Iran / AIEA

Nucléaire iranien : nouveau rapport accablant dans un contexte délétère

Photo satellite du 25 septembre 2009, du second site iranien d'enrichissement de l'uranium près de la ville de Qom révélé par Téhéran à l'AIEA.
Photo satellite du 25 septembre 2009, du second site iranien d'enrichissement de l'uranium près de la ville de Qom révélé par Téhéran à l'AIEA. REUTERS/DigitalGlobe

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a rendu, ce vendredi 24 février, son dernier rapport aux délégations sur l’état d’avancement du programme militaire nucléaire clandestin de la République islamique d’Iran. Dans les onze pages de ce document confidentiel, dont RFI s’est procuré une copie, l’AIEA fait état de « divergences majeures » avec l’Iran.

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De notre correspondant à Vienne

Une fois encore c’est un rapport qui n’est pas tendre avec le régime iranien. L’AIEA écrit qu’elle est « incapable de conclure que le programme nucléaire iranien est pacifique » et qu’elle a « des inquiétudes sérieuses » concernant ses « possibles dimensions militaires ».

Depuis le mois de novembre dernier, l’Iran a continué à enrichir de l’uranium en violation des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Le nombre des cascades destinées à l’enrichissement à 5% et à 20% a augmenté brutalement. Et sur les sites de Natanz et de Fordo, d’autres cascades doivent arriver prochainement.

Peu de doute sur les activités du site de Parchin

L’Iran est invité à coopérer pleinement avec l’Agence, qui regrette que Téhéran refuse à ses inspecteurs l’accès au site ultrasensible de Parchin. Sur cette base militaire, le gendarme du nucléaire a acquis la conviction que le régime iranien a construit en 2000 un complexe permettant la conduite d’expérimentations hydrodynamiques. Ces dernières servent à la fabrication d’une bombe atomique.

Si l’AIEA insiste tant pour entrer dans Parchin, c’est également parce que concernant ce site, les informations en sa possession ne proviennent pas, pour une fois, des services de renseignement d’Israël ou de pays occidentaux, mais de ses propres investigations. Vladimir Poutine, le Premier ministre russe, avait exigé un geste de Téhéran et la fermeté iranienne étonne jusque dans les rangs des diplomates occidentaux, qui craignent le dérapage menant au bombardement israélien.

Divisions en Iran

Le duel suprême en Iran entre le président Ahmadinejad et le Guide Khamenei en vue des législatives du 2 mars devient facteur d’instabilité. Le projet militaire nucléaire est entre les mains du Guide, hostile à des discussions avec les États-Unis et qui ne croit pas à un bombardement israélien. Selon nos informations, il a pris la décision de ne faire aucun geste envers l’AIEA contre l’avis du président, qui s’inquiète du poids des sanctions dans la vie quotidienne de plus en plus difficile des Iraniens.

Pour conserver sa crédibilité, une majorité d’acteurs interrogés par RFI estiment que l’AIEA devrait désormais réclamer à la communauté internationale la mise en place d’une inspection spéciale, de nature juridiquement contraignante, lors du prochain conseil des gouverneurs, qui s'ouvre le 5 mars prochain. L’Iran sera alors obligé d’ouvrir les portes du site de Parchin. Le directeur général de l'AIEA, le Japonais Yukiya Amano, n'a toutefois fait aucune déclaration dans ce sens.

Au cours de son histoire, l’Agence n’a eu recours que deux fois à ce mécanisme, en Roumanie en 1992 sur une base volontaire et en Corée du Nord en 1993, avec pour effet le retrait de Pyongyang du Traité de non-prolifération. Depuis, La Corée du Nord a acquis la bombe atomique toute seule, dans son coin.

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