Panama

L’extension du canal de Panama sur la bonne voie

Vue partielle des travaux d'élargissement du canal de Panama.
Vue partielle des travaux d'élargissement du canal de Panama. RFI/Jean-Baptiste Sourou

Après quelques atermoiements à cause de questions de budget, ces dernières semaines, les travaux d’élargissement du canal de Panama ont vite repris et vont bon train. Car l’enjeu est colossal.

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Le bruit assourdissant des gros engins de chantiers, celui des innombrables grues supplantant d’imposants piliers en béton se mêlent aux sirènes des remorqueurs et bateaux en pleine manœuvre dans le canal. C’est un chantier bruyant et à perte de vue d’où émerge une œuvre pharaonique : le nouveau canal de Panama, qui se présente aux visiteurs après les stricts contrôles d’identité.

Après presque un siècle d’existence, ce chef d’œuvre d’ingénierie est en train de s’élargir. « Ces travaux permettront de grossir son volume d’activité et le passage de plus grands bateaux », déclare notre guide, l’ingénieur Luis Carlos Ferreira, porte-parole du projet. Le budget de départ de l’œuvre était de 5,25 milliards de dollars américains provenant en partie de l’Autorité du Canal de Panama (ACP), la société autonome de gestion du canal et de banques dont la Banque européenne d’investissement. Quelque 24 000 ouvriers y travaillent. Le consortium international d’ingénierie Grupo Unidos para el Canal (GUPC) dirige les travaux. Il est composé de l’espagnol Sacyr Vallehermoso, de l’italien Salini Impregilo, du belge Jan De Nul, et du panaméen Constructora Urbana S.A.

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Le canal de Panama : une révolution dans la navigation maritime

Dans son état actuel, le canal a 80 km de longueur et son bassin relie l’Atlantique au Pacifique. Depuis sa mise en service en 1914, il permet d’aller vers les Etats-Unis sans contourner l’Amérique du Sud. Il est constitué de deux voies navigables, chacune d’elles étant composée de trois écluses : Gatún, Pedro Miguel et Miraflores. Des bateaux de différentes tailles y transitent. Le passage d’un bout à l’autre peut durer entre huit et dix heures. « Il dessert 144 routes maritimes reliant 160 pays, atteignant ainsi plus de 1 700 ports dans le monde entier », explique l’ingénieur, qui ajoute : « plus de 14 000 navires transportant environ 300 millions de tonnes de cargaison y transitent par an ». Cela représente 5 % du commerce maritime mondial. « Le canal a réalisé le meilleur premier trimestre de son histoire avec le transit de 87,7 millions de tonnes entre octobre et décembre 2013 », dit-il avec fierté.

L’élargissement du canal

« L’extension du canal est devenu nécessaire pour moderniser les installations, répondre aux demandes d’un commerce maritime sans cesse croissant et faciliter le passage de plus de marchandises », explique encore Carlos Ferreira. Grace aux travaux en cours, les post-panamax, navires pouvant transporter jusqu’à 12 000 tonnes contre les 4 400 actuellement consentis vont y transiter. « Le volume de tonnage en transit sera doublé et atteindra 600 millions de tonnes », dit encore l’ingénieur.

Après presque un siècle d’existence,  ce chef d’œuvre d’ingénierie  est en train de s’élargir.
Après presque un siècle d’existence, ce chef d’œuvre d’ingénierie est en train de s’élargir. RFI/Jean-Baptiste Sourou

Il s’agit, de fait, de réaliser un troisième système d’écluses composé de deux écluses, l’une sur le versant Atlantique et l’autre sur le Pacifique, chacune d’elles aura trois niveaux de 427 mètres sur 55 mètres. Celles-ci seront beaucoup plus grandes que les actuelles qui mesurent 305 mètres sur 33 mètres. D’où la possibilité de transit de navires plus grands, les post-panamax. Chaque écluse sera dotée d’un système de trois bassins d’eau (pour un total de 18) qui permettront de réutiliser l’eau. L’usage de l’eau et l’impact des travaux sur l’environnement est l’une des questions sans cesse soulevée par les organisations de protection de la faune et de la flore. Mais les autorités soutiennent que contrairement au système actuel, l’eau des écluses, quelque 200 millions de litres, sera en bonne partie réutilisée une fois terminée la manœuvre d’accompagnement des navires, et ceci grâce aux bassins destinés à récupérer l’eau. Les nouvelles écluses devraient aussi utiliser moins d’eau que les précédentes. Celles-ci ont des portes coulissantes, doublées par sécurité, qui mesurent 27 mètres de haut, 58 mètres de longueur et 16 mètres de largeur. Les premières portes fabriquées par la société italienne Cimolai sont déjà sur place. Les restantes devraient arriver en décembre de cette année. En somme, une nouvelle voie plus large de transit sera adjacente aux deux premières qu’on rendra, à leur tour, plus performantes.

L'une des inconnues reste la date de livraison de l’œuvre. Prévue pour la célébration du centenaire du premier canal, en août prochain, décembre 2015 semble la date plus probable, si des problèmes de budget ne surgissent pas comme ce fut le cas ces dernières semaines entre l’Autorité du Canal et le consortium Grupo Unidos para el Canal, gestionnaire du projet.

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