Yémen

Vendredi de prière meurtrier à Sanaa au Yémen

Les manifestants contre le régime d'Ali Abdallah Saleh portent les corps de combattants de l'opposition morts dans les affrontements avec les forces loyalistes à Sanaa, vendredi 3 juin 2011.
Les manifestants contre le régime d'Ali Abdallah Saleh portent les corps de combattants de l'opposition morts dans les affrontements avec les forces loyalistes à Sanaa, vendredi 3 juin 2011. Reuters/A.Awad
Texte par : RFI Suivre
7 mn

Un tir d’obus sur le palais présidentiel à Sanaa a blessé le président yéménite, Ali Abdallah Saleh et le Premier ministre, Ali Mohamed Moujawar, ce vendredi 3 juin 2011. Plusieurs personnalités politiques auraient été tuées. Un message audio du président yéménite, actuellement à l'hôpital du ministère de la Défense, a été diffusé à la télévision dans la soirée confirmant qu'il se «portait bien».

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On peut soit aller vers la guerre civile, on pourrait aussi, si on voit les choses avec un peu plus d'optimisme, voir le début d'une tentative de résolution de la crise par tous ceux qui étaient opposés.

Michel Tuchscherer, directeur du CEFAS, un centre de recherche en sciences humaines et sociales à Sanaa

Le président yéménite Ali Abdallah Saleh, le Premier ministre Ali Mohamed Moujawar et le président du Parlement ont été blessés dans un tir d'obus. Selon les dernières informations, le président Saleh aurait été blessé à la tête, mais se porterait «bien». Il serait actuellement à l'hôpital du ministère de la Défense. Un message audio du président a été diffusé à la télévision dans la soirée pour confirmer cet état de santé.

D'autres personnalités ont également été sérieusement blessées comme le vice-Premier ministre aux Affaires de la Défense et de la Sécurité, Rached Mohammed al-Alimi, et le gouverneur de Sanaa. Le camp gouvernemental accuse le puissant chef de tribu, cheikh Sadek al-Ahmar qui a rejoint l'opposition. Mais lui dément formellement. « Ils ont franchi toutes les lignes rouges » estime le gouvernement qui semble exclure désormais tout accord pour une solution négociée à la crise.

Une source proche de la présidence parle également de tués, notamment de quatre officiers de la Garde républicaine qui auraient trouvé la mort lors de cette attaque. Le président Ali Abdallah Saleh a, lui, évoqué dans son message audio à la population, 7 morts dans cette attaque. Dans un premier temps l’opposition yéménite avait annoncé la mort d’Ali Abdallah Saleh. Une information démentie par la chaîne de télévision Al-Arabia.

Au moins deux obus sont tombés sur le palais présidentiel alors que les combats font rage dans Sanaa. Depuis le début des évènements au Yémen, l’opposition rejointe par les chefs tribaux demande le départ du président Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis plus de 33 ans. Ces combats ont fait plus de 370 morts.

Depuis une dizaine de jours les combats avaient repris plus violemment entre les troupes fidèles au chef de l'Etat et les miliciens tribaux du clan Hached faisant près de 155 morts. 

Un président résistant

Dans un pays aussi instable que le Yémen, Ali Abdalah Saleh, tient du phénomène politique. Ses prédécesseurs ont été assassinés ou contraints à l'exil, après avoir été victimes d'un coup d'état. Mais lui est aux commandes du pays le plus pauvre de la péninsule arabique depuis plus de 30 ans. Arrivé au pouvoir alors qu'il n'était qu'un obscur officier, Ali Abdallah Saleh a d'abord été président en 1978 du Yémen du nord puis du Yémen réunifié 12 ans plus tard. Après, il s'illustre par sa capacité de résister aux différentes crises. Pour lui gouverner le Yémen revient à « danser au-dessus des serpents » . En tout cas, il a longtemps su manipuler les différentes composantes de la société yéménite et notamment ses puissantes tribus pour se maintenir au pouvoir. Avec les années, il est de plus en + en + perçu comme un autocrate et ses détracteurs l'accusent de népotisme et de corruption . Avant le déclenchement fin janvier du mouvement de contestation, il se préparait à briguer un nouveau mandat. Plus de 4 mois de révolte populaire ne lui feront pas renoncer au pouvoir. Fin mai, il refuse encore de signer un accord de transition politique proposé par les Monarchies du Golfe.

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