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Portrait

La photographe Viviane Sassen expose ses ombres à Rotterdam

Viviane Sassen

Internationalement reconnue, cette photographe néerlandaise qui a grandi au Kenya a reçu carte blanche pour une grande exposition au Musée néerlandais de la photographie intitulée« Umbra ». Viviane Sassen y expose depuis le 8 mars et jusqu’au 1er juin prochain des images rapportées d’Afrique. Un continent qui hante son travail depuis qu’elle y est retournée à l’âge de 30 ans, en quête de souvenirs d’enfance. Elle s’explique ici sur leur dimension poétique mais aussi sur la polémique que certains l'accusent lui opposent.

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Viviane Sassen a reçu carte blanche pour occuper le Musée néerlandais de la photographie à Rotterdam jusqu’en juin. Elle vient d’exposer en janvier en Afrique du Sud et elle sera parallèlement en mai à New York pour une autre exposition. Née en 1972 à Amsterdam, elle fait partie d’une nouvelle génération de photographes néerlandaises. Comme Désirée Doldron et Rineke Dijkstra, qui jouissent d’une renommée mondiale, elle affiche un goût très prononcé pour le portrait.

Des polémiques aux Etats-Unis et en Afrique du Sud

Elégante, Viviane Sassen reçoit avec beaucoup de simplicité dans son loft-studio d’Amsterdam. « Ma photographie n’est pas documentaire, mais très personnelle et intuitive. Je travaille avec l’inconscient, je suis une autre logique. D’ailleurs, l’approche de la vie en Afrique, plutôt animiste, n’a pas grand-chose à voir avec la logique occidentale... » Grande et blonde, comme beaucoup de Néerlandais, elle montre volontiers son travail et reconnaît que les réactions qu’il suscite peuvent être polémiques. Surtout aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, à cause du débat racial dans ces pays. « Certains voient la poésie dans mes photos, ils apprécient le fait que je ne donne pas une opinion mais que je laisse la porte ouverte à la réflexion. D’autres pensent que c’est du néo-colonialisme, que j’exploite les gens et que je montre le corps noir d’une manière exotique ».

L’ombre de son amant qui s’en va

L’un de ses sujets, Etan, repéré pour son visage particulier dans un village du Surinam, est ainsi devenu un ami. Au départ, Viviane Sassen voulait prendre en photo un village reculé du Surinam, une ex-colonie néerlandaise où elle trouve un peu fou que des descendants d’Africains parlent néerlandais comme elle, en pleine jungle d’Amérique latine. « Nos connections avec l’Afrique et les Pays-Bas ne sont pas les mêmes », dit-elle. Ses portraits d’Etan sont devenus un travail à part entière, auquel elle a consacré une exposition et un livre : Etan & Me.

Elle intercale des autoportraits d’elle un peu abstraits - son reflet sur une feuille d’aluminium qui la déforme - avec des portraits de ce jeune homme très noir, dont le teint ressort au fil des pages, sur fond vert, en polo vert ou avec du pigment vert qui lui recouvre tout le visage. Obsession pour la mélanine ? La photographe explique le sens de son travail : « Est-ce que je pourrais me connaître vraiment un jour ? Et connaître quelqu’un d’autre, savoir à quel point on est proche et différents ?

Sa rencontre avec Etan a fait résonner chez elle d’anciens mythes grecs. Celui de Narcisse, jeune homme amoureux de sa propre image, mais aussi celui de l’origine de la peinture : l’histoire de Dibutade, la fille d’un potier qui trace sur un mur l’ombre de son amant qui s’en va. Dans la Grèce antique, les portraits sous forme de silhouettes noires ont peu à peu été coloriés. D’où l’idée de couvrir le visage d’Etan de peinture blanche ou verte. « Je voulais voir, comme dans une sculpture ou une peinture, comment je pouvais la changer pour donner d’autres humeurs au personnage. Les peintures présentent toujours une transformation, comme un rite de passage. Dans la culture africaine, les rites de passage sont plus visibles, les gens incarnent des esprits lors de cérémonies. J’ai toujours été intriguée par cette transformation ». En esprit libre, l’artiste Viviane Sassen ne prétend pas restituer une réalité. Elle se joue plutôt des clichés, occidentaux ou africains, pour faire les siens, souvent troublants.

Pour en savoir plus

Exposition Umbra, du 8 mars au 1er juin 2014 au Nederlands Fotomuseum Rotterdam 

Et les sites de : Viviane Sassen ; Désirée Doldron ; Rineke Dijkstra

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