TURQUIE / SYRIE

La Turquie réclame officiellement le départ du président syrien Bachar el-Assad

Le président turc Abdullah Gül, en visite en Grande-Bretagne, a déclaré que la Syrie avait atteint un point de non retour. Londres, le 23 novembre 2011.
Le président turc Abdullah Gül, en visite en Grande-Bretagne, a déclaré que la Syrie avait atteint un point de non retour. Londres, le 23 novembre 2011. Reuters / Olivia Harris

La Turquie radicalise ses positions à l’égard de Bachar el-Assad alors que la répression en Syrie, qui aurait fait au moins 3 500 morts en neuf mois, a été condamnée mardi 23 novembre 2011 par la commission des droits de l’homme de l’Assemblée générale de l’ONU.

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 « La Syrie a atteint un point de non retour ». C’est ce qu’a déclaré mercredi 23 novembre 2011 le président turc Abdullah Gül, en visite en Grande-Bretagne. Lors d’un discours à Londres, il a encouragé l'opposition syrienne à organiser l'après-Bachar el-Assad, évoquant ainsi la fin du régime.

 Mardi 22 novembre 2011, c'est le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui a appelé très clairement le président syrien à quitter le pouvoir. Dans une diatribe très virulente au Parlement turc, il a interpellé celui qui fut pourtant un ami personnel : « Combattre ton propre peuple ne relève pas de l'héroïsme mais de la lâcheté. Si tu veux voir quelqu'un qui combat son peuple jusqu'à la mort, regarde l’Allemagne d’Hitler, Mussolini ou Ceausescu ». Voilà donc Bachar el-Assad comparé aux pires dictateurs de l'Histoire.

Depuis plusieurs semaines, la Turquie a durci sa position envers son voisin. Elle a adopté des sanctions, l'abandon de projets pétroliers en commun, et menacé de couper l'électricité qu'elle fournit à la Syrie. Pourtant, Ankara et Damas entretenaient de très bonnes relations depuis une dizaine d’années.

Des relations syro-turques en dents de scie

Si jusqu’en 1998 les deux pays étaient en mauvais termes, Ankara reprochant à Damas d'abriter sur son sol les indépendantistes kurdes du PKK, tout à changé lorsque la Syrie a accepté d’expulser le leader du mouvement Abdullah Ocalan. Ce dernier, arrêté en 1999, croupit depuis dans une prison turque.

Depuis lors, les relations s'étaient donc considérablement améliorées entre les dirigeants turc et syrien. Erdogan et el-Assad se sont vus régulièrement, nouant des liens d'amitié. Un accord a été passé en 2009 permettant aux citoyens des deux pays de circuler librement des deux côtés de la frontière. Du point de vue économique, les échanges ont aussi explosé.

Mais avec les manifestations d’opposants en Syrie, qui ont débuté en mars dernier, la Turquie s’est retrouvée dans une position délicate, pouvant difficilement rester du côté du régime syrien sans condamner la répression sanglante à l’égard de l’opposition.

La Turquie a donc progressivement pris position contre le régime de Bachar el-Assad, jusqu'à adopter une attitude très radicale ces derniers temps. Mais dès le mois d'avril, Ankara a accueilli sur son sol des réfugiés syriens qui passaient la frontière. Ils seraient aujourd'hui au moins 7 000.

La Turquie abrite aussi des officiers de l'armée syrienne libre, ces déserteurs de l'armée régulière qui mènent des attaques en Syrie contre des cibles symboliques comme les services secrets.

Possible création d’une zone tampon à la frontière syro-turque

Concernant les réfugiés, Ankara réfléchit à présent à la création d'une zone tampon, côté syrien, afin de protéger les civils. La Turquie craint en effet qu'une guerre civile en Syrie provoque un afflux massif de réfugiés sur son sol, comme ce fut le cas en 1991 avec les Kurdes d'Irak. A cette époque, des centaines de milliers d'entre eux, chassés par la répression de Saddam Hussein s'étaient massés à la frontière turque. Il y avait eu des dizaines de morts de maladie et de blessures.

La création éventuelle d’une zone tampon, voire une zone d'exclusion aérienne pour protéger la population syrienne est régulièrement évoquée par les Turcs. Pour autant, Ankara affirme qu'il n'est pas question de s’engager dans une intervention militaire contre la Syrie. Le président Abdullah Gül l'a répété mardi à la presse britannique.

En France, l’hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné, daté du 23 novembre, affirme qu'une intervention « limitée » de l'Otan se prépare en Syrie. « Au nord du Liban et en Turquie, où se réfugient nombre de déserteurs syriens, des officiers de la DGSE et britanniques du MI6 ont pour mission de constituer les premiers contingents de l’armée syrienne libre encore embryonnaire », affirme Le Canard enchaîné.

L’information a été démentie par le ministre français des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse. « L’option militaire n’est pas à l’ordre du jour, je ne l’ai évoquée avec personne, contrairement à certaines rumeurs persistantes », a déclaré Alain Juppé.

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