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Portrait

Francisca Nneka Okeke, une géophysicienne nigériane

Son sujet : les interactions de la haute atmosphère avec les champs géo-magnétiques sur Terre.
Son sujet : les interactions de la haute atmosphère avec les champs géo-magnétiques sur Terre. Julian Dufort pour la Fondation L’Oréal

Francisca Nneka Okeke se bat pour que davantage de femmes embrassent des carrières scientifiques au Nigeria, où elle a choisi de rester. A 58 ans, elle a reçu en avril dernier, à Paris, le prix L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science. Elle a fait des travaux pionniers sur les variations de l’ionosphère, une zone de la haute atmosphère située entre 60 et 600 kms d’altitude.

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Le professeur Francisa Nneka Okeke a le profil type de ces talents africains qui s’expatrient volontiers aux Etats-Unis, où les universités leurs offrent des conditions de travail difficiles à refuser. Cette géophysicienne dont les travaux sont internationalement reconnus a parcouru le monde au cours de sa carrière. Elle a fait des études post-doctorales en 1999 et 2000 à Tokyo, au Japon. Elle a été professeur invitée à l’université de Durban, en Afrique du Sud, ainsi qu’au Centre de prévision météorologique et d’études climatiques (CPTES) du Brésil.

Francisa Nneka Okeke multiplie les visites d’études dans les universités américaines et se rend, quand elle le peut, aux conférences internationales qui lui permettent d’échanger avec ses pairs. Mais à chaque fois, elle rentre ensuite chez elle, pour donner l’exemple à Nsukka, une ville de l’Etat d’Enugu (sud-est) où elle enseigne à l’université du Nigeria.

Julian Dufort/Fondation L’Oréal

L’amour de la science physique

Son sujet : les interactions de la haute atmosphère avec les champs géo-magnétiques sur Terre. L’ionosphère, sensible aux perturbations énergétiques venant de la surface de la terre, se modifie par exemple en cas d’éruption volcanique ou de tremblement de terre. L’un des intérêts de ses travaux consiste à pouvoir un jour donner l’alerte beaucoup plus tôt et de manière plus précise, sur la force des séismes et des tsunamis, grâce à la surveillance de l’ionosphère. Le professeur Okeke est aussi spécialiste du phénomène que les physiciens appellent « l’électrojet équatorial ». Autrement dit, un courant électrique fort dans l’atmosphère qui rend le champ magnétique plus instable au niveau de l’Equateur.

Cette fille de mathématicien a été encouragée par son père dans son « amour » des mathématiques, qui est ensuite devenu un « amour spécial » pour la physique. Cette science a apporté les réponses à toutes les questions qu’elle se posait, enfant, sur la couleur changeante du ciel et la loi de la gravité. Aujourd’hui, elle écrit des manuels de physique pour les élèves du secondaire au Nigeria et les étudiants à l’université. Car son autre grand combat, en dehors de la science, concerne sa propre société.

Contre la « passivité » comme vertu féminine au Nigeria

Première femme à diriger un département de physique au Nigeria (2006-2008), puis à devenir doyenne d’une faculté de Sciences physiques (2008-2010), elle se bat pour la cause des femmes et de la science. « Je n’ai jamais été tentée de poursuivre mes recherches à l’étranger, dit-elle, parce que j’ai ma vision et ma mission pour mon peuple ». En donnant l’exemple, elle veut inciter plus de jeunes africaines à se lancer dans des études scientifiques et la recherche fondamentale. « J’ai plusieurs étudiantes de troisième cycle, explique-t-elle. Beaucoup d’entre elles ont poursuivi des études doctorales grâce à mes conseils et encouragements ».

Sa bataille contre l’incompatibilité présumée des femmes avec les mathématiques et la physique s’avère au moins aussi ardue que ses recherches sur les variations de l’ionosphère. « Les gens pensent que lorsque vous entrez dans la science fondamentale, les caractéristiques les plus généralement acceptées pour les femmes dans notre société, telles que la passivité, l’émotivité, l’intuition et la réceptivité vont être perdues ». Elle enfonce le clou : « Dans les villages, c’est pire. Quelquefois, des filles brillantes sont forcées de se marier très tôt. Il faudrait convaincre leurs parents qu’elles seraient plus utiles à la société en tant que scientifiques que mariées à 16, 17 ou 18 ans ». Francisca Nneka Okeke sait de quoi elle parle : elle-même a été mariée à 18 ans, même si elle ne l’a pas été de force. Avec son mari, un astrophysicien qui l’a soutenue tout au long de ses travaux, elle a eu six enfants. Ils sont tous scientifiques aujourd’hui, filles comme garçons.

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