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Egypte / Analyse

Les défis du nouveau président égyptien

Mohamed Morsi lors de sa première allocution télévisée comme président élu, le 24 juin 2012.
Mohamed Morsi lors de sa première allocution télévisée comme président élu, le 24 juin 2012. REUTERS/Egypt TV
10 mn

Le nouveau président égyptien, Mohamed Morsi, a été élu seize mois après la révolution qui a provoqué la chute de Hosni Moubarak. Mais cette élection démocratique a porté au pouvoir un islamiste, une première en Egypte, plutôt habituée jusqu'à la révolution de janvier dernier à voir des militaires diriger le pays. Dès à présent, plusieurs défis de taille s'imposent à Mohamed Morsi sur le plan économique, social, religieux et bien sûr politique.

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Cette fois, c'est donc un civil, mais un religieux, un ancien prisonnier politique, qui devient « le raïs de tous les Egyptiens », selon ses propres mots. Toutefois, son organisation politico-religieuse n'est pas n'importe laquelle puisqu'il s'agit des Frères musulmans, poursuivis et réprimés par la police de Hosni Moubarak. Une organisation clivante, adulée ou redoutée par les Egyptiens, selon leurs convictions.

Mohamed Morsi semble d'ailleurs rester dans l'ombre de la confrérie et de son éminence grise, Khairat al-Chater, dont la candidature à l'élection présidentielle avait été invalidée. Lors de sa première allocution télévisée en tant que président élu, il n'a pas véritablement enflammé les foules. Professeur d'université, Mohamed Morsi n'est guère haut en couleur. Il a terminé ses études aux Etats-Unis où deux de ses enfants sont nés et possèdent donc la nationalité américaine.

Nous voulons que le docteur Morsi ne soit pas un simple spectateur

La place Tahrir n'en finit plus de célébrer la victoire de Mohamed Morsi

Les partisans de Morsi espèrent un retour aux valeurs de l'islam et de l'arabité, une véritable action sociale, dans un pays marqué par de très grandes inégalités. Ses opposants craignent un retour en arrière, l'émergence d'une théocratie, peut-être à l'iranienne, et une remise en cause des libertés tout juste acquises. Notamment, sur la question du statut de la femme. La charia, la loi coranique, sera-t-elle renforcée ou non dans la future Constitution ?

L'élection survient dans un contexte institutionnel et politique très confus, car on ne connaît pas vraiment les pouvoirs dont va disposer ce nouveau président et la nouvelle Constitution est en cours de rédaction. En outre, la junte militaire toujours au pouvoir s'est octroyée par décret, il y a deux semaines, l'essentiel des pouvoirs exécutif et législatif, et le Parlement tout juste élu, dominé par les Frères musulmans, a été dissous.

Flou politique

En conséquence, on ne sait même pas comment va se dérouler la prestation de serment du nouveau président. Les militaires ont promis néanmoins de rendre le pouvoir exécutif aux civils d'ici la fin du mois.

Un flou politique qui pose aussi la question de la composition du gouvernement et du choix du Premier ministre. Il se dit au Caire qu'une personnalité indépendante, non religieuse et respectée, à l'image de Mohamed el-Baradei, pourrait être choisie.

Ce sont donc des défis importants qui attendent M. Morsi. Il y a d'abord la situation économique et sociale, faire repartir la machine, les investissements, le tourisme, et venir en aide aux millions d'Egyptiens qui vivent dans une très grande pauvreté. Ensuite, quel sera le rôle de l'armée ? Va-t-elle vraiment accepter de rentrer dans ses casernes ? Rien n'est moins sûr, même si on sent de part et d'autre une volonté de calmer le jeu.

Autre défi de taille pour Mohamed Morsi, les relations avec le courant radical islamiste des salafistes, qui représente environ un tiers de ses voix dans ce second tour. Il faudra ne pas les décevoir et les canaliser, une tâche difficile en perspective.

Enfin, Mohamed Morsi devra aussi tenir compte de ceux qui ont fait la révolution. Certains ont voté pour lui, d'autres se sont abstenus, avec un Egyptien sur deux qui n'a pas voté. Il faut le noter, Mohamed Morsi a été en fait élu avec un quart des électeurs inscrits seulement. Sans doute beaucoup d'Egyptiens n'ont pas voulu choisir entre la poursuite d'un modèle politico-militaire avec Ahmed Chafik, et la crainte de voir s'installer une forme de théocratie.

On le voit, le nouveau raïs n'a pas droit à l'erreur, ses premières décisions seront observées de très près. Y compris à l'étranger.

Les Frères musulmans auront à faire la preuve qu'ils ont des propositions concrètes pour remédier aux difficultés du pays

Basma Kodmani

L'Algérie salue la victoire du président Morsi

Les messages de félicitations à Mohamed Morsi arrivent du monde entier à l'occasion de son élection comme nouveau président de la République arabe d'Egypte. La victoire du président islamiste est saluée par les dirigeants du monde arabe, à commencer par ceux du Maghreb.

Pour Ali Laskri, premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS) algérien, les islamistes ne constituent aucune menace quand la démocratie est assurée par la transparence des élections : « On a des islamistes en Turquie, le mouvement pour la démocratisation du régime politique avance dans la région en Afrique du Nord. C’est vrai, dans la difficulté, pour le parti la transition n’est pas faite pour l’Algérie. Il y a eu quand même une dérive énorme, il y a eu la violence dans les années 1990. Et maintenant, il y a énormément de demandes de changements pour donner la chance à l’Algérie d'inscrire dans la constitution l'alternative démocratique. Malheureusement, ça ne se fait pas. »

L’Algérie est-elle réellement prête à accepter un président issu des rangs islamistes ? Aïssi Kassa est membre du bureau politique et porte-parole du Front de libération nationale (FLN) : « Dans le paysage politique algérien, nous avons un certain nombre de partis se disant d’obédiences islamistes et d’autres affirmant même avoir des relations privilégiées avec le mouvement international des Frères musulmans. Quand il y aura les élections présidentielles en Algérie en 2014, inch'Allah, le peuple algérien aura à se prononcer de manière souveraine sur ses propres représentants à la tête de la présidence de la République. »

Rendez-vous, donc en 2014, pour les prochaines élections présidentielles en Algérie.

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