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Du côté de chez Juan

Le Vatican face aux persécutions des chrétiens d’Irak

Avec le pape François (ici à Séoul le 14 août 2014), c'est la diplomatie du Vatican qui revient en force.
Avec le pape François (ici à Séoul le 14 août 2014), c'est la diplomatie du Vatican qui revient en force. REUTERS/Hwang Gwang-mo/Yonhap
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Dans Appels sur l’actualité, lundi 25 août, un auditeur de Bamako se pose des questions sur la position du Vatican face aux chrétiens d’Irak. Le pape François a évoqué récemment les persécutions dont ils sont victimes. Il a même dit que, s’il le fallait, il pourrait se rendre sur place.

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Le Pape peut-il jouer un rôle important dans la crise Irakienne ? Quelle est sa marge de manœuvre ?

Le pape François joue déjà un rôle important dans sa volonté de mobiliser les consciences. Son style direct, qui interpelle, s’y prête plutôt bien et on peut dire que quand François parle il est écouté. Rappelons-nous de Lampedusa...

On se souvient en septembre dernier qu’il avait organisé une prière pour la paix en Syrie place Saint-Pierre qui avait rassemblé des dizaines de milliers de personnes, et qui avait eu lieu alors que les Etats-Unis et la France faisaient pression pour bombarder Bachar el-Assad. Le pape avait même écrit à Vladimir Poutine pour lui demander de tout faire en son pouvoir pour tenter d’éviter ses frappes. Des frappes qui, on le sait, n’ont pas eu lieu et beaucoup disent ici que le pape François y a été pour beaucoup dans la désescalade. La crise en Irak, à la suite de la Syrie, ne le laisse pas indifférent, loin de là. Il a envisagé de se rendre en Irak et rappelait il y a une semaine qu’il était « licite d’arrêter l’agresseur » en évoquant la barbarie des jihadistes.

La tradition diplomatique du pape et du Saint-Siège est de se baser sur les Nations unies…

Oui, en 2005, l’Assemblèe générale de l’ONU avait adopté le principe de protéger par les armes les populations contre les massacres de masse, et trois ans plus tard, à la tribune de l’ONU, Benoit XVI avait soutenu ce principe. François est plus volontariste que son prédécesseur : le 9 août dernier, il a même envoyé une lettre au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon dans laquelle appelait « la communauté internationale de prendre des mesures pour mettre fin à la tragédie humanitaire en cours en conformité avec le préambule et les articles concernés de la charte des Nations unies ». Sans en préciser la nature, il s’agissait clairement d’un feu vert à une intervention. La marge de manœuvre du pape est bien sur limitée puisque le Saint-Siège n’est qu’observateur à l’ONU, mais le 10 août, l’observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’ONU à Genève, Mgr Tomasi, affirmait clairement qu’une intervention militaire était une option nécessaire pour stopper l’Etat islamique.

Le pape François a envoyé un émissaire en Irak lundi 11 août. Quelle est précisément sa mission sur place ?

Preuve de l’implication personnelle du pape dans cette crise, il a donc envoyé l'un de ses proches, le cardinal Filoni. C’est tout un symbole, car celui-ci fut le nonce apostolique (l’ambassadeur du Vatican) à Bagdad jusqu’en 2006 : il fut le dernier diplomate occidental à rester en poste dans la capitale irakienne alors que le pays sombrait dans le chaos suite à l’invasion américaine. Filoni s’est rendu dans le Kurdistan irakien pour une mission avant tout d’ordre humanitaire puisqu’il y a rencontré les minorités chrétiennes et Yézidis, chassées par les jihadistes de l’Etat islamique. Il a apporté un million de dollars d’aide pour ces réfugiés.

A son retour, il a d’ailleurs raconté combien il avait été d’ailleurs bouleversé par les regards vides de ces femmes et enfants rencontrés à Erbil ou d’autres villes et qui vivent dans des camps de fortune. Le cardinal Filoni qui a également rencontré les autorités irakiennes, le président kurde Massoud Barzani et le chef de l’Etat irakien Fouad Massoum à qui il a remis une lettre du pape dans laquelle il remercie ce dernier d’accueillir son émissaire personnel. « Quand le pape m’a confié cette mission, même s’il ne me l’a pas dit, j’ai eu l’intuition qu’il aurait voulu y aller lui », a raconté le cardinal à son retour. François qui a reçu le cardinal Filoni longuement, dès le lendemain de son voyage pour écouter longuement son rapport.

Le pape François (C), les présidents israélien Shimon Peres (G) et palestinien Mahmoud Abbas, dans les jardins du Vatican, le 8 juin 2014.
Le pape François (C), les présidents israélien Shimon Peres (G) et palestinien Mahmoud Abbas, dans les jardins du Vatican, le 8 juin 2014. REUTERS/Max Rossi

Cette crise irakienne vient-elle montrer un virage diplomatique du Saint-Siège ?

Plus qu’un virage, c’est une confirmation : celle que la diplomatie du Vatican revient en force sous le pontificat du pape François. On vient d’ailleurs de le voir la semaine passée avec les messages au président chinois que le Pape a envoyés alors que son avion survolait la Chine de retour de Corée du Sud. Le pape Bergoglio est celui qui fait revenir le Saint-Siège sur le devant de la scène internationale - non pas qu’il avait disparu mais les dossiers internationaux étaient moins une priorité de Benoît XVI.

Il faut se rappeler que le pape a choisi comme secrétaire d’Etat Pietro Parolin, un diplomate chevronné, qui a notamment été nonce au Venezuela et très impliqué dans le dialogue avec l’Asie. On vient d’évoquer le cardinal Fernando Filoni émissaire en Irak, on pourrait citer aussi la venue le 8 juin dernier au Vatican des présidents israélien et palestinien Shimon Peres et Mahmoud Abbas priant autour du pape pour la paix.

Derrière les gestes forts, le ton est ferme face aux grandes crises qui traversent la planète : en témoigne par exemple le 12 août dernier, au nom du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux qu’il préside, le cardinal français Jean-Louis Tauran demandait avec une inhabituelle fermeté aux responsables musulmans de condamner unanimement et sans ambigüité les crimes de l’Etat islamique.

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