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Algérie

En Algérie, la candidature Bouteflika continue de faire des vagues

Interpellation lors d’une manifestation contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika le 1er mars à Alger.
Interpellation lors d’une manifestation contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika le 1er mars à Alger. Reuters/Louafi Larbi
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Dans Appels sur l’actualité, deux auditeurs maliens, Abdoulaye, de Bamako et Mory, de Koutiala, s’interrogent sur la présidentielle du 17 avril en Algérie.La veille du dépôt des candidatures au Conseil constitutionnel, le 3 mars, l’actuel chef de l'Etat - 77 ans et quinze ans au pouvoir - a annoncé la sienne de vive voix à la télévision nationale. Il s’agissait de ses premières paroles publiques depuis son accident vasculaire cérébral du 27 avril 2013. Cet AVC avait suscité de nombreuses interrogations quant à sa capacité à diriger le pays. Mais ce 13 mars, 6 des 12 candidatures ont été retenues - dont celle du président sortant, Abdelaziz Bouteflika, qui brigue donc un 4e mandat. Un mini-remaniement a suivi : le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, quitte son poste et devient le directeur de campagne de Bouteflika, comme en 2004. Deux hommes forts du système, Ahmed Ouyahia, Premier ministre pendant plus de dix ans, et Abdelaziz Belkhadem, leader du FLN jusqu’à l’an dernier, deviennent respectivement ses chef de cabinet et conseiller spécial. Pourtant, depuis le 24 février, des partis d’opposition, le Rassemblement pour la culture et la démocratie, RCD, le Mouvement pour la société et la paix, MSP, et le Mouvement de la renaissance islamique, Ennahda, appellent au boycott. Ils dénoncent une « fraude » annoncée, une « mascarade », un résultat « connu d'avance » dans un contexte de corruption et de manque de transparence sur le fichier électoral. En lieu et place du scrutin, ces ils réclament une conférence de dialogue national.

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Bouteflika a présenté officiellement sa candidature à l’élection présidentielle, pourtant on le dit très malade et très affaibli… Comment va-t-il battre campagne s’il peut à peine marcher et parler  ?
Il faut savoir que la loi algérienne n’impose pas au candidat de faire campagne lui-même. La Constitution évoque uniquement la prestation de serment du candidat élu président. Légalement, Abdelaziz Bouteflika peut très bien ne pas faire une campagne, dans le sens où on l’entend généralement, c’est-à-dire en multipliant les déplacements à travers le pays et en faisant des meetings et des discours à la tribune. Comment va-t-il faire ? Et bien, ses proches ont affirmé qu’ils s’en chargeraient. La presse parle de « machine Bouteflika ». Il y a des ministres, des syndicalistes, des associations qui tous multiplient les interviews à la télévision, les conférences de presse et les déplacements sur le terrain. Et cette campagne particulière a des chances d’être efficace, et cela pour une raison principale : il faut comprendre que Bouteflika est très apprécié. Arrivé au pouvoir en 1999, il incarne les « lois de réconciliation nationale » qui ont permis de mettre fin aux années de guerre civile, qui ont fait 200 000 morts. C’est un homme qui rassure. Et puis, en quinze ans de pouvoir, il a constitué un réseau de soutien qui s’étend dans tout le pays et qui est prêt à faire campagne pour lui.

Pourquoi le parti de Bouteflika n’a-t-il pas présenté un autre candidat ?
D’abord, Abdelaziz Bouteflika se présente en candidat indépendant. Il est soutenu par le FLN, le parti dont il est le président d’honneur. En Algérie, ce ne sont pas les partis politiques qui ont le vrai pouvoir, mais certains généraux de l’Armée. Les partis sont là pour faire appliquer une politique qui est décidée ailleurs. A partir du moment où ceux qui ont le pouvoir ont décidé qu’Abdelaziz Bouteflika serait candidat, le FLN suit cette décision.

Ce 12 mars 2014, des manifestants ont répété leur opposition à la candidature Bouteflika.
Ce 12 mars 2014, des manifestants ont répété leur opposition à la candidature Bouteflika. Reuters/Louafi Larbi

Trois partis, le Rassemblement pour la culture et la démocratie, RCD, le Mouvement pour la société et la paix, MSP, et le Mouvement de la renaissance islamique, Ennahda, ont appelé au boycott de la présidentielle en Algérie. Cet appel peut-il avoir un impact ?
Le premier impact de cet appel au boycott, c’est qu’il n’y a pas de candidat islamiste à l’élection. Le MSP d’Abderrazak Makri est le principal parti islamiste et il a fait partie pendant plusieurs années de l’alliance présidentielle. Le fait qu’il rejoigne d’autres partis islamistes qui se sont opposés à la politique d’Abdelaziz Bouteflika pendant tout ce temps va avoir un impact. D’abord, un impact interne, cela consolide le MSP, cela le rend plus légitime aux yeux qui autres partis islamistes. Et puis, surtout un impact externe, un impact sur la façon dont les observateurs internationaux peuvent juger cette élection. L’Algérie est un pays où la tendance islamiste est présente dans la société. Et une élection sans candidat islamiste ne peut pas être totalement légitime.

Quelle est la position des autres partis sur cet appel au boycott ?
Certains autres partis, et certains candidats, ont rejoint cet appel au boycott. Mais Ali Benflis, ancien chef de gouvernement et principal concurrent d’Abdelaziz Bouteflika, a appelé à voter, tout comme Louisa Hanoune, la seule femme candidate, qui est très populaire dans le pays. « Il faut aller voter », c’est aussi le message que répètent ces derniers jours les proches du Président. Le président du Sénat, Abdelkader Bensalah, qui est aussi le leader du 2e parti politique du pays [le RND, Rassemblement national démocratique, ndlr], a déclaré cette semaine que l’abstention était un manquement au principe de citoyenneté. Le dernier boycott massif, c’était en 1999 lorsque tous les candidats à l’élection s’étaient retirés, estimant que le scrutin était fermé au profit d’Abdelaziz Bouteflika. Cette année-là, le taux de participation officiel au scrutin a été de 60 %.

Les trois partis ont appelé à une conférence nationale en lieu et place de l’élection. En quoi consisterait-elle ?
Cet appel à la création d’une conférence nationale est en fait un message politique qui a pour objectif de se démarquer de ceux qui sont au pouvoir, qui discutent avec des interlocuteurs bien précis. Sur le travail, par exemple, le gouvernement ne négocie pas avec les syndicats autonomes, mais uniquement avec le syndicat officiel. En lançant cet appel à la discussion, au débat et au consensus, les trois partis voulaient montrer qu’ils se démarquaient du système politique actuel.

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