Israël/Interview

Claude Klein: «la réforme du serment d’allégeance ne passera jamais»

Mercredi 20 octobre, la presse israélienne affirmait que le projet de la loi d'allégeance à l'État juif d'Israël n'était pas en mesure de réunir une majorité de voix à la Knesset, le Parlement israélien.
Mercredi 20 octobre, la presse israélienne affirmait que le projet de la loi d'allégeance à l'État juif d'Israël n'était pas en mesure de réunir une majorité de voix à la Knesset, le Parlement israélien. AFP

Les aspirants à la nationalité israélienne devront-ils jurer fidélité à l'Etat « juif et démocratique »? Rencontre avec Claude Klein, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem et spécialiste du droit israélien.

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RFI : Le débat fait rage en Israël suite au projet du gouvernement de demander à ceux qui prennent la citoyenneté de prononcer un serment d’allégeance « à l’Etat d’Israël, juif et démocratique ». Quelle est la situation aujourd’hui ?

Claude Klein.
Claude Klein. Nicolas Falez/RFI

Claude Klein : En réalité, nous parlons de très peu de cas. Très peu de gens sont naturalisés en Israël car la plupart de ceux qui arrivent ici sont des juifs qui obtiennent la nationalité par la Loi du Retour et à qui on ne demande aucun serment d’allégeance. Il y a des cas de naturalisation - quelques dizaines ou quelques centaines par an, pas plus - ceux-là doivent prononcer un serment de loyauté « à l’Etat d’Israël ». Ce qui est en discussion aujourd’hui c’est de compléter cette formule par « l’Etat d’Israël, juif et démocratique ».

RFI : Le projet est notamment critiqué par les Arabes israéliens (20% de la population environ). Mais ils ne sont pas concernés par ce serment ?

C.K. : Ils ne sont pas concernés, sauf s’ils épousent un(e) ressortissant(e) étranger(e). Si le conjoint demande alors la nationalité israélienne, il ou elle doit alors prononcer le serment.

RFI : Pourquoi ce projet de réforme du serment d’allégeance ?

C.K. : Cela vient d’Avigdor Lieberman (chef du parti ultranationaliste Israel Beitenou et ministre des Affaires étrangères) qui met en avant le manque de loyauté – selon lui – des Arabes israéliens. Il cherche divers moyens pour les obliger à manifester leur loyauté ou alors les obliger à partir, ce que dans son for intérieur il préfèrerait,  je crois ! C’est donc une manœuvre de Lieberman dans laquelle le Premier ministre Netanyahou s’est laissé entraîner. Ce dernier a déjà un peu changé son fusil d’épaule et propose désormais que tout le monde prononce le serment, y compris les juifs qui bénéficient de la Loi du Retour. Mais là, il fait face à un autre écueil : celui des juifs ultrareligieux qui – eux – ne reconnaissent pas le caractère « démocratique » de l’Etat d’Israël. Donc si je devais faire un pari, je dirai que la loi ne passera jamais.

RFI : Y a-t-il un lien entre ce débat et la demande faite par Benyamin Netanyahou aux Palestiniens de reconnaître Israël comme « Etat juif » ?

C.K. : C’est la même chose. C’est une demande difficile à comprendre quand on n’est pas ici et qui traduit le malaise et le mal-être de l’Israélien, qui a l’impression de ne pas être reconnu et que – même s’il signe la paix – à la première occasion, on essaiera de l’évincer, de le supprimer. Il y a donc cette idée exprimée parfois de façon assez pathétique : « reconnaissez-nous pour ce que nous sommes : pas seulement un Etat avec une armée et des frontières mais un Etat qui a une âme et qui est l’Etat-nation du peuple juif ». Or, cela est très difficile à admettre pour les Palestiniens et les Arabes en général. Et on risque d’achopper sur ce point encore très longtemps.

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