pédagogique de l'ONG Amel. Nicolas Camoisson

C’est ce que font déjà de nombreuses ONG qui dispensent ainsi des cours de français ou d’anglais aux enfants défavorisés afin qu’ils puissent ensuite intégrer l’école publique libanaise. Et depuis un an et demi, l’OIF soutient l'association Yalla ! Pour les enfants et les ONG Sawa et Amel pour mettre en œuvre un programme d’éducation pour les jeunes réfugiés. Le but est de procurer une aide scolaire aux jeunes qui sont en difficultés mais déjà scolarisés, ou bien d’enseigner le français à des réfugiés qui ne vont pas du tout à l’école. Des écoles sont ainsi « construites », dans des appartements parfois, dans des préfabriqués près des camps de réfugiés ou même à l’intérieur ; des professeurs sont parallèlement formés.

Répondre à un besoin réel

« Actuellement, plus de mille enfants participent au programme (…) et en 2017, 80% d’entre eux ont pu intégrer une école après avoir suivi le programme, raconte Iyade Khalaf, responsable de programme à l'OIF et coordinateur de Réinventez l’école, qui a effectué plusieurs missions de terrains auprès des réfugiés au Liban et qui a noué le partenariat avec Yalla ! Pour les enfants, Sawa et Amel.

« L’origine du projet était de répondre à un besoin réel, constaté sur le terrain, poursuit-il, il fallait aider ces enfants désœuvrés à s’en sortir par le biais de l’éducation. (...) Nous sommes présents dans la banlieue de Beyrouth, dans la plaine de la Bekaa et dans le Sud, dans le camp de Khiam, c’est-à-dire au plus près des lieux où se trouvent des écoles publiques bilingues arabe-français. »

Cours de français.
Cours de français. Nicolas Camoisson

« On a assemblé des containers. On a formé un U pour qu’il y ait une cour. On a peint sur les tôles striées des containers pour qu’il y ait un air de fête et d’enfance. L’école existe, mince conquête peut-être, mais essentielle, fondatrice », écrit Marion Coudert lors de sa visite dans le camp de Bar Elias où s’active l’ONG Sawa.

Parce que l’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage, c’est aussi un lieu de vie sociale et de partage pour ces enfants trop souvent traumatisés par la guerre et l’exil. L’école sert aussi à soigner les blessures psychologiques et à se reconstruire. Pour que ces petits réfugiés, qui sont l’avenir de leur pays, puissent à leur tour reconstruire la Syrie.

*Réinventez l'école, Editions Ici&Là, 15€.

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