Egypte

En Egypte, les opposants insatisfaits retournent à la case départ, place Tahrir

Manifestation place Tahrir au Caire, en Egypte, le 13 mai 2011
Manifestation place Tahrir au Caire, en Egypte, le 13 mai 2011 REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

Plusieurs mouvements de militants égyptiens appellent ce vendredi 27 mai 2011 à une « seconde révolution » et dès la mi-journée des dizaines de milliers de manifestants convergeaient vers la place Tahrir au Caire. Largement insatisfaits de l’évolution de leur pays depuis le renversement du régime Moubarak, le 11 février, ces militants pro-démocratie veulent exprimer publiquement leur frustration face à la lenteur de la démocratisation promise.

Publicité

La cible a été désignée nettement ; d’abord par les blogueurs du pays qui se sont mobilisés le 23 mai pour dire tout le mal qu’ils pensaient de la gouvernance du Conseil suprême des forces armées (CSFA) qui dirige le pays. Quelque 375 blogueurs ont ainsi répondu à l’appel réalisant en quelque sorte un tour de chauffe pour la manifestation de ce vendredi. La Coalition des jeunes pour la révolution et la Jeunesse du 6 avril ont invité, via Facebook, les Egyptiens à descendre dans la rue et notamment sur la célèbre place Tarhir au Caire, pour « mettre fin à la corruption politique ». Dès vendredi, des dizaines de milliers de membre du réseau social en ligne annonçaient leur participation…

 
Ces deux mouvements instigateurs de la manifestation d’aujourd’hui sont les deux principaux rassembleurs des jeunes opposants qui ont été particulièrement actifs lors de la révolte de janvier et février. C’est en tant que tels qu’ils participaient à la Conférence de dialogue national, une structure de concertation dont ils se sont d’ailleurs retirés en accusant des membres de l’ex-parti d’Hosni Moubarak d’utiliser ce forum pour tenter de revenir sur le devant de la scène politique.

Les motifs ne manquent pas

Autre composante de l’opposition et la mieux structurée d’Egypte, les Frères musulmans ont par contre refusé de se rallier au mouvement de protestation actuel. La confrérie islamiste s’est même déclarée « très préoccupée » par les appels à manifester. Dans un communiqué, le mouvement de Mohamed Badie met en garde contre toute tentative de division entre le peuple et l’armée. On serait tenté de dire que les Frères musulmans ôtent littéralement les mots de la bouche de l’armée qui, sur sa page Facebook, met en garde contre « les éléments suspects qui vont essayer d’opposer l’armée au peuple ». Du coup, l’armée a décidé de se tenir à distance des rassemblements pour éviter tout affrontement.
 

La décision de juger Moubarak vient juste à la suite des quelques voix qui ont demandé une « nouvelle révolution », révolution notamment contre le Conseil suprême militaire...

Zyad Abdelwahab, Institut du Caire pour les droits de l'homme

Tous les mécontents de la façon dont se déroule la transition égyptienne réclament le retour rapide à un pouvoir civil, le renvoi des responsables de l'ancien régime toujours présents dans de nombreux secteurs de l'administration, et des actions en justice plus fermes contre ceux accusés de corruption et de violences. Ils veulent également davantage de garanties concernant des réformes démocratiques, alors que le pays est désormais dirigé par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), un collège de généraux.

Par ailleurs, la justice égyptienne a annoncé opportunément mardi 24 mai que M. Moubarak et ses deux fils, Alaa et Gamal, allaient être jugés, une des principales demandes des organisateurs de la manifestation, mais aucune date n'a encore été fixée pour un procès. Alors que des élections législatives sont programmées en septembre, les militants pro-démocratie font valoir que parmi les partis susceptibles de se présenter, seul celui des Frères musulmans est réellement prêt. La révision du calendrier électoral constitue donc également une revendication d’importance pour tous ceux qui seront dans la rue ce vendredi en Egypte.    

 

La protestation : un enjeu électoral pour le courant islamiste

Avec notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti

Le courant islamiste, comprenant la puissante confrérie des Frères musulmans, les salafistes fondamentalistes et les radicaux de la Gamaa islaméya, avaient annoncé le boycott des manifestations. Elles avaient même été dénoncées comme « impies et contraires à l’islam » par une contre manifestation préventive qui avait eu lieu mercredi à Alexandrie.

Selon les observateurs, le courant laïcisant a réussi à rassembler la moitié de la foule qui se pressait lors des manifestations comprenant le courant islamiste. Un équilibre des forces qui reste en faveur des islamistes plus organisés quand il s’agit d’élections. Ils disposent de plus de l’infrastructure des dispensaires, écoles coraniques et mosquées.

C’est la raison pour laquelle les révolutionnaires veulent reporter les législatives, prévues pour septembre, à après la rédaction d’une nouvelle constitution. Ces revendications ne sont naturellement pas du goût des islamistes qui sentent le pouvoir finalement à portée de main. Pour l’instant, les militaires jouent les arbitres mais certains analystes se demandent si l’arbitre est vraiment impartial.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail