Syrie / Ligue Arabe

La Ligue arabe donne trois jours à la Syrie pour accepter de mettre fin à la répression

De G à D, le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, le ministre marocain des Affaires étrangères Taib Fassi Fihri, et le Premier ministre du Qatar Cheikh Hamad Ben Jassem Al-Thani, lors d'une réunion de la Ligue arabe, le 16 novembre 2011.
De G à D, le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, le ministre marocain des Affaires étrangères Taib Fassi Fihri, et le Premier ministre du Qatar Cheikh Hamad Ben Jassem Al-Thani, lors d'une réunion de la Ligue arabe, le 16 novembre 2011. Reuters/Stringer
Texte par : RFI Suivre
8 mn

A compter de ce mercredi 16 novembre 2011, la Ligue arabe donne trois jours à la Syrie pour accepter de mettre fin à la répression de la contestation, libérer l'ensemble des détenus politiques et autoriser l'envoi d'observateurs sur son territoire. Réunis à Rabat, au Maroc, les ministres arabes des Affaires étrangères n'ont pas précisé quelles seront les mesures prises en cas de refus de Damas. Le ministre des Affaires étrangères turc, Ahmet Davutoglu était aussi présent à cette réunion même si son pays n'est pas membre de la Ligue arabe.

Publicité

C'est un résultat très mesuré. La Ligue arabe donne trois jours à la Syrie, pour accepter sa feuille de route et pour arrêter la répression sanglante des manifestants. Damas doit pour mettre fin à la répression, libérer l’ensemble des détenus politiques et accepter la venue de 500 observateurs sur place. Sinon la Ligue arabe prendra des sanctions économiques.

« On leur a laissé une dernière chance, elles [les autorités syriennes] ne l’ont pas saisie », ce sont les mots du ministre des Affaires étrangères turc, Ahmet Davutoglu ce mercredi 16 novembre à la fin de sa visite à Rabat. Une façon de donner le ton même si la Turquie n’est pas membre de la Ligue arabe.

Sur la fermeté des mesures attendues de la part de la diplomatie arabe et pour augmenter la pression, deux options sont possibles : soit confirmer la suspension de la Syrie telle qu’elle a été décidée au Caire. Le pays ne pourrait plus alors assister aux réunions de la Ligue arabe tant qu’il refuse de mettre fin au bain de sang dans son pays.

L’autre option serait d’aller plus loin encore et d’exclure définitivement la Syrie de la Ligue arabe. C’est possible dans les textes mais peu réaliste car pour renvoyer un pays il faut l’unanimité de ses autres membres, et donc quasi impossible à obtenir. Il y a bien sûr aussi la possibilité de décider de nouvelles sanctions économiques.

Une chose est sûre, c’est que quel que soit le résultat de ces discussions, l’idée avant tout pour la diplomatie arabe c’est de faire bloc face à la Syrie et d’isoler ce pays un peu plus pour tenter de faire plier Bachar el-Assad.

La grande question maintenant c’est quelle sera la réaction de Bachar el-Assad ? La menace de sanctions sera-t-elle suffisante pour changer la donne ? Une partie de l’opposition syrienne, en tout cas, s’est déjà dite déçue par ces mesures trop faibles selon elle.

La France rompt son lien officiel avec la Syrie

Avant même ce délai supplémentaire accordé à la Syrie, plusieurs pays arabes ont décidé de retirer leurs ambassadeurs à Damas. Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a annoncé également mercredi le rappel de son ambassadeur et il est attendu jeudi à Ankara pour des discussions sur la Syrie.

Avec constance, la France depuis des mois condamne la politique menée par Damas. Devant l'Assemblée nationale, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a rappelé mercredi qu'il avait été l'un des tous premiers à appeler au départ du président syrien, à exiger le remplacement de ce régime qualifié « d'autiste » et à faire voter une résolution par les Nations unies.

Si la France est en bonne position dans la bataille diplomatique contre Damas, elle a aujourd'hui des alliées de poids, la Ligue arabe mais aussi la Turquie où se rend ce jeudi 17 novembre Alain Juppé.

Alain Juppé

« Je ne crois pas qu’il y aura des difficultés sur ce sujet parce que la Turquie a pris une position extrêmement claire, estime Alain Juppé. Elle a tenté une médiation vis-à-vis du régime et elle a eu raison. Cette médiation a échoué et donc aujourd’hui la Turquie me rejoint parfaitement pour dire que ce régime n’a plus d’avenir. Elle a elle-même annoncé des sanctions qui viennent conforter les sanctions que l’Union européenne a renforcées lundi dernier ».

Les sanctions n'ont pour l'instant pas fait fléchir le régime de Damas. « Il s’entête », d'après Alain Juppé, qui regrette que de nouvelles violences aient contraint la France à fermer ses agences consulaires d’Alep et de Lattaquié ainsi que ses instituts culturels.

Quelles sanctions envisagées ?

Les sanctions que la Ligue arabe pourrait mettre en œuvre peuvent être économiques. L'organisation possède trois bureaux à Damas, ils ont déjà été fermés, les fonctionnaires renvoyés. La Syrie pourrait pâtir d'une suspension de la « zone économique de libre échange », mise en place en 1998 dans le cadre de l'Union économique arabe, pour promouvoir l'intégration économique entre les pays de la région.

Plus important encore, la Ligue Arabe pourrait demander à ses membres de suspendre leurs accords bilatéraux avec la Syrie, ce qui pourrait avoir des conséquences plus importantes. Le Qatar a déjà suspendu des projets de coopération économique il y a quelques mois, si les Emirats Arabes Unis, le Koweït, l'Arabie Saoudite ou encore la Turquie décidaient de faire de même, les effets seraient immédiats.

L'organisation mise surtout sur la portée symbolique du camouflet que représenterait pour la Syrie une suspension, en termes d'image pour ce pays qui se présente comme le berceau du panarabisme. En revanche une exclusion totale n'est pas encore envisagée, notamment en raison du soutien affiché de l'Algérie et du Yémen à Damas.

Mais si la Ligue arabe décide effectivement la suspension de la Syrie, cela pourrait ouvrir la voie à une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU plus consensuelle condamnant les violences en Syrie.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail