Accéder au contenu principal
Cinéma

«L’absence», de Mama Keïta: «surtout prenez plaisir au spectacle!»

Le polytechnicien sûr de lui fait face à ses souvenirs d’enfance.
Le polytechnicien sûr de lui fait face à ses souvenirs d’enfance. DR

Tourné en 2009 à Dakar, ce film du réalisateur franco-guinéen Mama Keïta est enfin sorti en salle mercredi 22 janvier à Paris, après avoir été diffusé dans de nombreux festivals. Une œuvre puissante, entre thriller et drame familial, sur des tensions à la fois intimes et sociales.

Publicité

Adama, un jeune homme brillant, ingénieur à l’Aérospatiale, revient pour deux jours à Dakar, où il n’a pas mis les pieds depuis quinze ans. Il pensait enterrer sa grand-mère, ayant reçu un télégramme qui la disait mal en point. Il la trouve bien vivante, aux côtés de sa jeune sœur, Aïcha, muette. Il ne tarde pas à découvrir que c’est cette dernière qui a voulu son retour, mais aussi qu’elle se prostitue dans les rues de Dakar. Un vieil abcès commence alors à crever, dans un drame qui finira mal, sur fond de course-poursuite lancée par des proxénètes.

Tout droit sorti de « L’aventure ambigüe »

Tout au long du film, le polytechnicien sûr de lui fait face à ses souvenirs d’enfance, mais aussi aux reproches qui pleuvent à son encontre après une si longue absence. L’un de ses anciens professeurs le somme de s’investir plus pour son pays. « Vous assistez à notre agonie, surtout prenez plaisir au spectacle ! », lui lance l’ancien, joué par feu Omar Seck, grand acteur de la troupe du Théâtre national Daniel Sorano.
William Nadylam, l’acteur principal, ces temps-ci occupé à jouer dans une pièce de Peter Brook à New York, est également issu de cette grande école d’art dramatique dakaroise. Excellent dans son rôle, il paraît tout droit sorti de L’aventure ambigüe (1961), le célèbre roman de Cheikh Hamidou Kane, qui fut le premier à explorer les tensions entre racines africaines et mode de vie occidental.

Blues, ivresses et prières à Dakar

Aïcha (Jacky Tavernier) et son proxénète (Mouss Diouf).
Aïcha (Jacky Tavernier) et son proxénète (Mouss Diouf). DR

Tourné en cinq semaines en 2009, avec de petits moyens, L’Absence rend avec beaucoup de sensibilité les ambiances nocturnes de Dakar : un mélange de blues, d’ivresse et de prières. Sélectionné au Festival de Rotterdam, il a reçu le prix du scénario au Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco). Le film ne sort que maintenant à Paris, dans une seule salle, en raison des « viscissitudes que connaissent toutes les maisons de production indépendantes », explique le réalisateur.

Né en 1956 à Dakar, la ville où il a grandi, Mama Keïta, de nationalités française et guinéenne, s’était fait remarquer en 1998 avec le documentaire David Achkar, une étoile filante. Un hommage à son ami réalisateur emporté par une leucémie, mais dont il a poursuivi l’œuvre en terminant son long-métrage Le Fleuve en 2002.

La violence d’une certaine Afrique

Avec L’absence, il signe une œuvre originale, qui saisit à la fois par la justesse de son propos et sa grande violence. « Toute la violence du film ne m’a frappée qu’au montage, confie Mama Keïta. Au départ, je voulais écrire une histoire d’amour. Mais l’amour peut s’exprimer de plusieurs manières, surtout quand il est poussé à son paroxysme comme dans cette tragédie. La violence est aussi le reflet d’une certaine Afrique où les écarts entre les groupes sociaux se sont creusés, et où les rapports de solidarité se sont défaits»

Bien avant les évènements du 23 juin 2011 et la vaste fronde contre le président Abdoulaye Wade pour l’empêcher de se maintenir au pouvoir, ce film capte la révolte qui couve à Dakar. Il fait dire à l’un de ses protagonistes, dans une voiture qui longe les luxueuses villas de la route de la Corniche : « Le jour où ça pètera dans ce pays, ces baraques seront les premières à brûler, et moi je serai l’un des pyromanes ». Aujourd’hui, Mama Keïta s’interroge sur la capacité de protester, dans un contexte où toute l’énergie semble « écrasée par la quête quotidienne de la pitance ». Le réalisateur en est persuadé : « Le barril de poudre est toujours là ».

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.