SYRIE

Syrie : l'opposition en colère organise l'après-Bachar el-Assad

Manifestation de l'opposition syrienne à Hama, le 17 juin 2011.
Manifestation de l'opposition syrienne à Hama, le 17 juin 2011. AFP / Ugarit News

En s'exprimant lundi 20 juin 2011 pour la troisième fois en public depuis le début des révoltes à la mi-mars, le président syrien Bachar el-Assad semble n'avoir convaincu personne. Avant même la fin de son discours d'une heure et quart à l’Université de Damas, des manifestants sont descendus dans les rues pour crier leur colère. Une colère qui pourrait renforcer encore l'opposition qui s'organise d'ores et déjà en vue du changement de régime.

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La première force d'opposition aujourd'hui en Syrie semble être ces jeunes gens qui manifestent et organisent des rassemblements quasi quotidiennement.

Lundi 20 juin 2011, dans son discours devant l'Université de Damas, le président syrien les a une fois de plus traités de comploteurs. Contrairement à l'opposition traditionnelle qui depuis trente ans est très encadrée par le régime syrien, cette « nouvelle opposition » prend les devants. Elle s'est organisée dans tout le pays en comités locaux de coordination.

Cette jeune opposition prépare aussi l'après-Bachar el-Assad en proposant un programme politique à appliquer après sa chute. Le document, intitulé Vision des comités locaux de coordination pour l'avenir politique de la Syrie, prône l'instauration d'une période transitoire avant l'organisation d'élections et l'établissement à terme d'un régime parlementaire. Rédigé par les jeunes syriens avec l'aide d’intellectuels, il s'agit là d'une véritable base de travail pour organiser la Syrie de demain à en croire Abdul Hamid al-Atassi, représentant du Parti démocratique du peuple syrien.
 

Ce programme prévoit l'élection d'une assemblée pour établir une Constitution démocratique et républicaine (...) et l'organisation d'élections dans les six mois.

Abdul Hamid al-Atassi, représentant du Parti démocratique du peuple syrien

La jeunesse et l'opposition classique doivent s'allier

Malath Aumran , 26 ans incarne cette nouvelle opposition. Pur produit de la dissidence intérieure, ce cyberactiviste, très populaire sur les réseaux sociaux, a du fuir la Syrie pour le Liban. Dans ce pays, il sert désormais de courroie de transmission entre son peuple soumis quasiment à huis clos à la répression et le reste du monde. Depuis le début de la contestation au régime le 15 mars,  Malath Aumran fait circuler messages vidéos et photos de la révolte. Pour lui, la jeunesse et l'opposition classique doivent s'allier pour faire plier le régime.
 

L'opposition classique devra jouer un grand rôle dans le futur proche de la Syrie...

« Malath Aumrane », cyberdissident syrien exilé au Liban

L'opposition dite classique s'organise aussi

De son côté, l'opposition dite « classique » s'organise aussi. Composée aussi bien de militants politiques ou des droits de l'homme, que de laïcs ou de partisans d'un islam politique, elle a en réalité pris le train en marche.

Cette opposition entend coordonner ses actions à partir de l'étranger. Après la conférence de trois jours organisée à Antalya en Turquie fin mai qui réunissait près de 400 opposants de l'extérieur et de l'intérieur, les conférenciers viennent d'élire un bureau composé de neuf membres pour les représenter devant les gouvernements.

Les partis politiques traditionnels, ayant été mis hors-jeu par le pouvoir depuis des décennies (parfois dans le sang, comme pour les Frères musulmans), il est difficile de savoir combien ils pèsent réellement dans la société syrienne.

Cependant, une chose est sûre : cette opposition est mûre pour le jeu démocratique auquel elle se prépare depuis des années et qui fait consensus, y compris chez les Frères musulmans, précise Burhan Ghalioun, professeur de sociologie politique à Paris et membre de l'opposition démocratique.
 

Aujourd'hui, c'est le modèle turc qui prime et non plus le modèle iranien, tout le monde est d'accord.

Burhan Ghalioun, professeur de sociologie politique à Paris

Dans son discours télévisé, Bachar el-Assad n'a pas jugé bon de promettre à son peuple l'instauration d'un véritable système démocratique. Dans ce cas, les Syriens devront probablement l'arracher.
 

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