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Disparition

Souleymane Koly, celui qui voulait faire changer les choses en Afrique

Souleymane Koly en 2014, l'année des 40 ans de sa troupe, le Kotéba d'Abidjan.
Souleymane Koly en 2014, l'année des 40 ans de sa troupe, le Kotéba d'Abidjan. Archives personnes de Souleymane Koly

Souleymane Koly, fondateur de la compagnie de théâtre Kotéba d’Abidjan, a été emporté par une crise cardiaque, le 1er août à Conakry. Il aurait eu 70 ans le 18 août, et préparait pour décembre l’anniversaire des 40 ans de sa troupe. Il a voulu jusqu’au bout faire changer les choses en Afrique, par le biais de la culture.

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Cet homme respecté, d’un abord facile, va beaucoup manquer au monde de l’art en Afrique de l’Ouest. Souleymane Koly était l’un des « grands » de la culture dans la sous-région : natif de N’Zérékoré, en Guinée forestière, il a fondé à Abidjan, en 1974, à l’âge de 30 ans, une troupe de théâtre inspirée par une tradition malienne, le Kotéba.

« Sociologue de formation, il a eu l’idée de génie d’adapter à la scène ce rituel mandingue proche du théâtre forum qui permet de dénoncer les travers de la société et peut aider à s’en défaire, écrit Sylvie Chalaye pour Africultures. Il avait inventé une forme de comédie musicale vaudevillesque africaine qui séduisit les années 1980 ». Les nombreuses pièces de son théâtre populaire ont tourné en Afrique, en France et à travers le monde.

L’Afrique telle qu’il la vivait

Pendant quarante ans, Souleymane Koly a raconté l’Afrique telle qu’il la voyait et la vivait : urbaine, cocasse et tragique à la fois. Le dernier spectacle qu’il a monté, Paroles de femmes, traite de la place de la femme dans les sociétés ouest-africaines. Il n’a jamais renoncé au rêve panafricain de sa génération, qui avait 20 ans au moment des indépendances. Il portait la vision d’une Afrique unie et déterminée à se construire des lendemains meilleurs. Inspiré par l’énergie d’Abidjan et le brassage ethnique de cette ville -bien avant les ravages du concept « d’ivoirité »-, il cherche à combler une lacune entre les troupes folkloriques et le théâtre à l’occidentale.

Souleymane Koly sur scène en 1974, l'année de la fondation du Kotéba d'Abidjan.
Souleymane Koly sur scène en 1974, l'année de la fondation du Kotéba d'Abidjan. Archives personnelles de Souleymane Koly

Toute sa vie, il a tenté d’influer sur le développement par le biais de la culture, n’hésitant pas à assumer des responsabilités officielles. D’abord en Côte d’Ivoire, en 1971, à la direction du département des Arts et traditions populaires de l’Institut national des arts (INA). Il développe alors les idées de base de l’ensemble Kotéba, puis rejoint en 1973 le ministère du Plan, qui voulait intégrer la dimension culturelle dans ses programmes. En 1974, il lance sa troupe et quitte l’administration… Il la retrouvera des années plus tard en Guinée, où il avait décidé de retourner vivre en 2011, pour fonder le Kotéba Guinée et devenir le conseiller spécial du ministre de la Culture d’Alpha Condé, son vieil ami Ahmed Tidjane Cissé.

Un esprit critique et indépendant

Mais Souleymane Koly ne se faisait plus trop d’illusions. Interrogé sur les chances de faire du concret à partir d’un ministère en Guinée, il ne prenait pas de pincettes pour répondre en juin dernier, dans les colonnes d’Afrique Magazine : « Ce n’est pas le meilleur endroit pour faire de l’action sur le terrain. Il s’agit plutôt de définir un cadre avec un engagement fort du pouvoir. Un pouvoir public qui prenne des décisions claires, c’est ce qui fait défaut en Guinée ».

Souleymane Koly avec le Kotéba d'Abidjan en 1980.
Souleymane Koly avec le Kotéba d'Abidjan en 1980. Archives personnelles de Soleymane Koly

L’une de ses raisons d’être était de pousser de jeunes talents à éclore. Il rêvait de voir des artistes guinéens faire les mêmes carrières que les chanteuses maliennes Rokia Traoré ou Fatoumata Diawara. Il disait vivre « une seconde jeunesse », sans perdre son regard acéré sur la réalité qui l’entourait : « Je suis dans le même état que lors de la création du Kotéba, nous confiait-il en mai. La seule différence, c’est que nous avions dans les années 1970 la paix et une forte croissance en Côte d’Ivoire. En Guinée, tout peut basculer à tout moment. Les gens se jettent des pierres et la moindre petite histoire en Guinée forestière peut finir en tuerie ».

Sa troupe a formé ou inspiré de nombreux talents. Parmi eux, Alioune Ifra N’Diaye, co-fondateur du théâtre BlonBa à Bamako, à qui il a donné envie de faire le même métier. Le jeune dramaturge malien lui rend hommage en ces termes : « Sache Papa Souleymane Koly que je fais partie des graines que tu as plantées en Afrique. Nous serons des baobabs comme toi et feront d’autres graines qui seront des baobabs. Et l’Afrique va continuer à compter dans la culture. Dors en paix ! ».

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