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Portrait

Bram Posthumus: «Combien de présidents français ont-ils promis la rupture?»

Le journaliste néerlandais Bram Posthumus lors d'un séjour à Ouagadougou.
Le journaliste néerlandais Bram Posthumus lors d'un séjour à Ouagadougou. DR

Journaliste néerlandais de 55 ans, Bram Posthumus sillonne l’Afrique depuis un quart de siècle. Connu aux Pays-Bas pour ses nombreux reportages sur le Liberia, il est installé à Dakar depuis 2009. Il porte un regard différent sur la zone qu’il couvre, mais aussi sur les relations entre la France et l’Afrique. 

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Bram Posthumus a commencé sa carrière de reporter au Zimbabwe, où il a vécu quatre ans dans les 1990, avant de rentrer à Amsterdam, d’où il a couvert l’Afrique australe, Angola et Mozambique notamment, des pays qui sortaient de décennies de guerre civile. « A un moment, il m’a semblé devenir spécialiste des situations d’après-guerre », raconte-t-il. Il fait un premier voyage au Liberia en 1998, et… se laisse happer par cette autre guerre civile (1989-2002), l’une des plus atroces qu’ait connue l’Afrique. « Je suis allé dix-huit fois au Liberia, dit-il, y compris pendant la période de Charles Taylor, qui était très dure ».

Depuis 2000, Bram Posthumus couvre l’Afrique de l’Ouest pour des médias essentiellement britanniques, The Economist, Africa Confidential et Think Africa Press, mais aussi la radio allemande Deutsche Welle et le service anglais de RFI. Il s’est installé à Dakar en 2009. Il a choisi de vivre à Yoff, « un quartier populaire purement sénégalais », loin du centre-ville et d’une ambiance néocoloniale d’expatriés français qu’il n’apprécie guère. Entre deux reportages dans les pays de la sous-région, il écrit son blog, intitulé Yoff Tales. 

Charles Taylor le jour de sa destitution à Monrovia le 11 août 2003.
Charles Taylor le jour de sa destitution à Monrovia le 11 août 2003. Chris Hondros/Getty Images

Un livre à paraître sur la Guinée

Bram Posthumus s’apprête à publier à Londres « Masks, music and minerals » (Masques, musique et minerais), un livre sur la Guinée, grande oubliée de l’Afrique de l’Ouest. Un pays d’une importance capitale pour la sous-région, ne serait-ce que pour son potentiel minier et hydraulique. Il replonge dans l’histoire, pour mieux comprendre une Guinée moderne qui ne commence pas, à son avis, avec l’indépendance en 1958, mais plutôt avec Samory Touré (1830-1900), fondateur de l’empire du Wassoulou. Un héros de la résistance à la colonisation française qui « a beaucoup fait pour moderniser l’armée et la société, sans parvenir à réunifier l’empire mandingue », précise le journaliste.

Depuis Dakar, il observe aussi les turpitudes de la relation entre la France et l’Afrique, avec la distance que lui permet son regard de Néerlandais. « Combien de présidents français ont-ils promis la rupture avec la Françafrique, et dans combien de pays africains se trouve l’armée française aujourd’hui ? C’est remarquable ! »

En France, un « vrai débat » sur le passé colonial

De cette relation post-coloniale, Bram Posthumus estime que les Pays-Bas ont beaucoup à apprendre : « L’histoire des relations avec l’Indonésie et les crimes de guerre commis entre 1947 et 1949 par l’armée néerlandaise ne se trouvent pas sur la place publique comme en France, où il existe une montagne de livres sur la Françafrique. Aux Pays-Bas, il y a beaucoup d’amnésie et pas de vrai débat sur notre passé colonial ».

Dans la commune d'Abobo à Abidjan, lors des municipales et régionales. 2013.
Dans la commune d'Abobo à Abidjan, lors des municipales et régionales. 2013. AFP/Issouf Sanogo

Le journaliste néerlandais porte un regard critique sur les pays qu’il couvre, sans oublier le versant positif des dynamiques qu’il peut observer. Au sujet de la Côte d’Ivoire, il rappelle ainsi que le massacre perpétré en 2011 à Duékoué par les forces acquises à Alassane Ouattara, l’actuel président, reste problématique. « A Duékoué, j’ai constaté à quel point les gens sont toujours traumatisés. Il faut absolument que les responsables soient appréhendés. C’est le crime de guerre le plus grave de toute la crise post-électorale ivoirienne. Il est très décevant de voir que ni le gouvernement ivoirien, ni la justice internationale ne font un travail sérieux pour poursuivre les responsables, qui sont connus ».

D’un autre côté, le journaliste note cette tendance de fond qui échappe largement aux grands médias internationaux : le mouvement de retour des jeunes Ivoiriens sur leur culture, pour explorer ce qui leur appartient et sortir des manipulations politiques dont ils ont été l’objet depuis l’indépendance. « La rupture avec les pratiques néocoloniales est souvent proclamée à Paris, mais elle se fait plutôt sur le terrain, ici », note Bram Posthumus.

Le collectif « Y'en a marre ! » pendant la campagne contre le président Wade. 16 février 2012.
Le collectif « Y'en a marre ! » pendant la campagne contre le président Wade. 16 février 2012. ReutersS/Joe Penney

« Spécialiste de l’Afrique », un terme qu’il réfute

Le Sénégal a-t-il donné une leçon de démocratie à l’Afrique en 2011 en empêchant son président Abdoulaye Wade de modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat ? Réponse de Bram Posthumus : « Ce n’est pas un hasard si le mouvement Y’en a marre existe au Burkina Faso, mais il faut arrêter de présenter les évènements dans un seul pays comme des cas symboliques de l’Afrique. On ne fait pas cela en Europe : ce qui se passe à La Haye n’est pas présenté comme emblématique de l’Europe ! ».

Même pour la zone qu’il couvre désormais, il précise : « L’Afrique de l’Ouest, sauf le Nigeria ». Un pays qui doit, à son avis, être traité « à part », tellement il s’y passe de choses.

Bram Posthumus fait partie de ceux qui ne se prennent pas pour des « spécialistes de l’Afrique », un terme qu’il réfute. « Je ne sais rien de ce qui se passe en Somalie, au Kenya, au Mozambique. C’est trop loin et c’est trop de travail ! L’Afrique est énorme… Il faut prendre ce continent au sérieux ! ».

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