Médias

La chaîne al-Jazira fête sa révolution il y a 15 ans

Aljazeera

Al-Jazira fête ses 15 ans, sur fond de controverse au sujet de sa ligne éditoriale jugée favorable aux islamistes. Créée en novembre 1996, la télévision qatarienne, qui émet en arabe et depuis 2006 en anglais, a su s’imposer dans le paysage audiovisuel mondial, et révolutionner le paysage télévisuel arabe, dominé jusqu'alors par les chaînes étatiques.

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Autrefois, les médias l’appelaient «télé ben Laden». Aujourd’hui, on dit qu’elle est la CNN du monde arabe. En 15 ans, al-Jazira s’est construit une vraie légitimité. « Pour la première fois, on a eu une chaîne de télévision internationale qui n’était pas une chaîne occidentale et qui travaillait selon des critères professionnels communs à toutes les chaînes et en même temps qui reflétait un point de vue différent, c’est-à-dire ne regardant pas le monde à travers des yeux occidentaux, explique Alain Gresh, journaliste au Monde diplomatique. Cela a vraiment marqué une révolution. On pouvait avoir une télévision professionnelle, mais qui n’avait pas les mêmes présupposés ou les mêmes manières de voir le monde que les télévisions occidentales, notamment CNN. »

Al-Jazira et les révolutions arabes
 

Al-Jazira a joué un rôle très important.

Alain Gresh, journaliste au Monde diplomatique

Chaque soir CNN rassemble 50 millions d’arabophones, des dizaines de millions d’internautes de toute la planète et des dirigeants du monde entier. CNN eut son heure de gloire avec la guerre du Golfe. Al-Jazira a aussi gagné ses galons sur le front : en Afghanistan, en Irak et plus récemment pendant les révolutions arabes. « Il y a eu une couverture enthousiaste et extrême des journalistes d’al-Jazira en faveur des révolutionnaires tunisiens, égyptiens, libyens et yéménites » analyse Claire Gabrielle Talon, auteur du livre Al Jazeera. Liberté d'expression et pétromonarchie.
 
De fait, on a vu des Egyptiens en délire brandir des pancartes « Al-Jazira la vérité totale » ou des étudiants libyens interrompre leurs slogans anti-Kadhafi pour chanter al-Jazira. Il reste que la couverture des révolutions arabes a été très inégale. « Cette télévision qui avait un point de vue engagé, mais qui était quand même très professionnelle est devenue – notamment à partir de la Libye - de plus en plus une télévision qui était de parti pris, non professionnelle, résume le journaliste Alain Gresh. On l’a vu en Libye, ils étaient du côté des révolutionnaires, ceux qui voulaient renverser Kadhafi, mais de manière absolument non professionnelle. Ils répercutaient des informations qui n’étaient pas vérifiées. Cela s’est prolongé en Syrie et au Yémen. »

Un choix stratégique à faire

Des interrogations qui ouvrent aussi sur cette question cruciale : Comment la chaîne va-t-elle se positionner à long terme ? « Si on part du principe que les islamistes vont constituer une force importante dans ces Parlements, quelle va être l’attitude, la ligne éditoriale adoptée par al-Jazira, se demande la politologue Claire Gabrielle Talon. Si elle continue à jouer la carte islamiste, elle ne sera plus en position de résistance politique. Donc là, il va avoir un choix stratégique que les journalistes d’al-Jazira vont devoir faire dans les années voire dans les mois qui viennent. »

Un choix stratégique sachant que la concurrence est de plus en plus serrée avec l'arrivée, attendue en 2012, de Sky News Arabia, qui devra émettre d'Abu Dhabi, et de la chaîne Al-Arab du milliardaire saoudien Al-Walid ben Talal.

 

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