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France / Tatouage

L'art à fleur de peau au Mondial du tatouage de Paris

Les as du dermographe s'étaient donné rendez-vous à Paris.
Les as du dermographe s'étaient donné rendez-vous à Paris. Christophe Carmarans / RFI
Texte par : Christophe Carmarans
11 mn

Organisé pour la première fois à la Grande halle de La Villette de Paris, le Mondial du tatouage édition 2014 a connu un succès phénoménal. Loin d’un effet de mode, cet art à part entière devient de plus en plus sophistiqué.

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N’allez surtout pas leur parler de mode ! « La mode et le tatouage sont antinomiques par définition puisque la mode est éphémère et le tatouage permanent » précise avec conviction le respecté Tin-Tin. Considéré comme le meilleur tatoueur de la place de Paris, ce quinquagénaire volubile et déterminé fait autorité dans le milieu de tatouage hexagonal dont il est devenu au fil du temps le porte-parole en tant que président du SNAT (le Syndicat national des Artistes Tatoueurs) et coorganisateur du Mondial 2014 du tatouage qui s’est tenu début mars à la Grande Halle de la Villette de Paris.

Une encre qui fait tâche d’huile

Il faut pouvoir supporter le picotement du dermographe parfois pendant des heures.
Il faut pouvoir supporter le picotement du dermographe parfois pendant des heures. Christophe Carmarans / RFI

Organisé pour la première fois dans un espace aussi vaste, ce Mondial a connu un succès assez phénoménal pour deux raisons concomitantes. D’abord parce que c’était un vrai « Mondial » rassemblant la crème de la profession : pas moins de 310 tatoueurs venus de la terre entière (plus de 60 pays représentés) étaient réunis sous la halle pendant trois jours, les plus célèbres étant déjà « bookés » plusieurs mois avant même l'ouverture des portes. Ensuite parce que le tatouage s’est considérablement popularisé ces trente dernières années dans le monde et en France. Selon une étude menée en 2010 par l’IFOP, 10% de la population française serait aujourd’hui tatouée, soit probablement pas loin d’un bon quart des Français âgés entre 25 et 40 ans aujourd’hui.

Autrefois signes de reconnaissance des matafs, taulards et autres filles de mauvaise vie, les tatouages ornent à présent les épidermes de toutes les catégories sociales ou presque. Le SNAT recense environ 3 000 tatoueurs professionnels sur l'ensemble du territoire alors qu’ils n’étaient que quelques dizaines à la fin des années 1970. A quoi attribuer un tel phénomène ? Difficile à dire, mais le besoin de se singulariser et de se montrer (en un après-midi, notre appareil photo n’a essuyé aucun refus) et aussi l’envie d’imiter certaines stars du rock et du cinéma ont forcément joué.

Mais c’est indubitablement l’aspect purement artistique qui a conquis le public car il s‘agit bien d’un art dans toutes les acceptions du terme. On écoute Rebecca, une Québécoise tombée amoureuse de la France. Elle nous confie les raisons qui l’ont poussée à devenir tatoueuse : « Premièrement j’aimais beaucoup les arts plastiques, dessiner, peindre. J’ai appris le théorique puis la technique. Comment dessiner pour faire un futur tatouage ? Écouter les gens et préparer un dessin en conséquence ». Ecouter les gens ? Parfaitement car le tatouage est un art qui se pratique à deux et nécessite une relation de confiance entre tatoueur et tatoué, lequel met littéralement sa peau entre les mains du tatoueur et doit endurer au passage la souffrance inhérente au picotement alternativement aigu et lancinant des aiguilles.

Un art à part entière

« Le premier tatouage, reprend Rebecca, je l’ai fait sur mon ancien copain. Je sais qu’il l’a fait recouvrir depuis (rire) mais on avait fait un truc super basique, rien de compliqué pour que je puisse m’adapter et pas aller sur un gros projet. C’était mon cobaye ! ». « La première année était difficile » enchaîne-t-elle. « J’en ai fait au moins un par jour mais ce n’est qu'au bout d’une bonne centaine voire plus qu’on commence à se sentir à l’aise ». « Parfois, reprend-elle, la première année, on est capable de dessiner quelque chose mais on n’est pas capable de le tatouer. Moi, j’ai tout de suite fait de la couleur en plus du noir et du gris. C’est assez similaire, en fait, comme technique ».

Après presque dix ans de pratique, Rebecca maîtrise son art à la perfection. Cet après-midi-là, elle a passé 3 heures et demi sur un client, une prestation facturée 300 euros (v. photo ci-dessus à droite). « L’aiguille, c’est comme on stylo qu’on tient. L’encre peut être plus visqueuse, ou plus liquide. En général, les compagnies d’encres sont très fiables mais il faut quand même faire attention. Il y a des normes très strictes désormais. Sinon, une bonne machine (appelée dermographe ndlr), ça vaut 300 euros. C’est quand même assez rentable quand on pratique régulièrement. Pour moi, c’est une passion et je pense faire ça très longtemps », conclut-elle.

Autre passionné, mais du côté des tatoués cette fois-ci, le sémillant chanteur franco-sénégalais Tété. Parrain de l’édition 2014 de ce Mondial, l’auteur de « À La faveur de l’Automne » paie sans compter de sa personne pour communiquer, virevoltant, sa passion pour le tatouage. « Je me tatoue depuis dix ans », dit fièrement celui qui avoue désormais porter quinze tatouages sur le corps. « C’est une passion dont je ne parlais pas forcément avant mais c’est une passion qui créée du sens car un corps tatoué peut raconter les différentes étapes d'une vie ». Une passion telle que Tété lui consacre une websérie rigolote intitulée « Tatoo by Tété » qui est diffusée en ce moment sur YouTube (v. ci-dessous).

Pour tous les goûts, pour tous les styles

En compagnie de Tin-Tin et d’autres sommités de cet art bien vivant du tatouage, Tété participe également au jury des différents concours qui animent ces trois jours de glorification épidermique. Dans la catégorie « petits couleur », c’est Yang Ching-Yuan, venu spécialement de Taïwan, qui remporte la mise avec une œuvre de toute beauté exécutée sur le cou d’un compatriote volontaire et exhibée dans le diaporama visionnable à la fin de cet article.

Et comme tous les goûts sont dans la nature, tous les styles sont sous la halle : old school, polynésien, samouraï, celtique, gothique et même biomécanique pour la tendance cyberpunk. Devant tant de talents et tant de possibilités, l’envie d’essayer finit forcément par germer dans l’esprit du visiteur candide. Pas pour cette fois finalement. Mais pourquoi pas en 2015 ? Car si le tatouage résulte obligatoirement d’un coup de foudre, il doit s’agir d’un coup de foudre issu d’une réflexion approfondie. Une année ne sera pas de trop pour intégrer cet étonnant - mais réel - paradoxe.

DIAPORAMA : Le Mondial 2014 du tatouage à la Grande Halle de La Villette (photos Christophe Carmarans / RFI)

 

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