Etats-Unis / Moyen-Orient

Les hésitations américaines face aux révoltes du monde arabe

Le président yéménite, Ali Abdallah Saleh, aurait perdu le soutien de Washington.
Le président yéménite, Ali Abdallah Saleh, aurait perdu le soutien de Washington. REUTERS/Khaled Abdullah

Au Yémen, alors que le mouvement de protestation se poursuit, le quotidien américain New York Times révèle que le président Ali Abdallah Saleh aurait perdu le soutien d'un allié de poids, les Etats-Unis. Depuis le début des révoltes du monde arabe, l’administration Obama, comme les chancelleries occidentales, donne l’impression de répondre un peu et au jour le jour au « Printemps arabe ».

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Le printemps arabe est un véritable casse-tête pour Barack Obama. Conséquence, depuis le mois de janvier, le président américain oscille entre un soutien prudent « et de principe pour se mettre du bon côté de l’histoire » et une réserve tout aussi prudente « pour ménager les intérêts américains et les inquiétudes des alliés, comme Israël et l’Arabie Saoudite », explique Justin Vaïsse, directeur de recherche au Brookings Institute, à Washington.

Contrairement à ses homologues européens, Barack Obama ne peut prétendre avoir été pris totalement de court par les révolutions du monde arabe. Dès le mois d’août, depuis son bureau ovale, le président américain commandait « un rapport secret à ses conseillers sur les troubles du monde arabe », rapporte le New York Times. Toujours selon le quotidien américain, dans un rapport secret de 18 pages, les experts prévenaient que « sans changement politiques de fond, ces pays sont mûrs pour la révolte populaire ».

Démocratisation ou préservation des intérêts

Etre averti et traditionnellement favorable à la démocratie ne suffit pas. La position des Etats-Unis dépend d’abord de leurs intérêts. Dans le cas de la Tunisie, considérée comme un allié relativement secondaire, l’administration Obama n’a pas hésité à se porter assez rapidement du côté des manifestants. Dès début janvier, le département d’Etat condamnait officiellement les violences.

En revanche, si Barack Obama a demandé le départ de l’Egyptien Hosni Moubarak et du Libyen Mouammar Kadhafi, il n’a pas eu les mêmes exigences pour le roi du Bahreïn qui a décidé, le 16 mars dernier, de réprimer violemment le mouvement de contestation. « Autant il est facile d’être pro-démocratie pour la Tunisie » ou pour la Libye qui n’est pas un pays central pour les Américains, « autant l’administration américaine se doit d’être beaucoup plus prudente pour l’Egypte, en raison de son importance dans le monde arabe et pour Israël ou encore Bahreïn où est stationnée la Ve flotte américaine et surtout l’Arabie Saoudite, pays clé de toute cette région où les intérêts stratégiques et économiques américains sont énormes », précise le chercheur Justin Vaïsse.

Le Yémen est aussi un cas délicat pour Washington, qui vient tout juste de changer de position. Dans son édition de lundi, le New York Times révèle que les Etats-Unis estiment que la position du président Saleh est désormais intenable et que des négociations ont été engagées pour proposer au président yéménite de remettre le pouvoir à un gouvernement provisoire. Le quotidien américain précise que cela ne remet pas en cause toutefois la position de Washington concernant les opérations américaines de contre-terrorisme au Yémen.

 

Justin Vaïsse, chercheur au Brookings Institute de Washington

Cette valse entre stabilité ou démocratie est peut-être finalement « la seule position sage à adopter à un moment où on ne sait pas exactement de quel côté le printemps arabe va tourner », conclut le directeur de recherche du Brookings Institution, qui compare cette période à celle qu’avait connue le président Bush-père, dans les années 1989-1990, au moment des bouleversements en Europe de l’Est et en URSS. Aujourd’hui comme hier, « il est très difficile de fonder une politique sur des principes quand on ne sait pas de quoi demain sera fait. »

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