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Design

Design : les cocotiers de Jean-Servais Somian

Jean-Servais Somian et ses bassines en plastique surmontées de coussins en wax.
Jean-Servais Somian et ses bassines en plastique surmontées de coussins en wax. Willy Roch

Cet Ivoirien de 44 ans est un designer, ébéniste et sculpteur qui monte. Ses séries de meubles originales font fureur à Abidjan. Son mobilier : des pirogues transformées en sofas, des troncs de cocotiers qui eviennent des miroirs, des lampes, des bibliothèques ou des bassines en plastique renversées et surmontées de coussins en wax.

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Jean-Servais Somian a déjà une longue liste d’expositions derrière lui : Cologne, Aachen, Paris, Alger et Dakar... Mais c’est chez lui, en Côte d’Ivoire, qu’il jouit de la meilleure reconnaissance et qu’il vend le mieux. « A chaque expo, chacun veut repartir avec son cocotier », sourit-il. L’artiste, dont la cote monte, a été lauréat 2013 du prix Archibat, décerné lors du premier salon du design d’Abidjan, AbidjaNow.

On vient le voir du Sénégal et même d’Afrique du Sud dans son atelier de Grand-Bassam, au bord de la mer, pour choisir des pièces et décorer des hôtels design. Parmi ses créations les plus spectaculaires figurent des pirogues de pêcheurs transformées en canapés. L’intérieur du navire est capitonné de cuir rouge ou jaune éclatant.

Jean-Servais Somian. Banquette pirogue.
Jean-Servais Somian. Banquette pirogue. Philippe Louzon

Les « demoiselles de Grand-Bassam »

Parmi ses « chéries cocos », ses œuvres favorites, figurent aussi la série qu’il appelle « Les demoiselles de Grand-Bassam ». Des meubles taillés dans la masse des troncs de cocotiers, dont ils gardent la forme élancée. C’est sa manière à lui, sans avoir l’air d’y toucher, de rendre hommage aux femmes réprimées en 1949 par l’administration coloniale française. Elles avaient marché sur Grand-Bassam pour demander la libération de leurs maris, emprisonnés pour des raisons politiques.

Le designer, qui aimait enfant aller dans l’atelier de menuiserie de son oncle, a été formé à l’ébénisterie et au design à Abidjan et Lausanne (Suisse). Son inspiration est à la fois traditionnelle et contemporaine, notamment dans sa quête de la ligne « pure ». L’une des pièces exposées à Paris, une bibliothèque dénommée « Bandiagara », revisite l’échelle dogon sous une forme moderne.

Jean-Servais Sormian. Commode mortier.
Jean-Servais Sormian. Commode mortier. Philippe Louzon

Une histoire d’amour avec les cocotiers

Pourquoi avoir fait du cocotier sa matière de prédilection ? « Le coco, c’est ma pâte à modeler, répond-il, voilà dix ans qu’on se bat ensemble ». Il achète les troncs déjà coupés à Grand-Bassam et voit dans chaque arbre une « pochette surprise ». Il ne sait jamais ce qu’il trouvera derrière les quatre centimètres d’écorce qu’il commence par élaguer, avec des outils fabriqués spécialement pour lui par des forgerons. « Quelquefois, on tombe sur des fibres compactes, et d’autres fois, de la mousse seulement ! » Les arbres sèchent deux à trois mois en plein air avant de passer dans son atelier, où s’active une petite équipe pour donner forme à ses oeuvres.

Il a tiré de ces arbres longilignes une jarre de taille impressionnante, dont les rondeurs font croire à une poterie. Pourtant, la pièce sort d’un seul bloc de bois, patiemment creusée, puis vernie… Qualité, innovation et partage, telles sont les valeurs centrales de Jean-Servais Somian. Il tient à fabriquer ses pièces sur place, et à transmettre son expérience. D’ailleurs, l’une de ses collections a été fièrement baptisée : « Made in Côte d’Ivoire ». A noter : l’artiste porte de gros bijoux en bois, bracelet et collier qui alignent des cubes ou des têtes de mort… Mais il ne veut pas mélanger les genres, et ne présente jamais ses bijoux en même temps que son mobilier.

Jean-Servais Somian dans son atelier de Grand-Bassam (Côte d'Ivoire).
Jean-Servais Somian dans son atelier de Grand-Bassam (Côte d'Ivoire). Marthe Le More

Exposition Dialog#1, Franck K. Lundangi et Jean-Servais Somian, du 26 mars au 19 avril 2014, Galerie Philippe Lawson, 16 rue des Carmes, 75005 Paris. Mardi et jeudi de 17h30 à 20h30 et samedi de 11h à 19h.

Exposition solo à la Galerie des Arts Pluriels. Abidjan, Deux-Plateaux, à partir du 15 mai 2014.

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