France

Le GIGN, la force de l'ultime recours

Les hommes du GIGN toujours vêtus de noir et encagoulés.
Les hommes du GIGN toujours vêtus de noir et encagoulés. GIGN
Texte par : Véronique Moreau
8 mn

Depuis quarante ans, les hommes du GIGN multiplient les interventions, qu'il s'agisse de contre-terrorisme aérien ou maritime, de prises d'otages de grande ampleur, de mutineries en prisons ou bien d'arrestations de véhicules « go-fast » chargés de drogue, sans parler des neutralisations de forcenés suicidaires... Prêts à l'action en moins de trente minutes, ils tirent à chaque fois les leçons de l'opération qui vient d'avoir lieu pour mieux préparer la suivante.  

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On ne connaît ni leurs noms ni leurs visages, juste leurs prénoms, gage d'une absolue discrétion dans l'exercice de leurs missions périlleuses. Toujours vêtus de noir et encagoulés, les hommes du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale, plus connu sous son acronyme GIGN, ne recherchent ni la publicité ni les honneurs. Ce sont les événements qui les propulsent parfois, à leur corps défendant, sur le devant de la scène. Eux préfèrent s'entraîner, pendant des heures, dans les sous-sols de leur salle de tir, dans la caserne Pasquier de Satory, près de Versailles. Ou bien ils courent pour s'aguerrir dans les bois environnants, seuls ou en binômes, jamais plus...

Ils sont prêts à intervenir à tout instant, ont été choisis non seulement pour leurs qualités physiques mais aussi pour leur endurance et leur résistance au stress. On les a par exemple sevrés de sommeil avant de les confronter à des situations extrêmes pour évaluer leurs réflexes et leur sang-froid. Au GIGN, pas question d'engager des têtes brûlées ! Si le courage est valorisé, les officiers se méfient des kamikazes qui pourraient mettre en péril une équipe toute entière : l'important, c'est de savoir travailler en souplesse au sein du « collectif », tout en respectant l'esprit d'initiative et d'improvisation «à la française». De fait, dans d'autres pays, les interventions sont découpées au cordeau, millimètre par millimètre. Au GIGN, le maître mot, c'est la confiance.

Quarante ans

Cette unité d'élite a été créée en 1974, juste après le drame des Jeux olympiques de Münich et une série de faits divers sanglants moins connus, comme la prise d'otages perpétrée à la centrale de Clairvaux en 1971. C'est à ce moment-là que la France a décidé de se doter d'une force d'action rapide, mobilisable à tout instant, capable de maîtriser aussi bien un homme désespéré voulant mettre fin à ses jours qu'un groupe terroriste menaçant l'Etat. En quarante ans d'existence, cette expérience n'a cessé de s'enrichir, permettant d'améliorer sans cesse les tactiques, les équipements et les matériels.

Actuellement, l'unité est en train de se doter d'un nouveau véhicule tout terrain, un camion 4X4 Sherpa développé par Renault, auquel a été ajoutée une plateforme spéciale permettant de récupérer des personnes coincées dans un bâtiment de grande hauteur, ou des otages retenus dans un Airbus A380 par exemple. L'engin est un mastodonte filant à 110 kilomètres/heure en dépit d'un blindage de niveau 2. Equipé de caméras savamment dissimulées, il peut embarquer dix personnes et peut même être aéroporté, la nacelle se démontant facilement.

Mais avant d'en arriver à l'assaut, le point fort du GIGN reste la négociation. Apprise au terme d'une longue formation en psychologie, avec nombreuses mises en situation et stage à l'hôpital psychiatrique de Fresnes à l'appui. Les négociateurs du GIGN, ce sont un peu les « Seigneurs » de cette unité d'élite. Même le général Thierry Orosco, qui fait partie des pionniers puisqu'il est entré dans cette formation en 1987, redoute de les voir entrer dans son bureau, tant il est difficile de leur refuser quelque chose... Les négociateurs font feu de tout bois : l'hypnose et la programmation neurolinguistique (PNL) font aujourd'hui partie intégrante de leur arsenal de persuasion. Pourquoi se priver d'outils qui ont fait leurs preuves ailleurs ? L'enjeu est trop important. Une négociation permet d'acheter du temps, d'avoir des renseignements sur le forcené ou le preneur d'otages et enfin, c'est un moyen de se créer des opportunités tactiques...

Marignane, décembre 1994

Tout le monde a encore en mémoire les images très fortes, diffusées en direct, de l'Airbus A300 de la compagnie Air France censé relier Alger à Paris et pris d'assaut par les hommes du GIGN en décembre 1994 sur le tarmac de l'aéroport de Marignane, près de Marseille. Les terroristes seront finalement tous abattus et plusieurs gendarmes grièvement blessés, au terme d'une opération qui a tenu toute la France en haleine, une opération qui a fait la réputation du GIGN dans le monde entier et qui a même été portée à l'écran. Ce que l'on sait moins et ce que révèle aujourd'hui le général Orosco, c'est que l'assaut a eu lieu au moment précis où les quatre terroristes se trouvaient réunis dans le cockpit. Une habitude qu'ils avaient prise, après chaque communication avec les négociateurs du GIGN, pour faire le point entre eux sur l'avancée des discussions, et que les officiers avaient aussitôt décidé de transformer en « fenêtre de tir »!

Marignane, justement. Pour le général Orosco, cet événement marque un tournant dans l'histoire du terrorisme contemporain : la fin du terrorisme revendicatif et le début du terrorisme suicidaire. De fait, les preneurs d'otages voulaient à l'origine projeter l'avion sur la Tour Eiffel pour créer un véritable traumatisme en France, une sorte de 11 septembre 2001 avant l'heure, juste avant Noël 1994. Par la suite, il y a eu l'attaque du théâtre de la Dubrovka à Moscou, puis celle de l'école de Beslan. Et finalement, toute une série d'attentats et de tueries planifiées : à Londres, Madrid, Bombay, Nairobi etc... Tirant à chaque fois les leçons de ce qui se passait, ici et ailleurs, la France a décidé en 2007 de regrouper toutes les forces spéciales du GIGN sous un seul commandement. Le GIGN, c'est donc : une force d'intervention ; une force de sécurité et de protection de personnalités sensibles en France et à l'étranger ; une force dédiée à la protection du chef de l'Etat ; une force d'appui opérationnel ; une force d'observation et de recherche, et une force de formation.

Le GIGN simule une intervention lors d'un incident majeur (prise d'otages par exemple), à bord d'un TGV.
Le GIGN simule une intervention lors d'un incident majeur (prise d'otages par exemple), à bord d'un TGV. GIGN

Les nécessaires retours d'expérience

Il existe environ 200 cibles potentielles en France : de Matignon à l'Elysée, en passant par les centrales nucléaires ou bien encore les aéroports. Pour bien réagir en cas de crise majeure, il est important de connaître par coeur le terrain à l'avance : le nombre de portes d'un bâtiment par exemple, la qualité d'explosifs nécessaires pour les faire sauter, le niveau de saturation des communications mobiles etc... Autant de « détails » qui n'en sont plus le jour où il convient de sauver des vies en peu de temps. Récemment, les députés ont d'ailleurs eu la surprise de voir débarquer en pleine Assemblée nationale le GIGN en tenue, pour un exercice non inscrit à leur agenda !

De la même façon, une cellule de veille stratégique étudie de près tous les attentats qui se produisent au jour le jour un peu partout dans le monde pour en décortiquer les modes opératoires, les similitudes, les différences car chez les terroristes aussi, les techniques et les équipements s'affinent. A Bombay par exemple, ils avaient utilisé des téléphones portables achetés au Pakistan, ce qui fait qu'il a été relativement facile de les tracer. A Nairobi, pour éviter d'être repérés, ils ont pris les mobiles des cadavres et ont pu parler discrètement entre eux ...

C'est ce qui explique que les coopérations entre Etats se multiplient. De ce point de vue, le GIGN reste une référence. Parmi ses partenaires privilégiés, on trouve bien sûr les Allemands et les Belges, qui ont beaucoup travaillé sur la sécurité du Thalys notamment, mais aussi les troupes des SAS britanniques. Plus surprenants sont les échanges avec les Israéliens, réputés très doués pour piéger une colonne qui avance, et surtout avec les Russes du groupe Alpha. Ces derniers ne font généralement pas dans la dentelle mais ils ont, semble-t-il, un retour d'expérience intéressant sur le Daghestan. L'an dernier, le GIGN a mené pas moins de 140 actions de formation à l'étranger.

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