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Portrait

Les « Rhapsodies urbaines » de Diagne Chanel

Personnalité reconnue, Diagne Chanel a exposé jusqu'aux Etats-Unis et au Japon.
Personnalité reconnue, Diagne Chanel a exposé jusqu'aux Etats-Unis et au Japon. RFI/Sabine Cessou

Femme et métisse, artiste et militante, Diagne Chanel jouit d’une reconnaissance internationale mais cherche toujours sa place… A Paris, la Galerie Lawson lui consacre une rétrospective. L’œuvre de cette peintre et sculptrice est à son image : éclectique et inclassable, à la fois ancrée en France où elle née, au Sénégal où elle a vécu… Et en Italie où elle a étudié.

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A côté de tableaux sur bois organisés autour de photos de lutteurs sénégalais, trônent des sculptures roses, rondes et translucides : un personnage féminin sans âge, en jupe et coupe au carré. Un peu plus loin, des photos d’un enfant métis, son propre fils, dans des villes italiennes – une série intitulée « Métis dans les villes », et de grandes toiles où Diagne Chanel se met en scène avec une pointe assumée d’autodérision.

D’un abord chaleureux, cette personnalité reconnue a exposé aux Etats-Unis et au Japon, mais ne pense pas occuper sa place dans le monde de l’art. Il faut dire qu’elle brouille elle-même les pistes. En France, on pense que son prénom est Diagne, que l’on prononce « Diane », par commodité. Au Sénégal, on suppose que son prénom est Chanel. En fait, elle s’appelle Mariam… Mais elle s’est fait connaître en tant qu’artiste sous les patronymes de ses parents, un père sénégalais et une mère française, sans lien de famille avec le célèbre Blaise Diagne ou l’illustre Coco Chanel.

Souvenirs d’enfance au Sénégal

Elle et ses deux sœurs, nées dans les années 1970, ont grandi entre Paris, Kaolack et Thiès. Deux villes du Sénégal dont elle a gardé de mauvais souvenirs d’enfance - entre ses 6 et 8 ans. Choquée par les violences physiques infligées aux élèves à l’école, elle l’a aussi été par l’indifférence des adultes face à des situations d’esclavage. Ce qui l’a amenée, bien plus tard, à militer contre la persistance de ce fléau au Soudan et en Mauritanie.

Certaines de ses pièces rendent hommage à ces esclaves oubliés. Elles ont été exposées à Bruxelles, Bayreuth et Francfort. Mais Diagne Chanel a senti que son militantisme la mettait en danger : « Je me suis rendu compte de l’hostilité du milieu artistique africain, qui ne veut pas parler de choses passées qui seraient toujours d’actualité. Le colon, oui, les Africains qui se trouvent toujours en esclavage, non ! »
 

Fruits étranges pour John Garang. Hommage aux victimes du Sud-Soudan.
Fruits étranges pour John Garang. Hommage aux victimes du Sud-Soudan. DR

Au début des années 2000, elle s’est donc repliée sur sa propre histoire, pour se défendre elle-même. Elle commence alors sa série « Métis dans les villes », un projet refusé par la Ville de Paris, qui s’inspirera quand même du thème… Elle met en scène un personnage métis dans les architectures de Paris, mais aussi de Rome et de Florence. Des villes qui l’ont marquée, notamment pour leur architecture de la Renaissance, lors d’un voyage d’études fait en 1980 après sa formation classique (Arts appliqués et Arts décoratifs à Paris).

« Je n’y suis jamais retournée depuis », répète-t-elle en parlant du Sénégal de son enfance. Pourtant, elle ne cesse d’aller et venir entre ses deux pays. Après la mort de son père, en 1987, elle a vécu quatre ans à Dakar, où elle a rencontré le père de son fils. Depuis 2011, sa destination se trouve plutôt être Sédhiou, une petite ville des bords du fleuve Casamance. Elle y a repris possession d’une maison de famille pour la transformer en atelier et en musée. « Je serais beaucoup plus connue si j’étais restée au Sénégal, dit-elle. Un artiste, pour fonctionner, doit être identifié sur le plan régional. A Paris, je ne suis pas considérée comme Française. Je ne corresponds à aucune case. »

Le garçon de Venise et la représentation du Noir

Elle a écrit un essai, Métis invisibles, qui reste à publier, fait des films et commencé la sculpture, avec des œuvres achetées par la Fondation Blachère, entre autres. Elle reste malgré tout identifiée à l’un de ses premiers tableaux, Le garçon de Venise, qui remonte à 1976 ! Ce personnage noir sur une place vénitienne, habillé à l’européenne, « semble demander s’il y a une place pour le fils de l’homme noir sur l’échiquier occidental », a écrit l’une de ses amies. Elle s’en étonne encore : « Même le Festival mondial des arts nègres de Dakar a choisi ce tableau pour illustrer la section arts visuels ! »

Elle réfléchit beaucoup sur la représentation du corps noir en Occident et a participé à un colloque international sur la question en janvier 2013 au Quai Branly. L’art représente pour elle une façon de vivre sa « double appartenance » de façon créative. « La contradiction du métis est créée par le regard extérieur : l’enfant est perçu dans son lien à son père, quand ce dernier est noir, alors qu’il est souvent absent. »

Un absent qui prend une très grande place, comme dans son tableau « Miroir mortel », où une femme métisse se fait lapider par un homme africain. Elle y parle de sa « stupéfaction d’avoir découvert que pour l’homme africain, j’étais à la fois une proie et un ennemi sur le plan culturel ». La raison ? Son lien avec le monde blanc… « Le plus important, c’est de ne pas laisser dire aux autres que parce que les gens sont métis, ils sont complexes. On projette souvent sur le métis sa propre complexité ! » 

« Rhapsodies urbaines » de Chanel Diagne. Galerie Philippe Lawson. 16 Rue des Carmes, 75005 Paris. Du 10 juin au 26 juillet 2014.

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