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Libye/Niger

Saadi Kadhafi, «prince des stades», finalement extradé par le Niger

Saadi Kadhafi à son arrivée à la prison de Tripoli, le 6 mars 2014, après son extradition par le Niger.
Saadi Kadhafi à son arrivée à la prison de Tripoli, le 6 mars 2014, après son extradition par le Niger. Reuters/Prison Media Office
Texte par : Christine Muratet
7 mn

Dans Appels sur l’actualité, nos auditeurs s’interrogent sur la remise par Niamey à Tripoli, le 6 mars dernier, de Saadi Kadhafi, un des fils de Mouammar connu pour sa passion du football. Il s’était réfugié au Niger en septembre 2011 – il avait alors 40 ans - peu avant la chute du régime Kadhafi. La justice libyenne l'accuse de meurtre et d'implication dans la répression de la révolte qui s’est peu après transformée en lutte armée. Depuis, Saadi était en résidence surveillée dans la capitale nigérienne où les autorités semblaient tenir à le protéger pour des raisons dites « humanitaires ». Hassan, de l’île de Sal, au Cap-Vert, et Fondé, à Abidjan, aimeraient savoir s’il existe des éléments matériels pour appuyer les accusations de la Libye. Quant à Claude-Alain, de Pointe-Noire au Congo, qui connaît l’état d’insécurité de ce pays, il s’interroge sur ses conditions de détention. « Saadi Kadhafi est arrivé en Libye et il est aux mains de la police judiciaire », a pour sa part assuré le gouvernement libyen dans un communiqué où il s'engage à le traiter son prisonnier « conformément aux normes internationales ».

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Quel rôle Saadi Kadhafi a-t-il joué  dans les répressions de la révolte de 2011 ?
On a peu de détail sur le rôle exact de Saadi Kadhafidurant cette période. Les accusations avancées par le pouvoir libyen portent sur « des crimes visant à maintenir son père au pouvoir ». Il serait par ailleurs impliqué dans le meurtre, en 2005, d'un ancien entraîneur d'un club de football de Tripoli. Il faisait l'objet d'une « notice rouge » d'Interpol mais, contrairement à son frère, Seïf al-Islam, lui aussi incarcéré en Libye, il n'était pas concerné par un mandat de la CPI - la Cour pénale internationale. Saadi était le footballeur de la famille Kadhafi. Il se rêvait « prince des stades »… En réalité, c'est un footballeur raté. C'est grâce à beaucoup d'argent qu'il a réussi à jouer quelques matchs avec l'équipe italienne de Pérouse en 2003, mais il a été très vite rattrapé par le dopage et laissé sur le banc des remplaçants. Il devient ensuite président de la Fédération libyenne de football et achète une « équipe libyenne ». Saadi était avant tout un flambeur, un playboy. Un télégramme diplomatique américain révélé par Wikileaks le présente comme un  homme marqué par ses mauvais comportements, connus pour ses bagarres et ses excès nocturnes. Sa vie militaire est plus modeste : comme tous les fils Kadhafi, il avait sa brigade de combattants, composée majoritairement de Touaregs maliens et nigériens, mais lui-même n'était pas un combattant. Il a cependant participé à la répression de Benghazi avec ses hommes. Mais, il a très vite été exfiltré - en août 2011. D'abord, avec les Touaregs maliens, notamment le général Ali Kana, jusque dans le sud de la Libye, puis jusqu'à Agadez, via les Touaregs nigérien qui ont pris le relais.

Pourquoi Saadi avait-il choisi le Niger comme lieu de fuite. Quels liens entretenait-il avec ce pays ?
Tout d'abord, il a choisi le Niger car il était entouré de Touaregs venant de ce pays voisin. D'autres personnalités du régime pro-Kadhafi avaient rejoint le Niger avant lui, dont le général Abdallah Mansour, le chef de la sécurité intérieure sous Kadhafi, qui a été livré récemment à la Libye. Le Niger et la Libye ont depuis des lustres des relations fraternelles et des liens de sang : des familles nigériennes arabes ou touarègues sont issues de tribus originaires de Libye. Sur le plan politique, Kadhafi a financé les régimes successifs du Niger, mais aussi les groupes de rebelles touaregs. Bref, le Niger représentait un refuge tout naturel pour les pro-Kadhafi et ils sont nombreux à s'y être installés à la chute du Guide, dont son fils Saadi.

Réjouissance de la police le 6 mars 2014 devant la prison où Saadi Kadhafi est incarcéré.
Réjouissance de la police le 6 mars 2014 devant la prison où Saadi Kadhafi est incarcéré. Reuters/Ismail Zitouny

Comment expliquer le revirement de Niamey qui avait toujours refusé d'extrader Saadi Kadhafi ?
Le président Issoufou et son Premier ministre avaient jusque-là assuré que le Niger accordait l'asile à Saadi pour des raisons humanitaires. Depuis  le 11 septembre 2011, il était donc assigné à résidence à la villa de l'Entente, en plein centre-ville de Niamey. Il y a vécu confortablement, durant des mois, On le voyait en ville, circulant à moto en toute tranquillité, mais apparemment les pressions ont eu raison des bons sentiments. Selon nos informations, les autorités libyennes ont fait le forcing sur celles de Niamey pour qu'elles leurs livrent le fils Kadhafi qualifié de « gros poisson qui était en train de préparer des opérations de déstabilisation de la Libye ». Les autorités nigériennes assurent que les Libyens leurs ont apporté des preuves irréfutables de ses activités subversives, des enregistrements téléphoniques, des connections via Skype au cours desquelles il aurait donné des ordres à des hommes de main. Il aurait ainsi été à la manœuvre lors des affrontements dans la région de Sebha, dans le sud-ouest de la Libye. Niamey l'avait plusieurs fois rappelé à l'ordre. « Il était sur écoute », nous a assuré un interlocuteur nigérien qui poursuit : « On lui a plusieurs fois dit d'arrêter mais rien n'y a fait : il n'écoutait rien. Il fonctionnait comme un enfant gâté ! »

Etait-il vraiment un dangereux déstabilisateur ?
Ceux qui le connaissent bien le démentent. Pourtant les autorités de Tripoli ont tout fait pour récupérer ce 2e fils Kadhafi : des promesses d'argent, et des menaces aussi.  Menaces d'instabilité aux frontières nigéro-libyennes en cas de mauvaise collaboration de la part de Niamey. Les relations entre Tripoli et Niamey n'étaient pas au beau fixe ces derniers mois. De nombreux nigériens vivent toujours en Libye et les autorités libyennes s'en prennent à ces populations nomades lorsque les relations se dégradent avec le Niger, nous a expliqué un Touareg nigérien, bon connaisseur de ces relations bilatérales complexes. Bref, la raison d'Etat a eu le dessus sur des raisons humanitaires et le Niger a livré Saadi Kadhafi… Mais aussi plusieurs dignitaires kadhafistes, dont le général Mansour, déjà livré le 14 février dernier.

Quelles peuvent être les garanties pour la sécurité et les conditions de détention de Saadi ?
Personne n'est dupe quant aux promesses de Tripoli qui s'engage à traiter Saadi Kadhafi conformément aux normes internationales sur le traitement des prisonniers. Saadi a rejoint le général Mansour ou Abdallah Al Senoussi, livré par la Mauritanie en septembre 2012, à la prison de haute sécurité d'Al-Hadba à Tripoli. Plusieurs ONG de défense des droits de l'homme ont  rappelé qu’il est difficile d'imaginer un procès équitable dans ce pays où aucun procès, aucune audience publique n'ont eu lieu jusque-là concernant les anciens dignitaires du régime Kadhafi… Des prisonniers qui n'ont pas accès à leurs avocats internationaux. Il faut se souvenir qu'il n'y a pas si longtemps, les autorités nigériennes avouaient que si elles extradaient Saadi, elles signeraient son arrêt de mort !

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