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Du côté de chez Juan / Egypte

Derrière le Maréchal, c'est bien l'armée qui est aux commandes

Des posters d'Abdel Fattah al-Sissi ornent les murs du quartier Gamaliya au Caire.
Des posters d'Abdel Fattah al-Sissi ornent les murs du quartier Gamaliya au Caire. REUTERS/ Mohamed Abd El Ghany
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Cette semaine, dans Appels sur l’actualité, deux auditeurs* s'interrogent sur l'éventuelle candidature à la présidentielle du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, l'homme fort de l’Egypte. En effet, le 27 janvier, le Conseil suprême des forces armées lui a donné mandat pour se présenter à l’élection prévue dans moins de trois mois. Le doute n'est donc plus permis sur ses intentions. Trois ans après la révolte populaire qui a chassé Hosni Moubarak du pouvoir et sept mois après le renversement du seul président civil élu, l'islamiste Mohamed Morsi, l'armée reprend bel et bien la main, en vue des futures échéances électorales.

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Théodore : En tant que militaire, le maréchal al-Sissi peut-il se présenter à la présidentielle qui doit avoir lieu dans quelques mois ?
Le maréchal al-Sissi ne peut pas se présenter en tant que militaire car la constitution égyptienne l’interdit. Plusieurs responsables, des autorités égyptiennes, l’ont rappelé ces dernières semaines. Le maréchal va devoir démissionner de ses fonctions et se retirer de l’armée s’il souhaite se présenter. Cela ne veut pas dire pour autant que les liens entre le maréchal al-Sissi et l'armée seront rompus, bien au contraire. C’est sans doute là que se trouve la signification de son accession au rang de maréchal, un titre honorifique qui le place sur un piédestal et accentue sa dimension héroïque aux yeux des Egyptiens. Cette distinction est d’autant plus exceptionnelle qu’elle est normalement attribuée à un militaire qui s’est illustré par une grande victoire. Or, Abdel Fattah al-Sissi appartient à cette génération d’officiers qui n’a pas connu la guerre, le dernier conflit ayant opposé l’Egypte à Israël remontant à 1973.

Il devra donc rejoindre le civil pour devenir candidat, mais il conservera des liens d’autant plus forts avec l’armée qu’il a dirigé les services de renseignements militaires, et qu’à ce titre, il s’est retrouvé au cœur de l’appareil sécuritaire de l’institution. Et l’on imagine mal qu’il puisse se retourner contre l’institution qui l’a conduit aux plus hautes fonctions. Derrière lui, c'est bien l'armée qui va se retrouver directement aux commandes.

Le président Morsi (C) pose avec le chef de l'armée, Abdel Fattah al-Sissi le 11 avril 2013.
Le président Morsi (C) pose avec le chef de l'armée, Abdel Fattah al-Sissi le 11 avril 2013. REUTERS/Egyptian Presidency

Bruno : Les Etats-Unis ont toujours été proches de l’Egypte. Comment réagissent-ils à la quasi-candidature du maréchal al-Sissi ?
Pour le moment, la seule réaction officielle est venue du porte-parole de la présidence américaine, James Carney : « Seuls les Egyptiens peuvent franchir les prochaines étapes dans leur transition et dire si Sissi pourra être candidat. » Déclaration prudente, car les Etats-Unis veulent éviter de paraître s'ingérer directement dans les affaires égyptiennes. Il est vrai que les Egyptiens leur ont beaucoup reproché, après la destitution de Mohammed Morsi, le 3 juillet dernier, d’avoir pris fait et cause pour le président déchu. A Washington, l’objectif semble de rester sur la ligne adoptée tant bien que mal en octobre dernier, lorsqu’a été gelée l’aide financière à l’armée égyptienne (1,3 milliards de dollars, un peu moins d’un milliard d’euros) : cette aide ne sera rétablie qu’après le retour à un fonctionnement démocratique « normal ». Le référendum sur la constitution qui s’est déroulé en janvier 2014 a été, à ce titre, salué par la Maison Blanche, qui l’a qualifié de « premier pas » vers une normalisation des relations avec l’Egypte. Mais il faudra attendre sans doute la tenue des prochaines élections (présidentielle et législatives) pour que les Etats-Unis consentent à reprendre leur aide. Au-delà de la question de l’aide financière, il est difficile de savoir quelle sera l’attitude des Etats-Unis en cas de candidature, et d’élection, du maréchal al-Sissi. Une certitude : l’objectif pour Washington sera de voir l’Egypte retrouver la stabilité perdue depuis le printemps arabe… Et, de ce point de vue, le candidat al-Sissi offre de solides garanties, même si la politique du tout-répressif à l’égard des Frères musulmans peut favoriser la radicalisation de la sphère islamiste, et donc nourrir un cycle de violences à l’Algérienne. Autre élément à prendre en compte : l’attitude du maréchal al-Sissi vis-à-vis des Etats-Unis. Au premier abord, la posture anti-américaine du Maréchal pourrait sembler mal augurer de ses futures relations avec la première puissance mondiale. Aux yeux de ses partisans, c’est d’ailleurs l’une de ses principales qualités – et dans les rassemblements pro-Sissi, on ne manque jamais de célébrer la capacité du « nouveau Nasser » à tenir tête à Washington. Mais en réalité, le nouvel homme fort de l’Egypte postrévolutionnaire est sans doute beaucoup moins anti-américain que ses partisans le souhaiteraient – il a d’ailleurs effectué une partie de ses études au Royaume-Uni puis aux Etats-Unis.

* Théodore de Moundou (Tchad) et Bruno de Kinshasa (RDC).

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