EGYPTE

Egypte : seconde phase de la révolution ou première étape de l’islamisation ?

Les partisans de Mohamed Morsi se sont rassemblés devant le palais présidentiel pour exprimer leur joie. Le Caire, le 12 août 2012.
Les partisans de Mohamed Morsi se sont rassemblés devant le palais présidentiel pour exprimer leur joie. Le Caire, le 12 août 2012. REUTERS/Asmaa Waguih

En Egypte, toujours pas de réaction de l'armée après le coup de force du président, issu des Frères musulmans. Mohamed Morsi a limogé, dimanche 12 août, le jusqu'alors tout puissant maréchal Hussein Tantaoui et le chef d'état-major des armées, le général Sami Enan. Du côté de la population égyptienne, le lendemain, les réactions sont mitigées. La joie des partisans des Frères musulmans contraste avec la condamnation de cette décision par une partie des Egyptiens plus hostiles au nouveau régime.

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De notre correspondant au Caire,

Les Egyptiens sont partagés sur la réponse à cette question. Pour les 51,7% de votants qui ont choisi le Frères musulmans Mohamed Morsi pour président, la réponse est : « Viva la révolution par la grâce d’Allah ». Les partisans de cette vision des événements sont descendus par milliers exprimer leur joie sur la place Tahrir au Caire ou devant la mosquée al-Qaid Ibrahim à Alexandrie. Selon eux, Morsi a fait preuve de courage et même de « génie » politique en mettant un terme au règne des militaires qui dominaient l’Egypte depuis le renversement du roi Farouk en juillet 1952. Il a dorénavant les mains libres pour purger le pays des vestiges du régime Moubarak et s’atteler à son projet de renaissance de l’Egypte. Une Egypte qui prospèrera grâce à la fin du pillage de ses richesses et à la moralisation de tous les domaines minés par la corruption.

A l’opposé, les 48,3% qui ont voté contre Morsi pensent qu’il s’agit de l’aboutissement du projet des Frères musulmans vieux de plus de 80 ans pour islamiser la société. Ils estiment que le président n’est que l’exécutant des volontés du guide suprême de la confrérie Mohammed Badie et surtout de son éminence grise Hassan al-Chater. Ce dernier, homme d’affaires milliardaire, marierait ses ambitions d’argent et de pouvoir grâce à l’islamisation de l’Egypte.

Une Egypte qui avait entamé le divorce entre le pouvoir et la religion depuis l’arrivée au pouvoir de Méhémet Ali en 1805. Ils affirment que les Frères musulmans ont accédé au pouvoir par le biais de la démocratie mais sont en train de retirer l’échelle qui aurait permis à d’autres de les en évincer dans l’avenir. Pour eux, le Conseil suprême des forces armées représentait le seul contre-pouvoir pouvant refreiner l’appétit insatiable de pouvoir des Frères musulmans.

La peur du chaos économique

Quant à la grosse moitié des Egyptiens composée des abstentionnistes de l’élection présidentielle, elle est préoccupée. Habitués à subir et non à agir, ces Egyptiens se demandent vers où va être entraîné le pays. Ces Egyptiens, qui dans leur écrasante majorité n’ont rien connu d’autre qu’une vallée du Nil gérée par les militaires, regardent les dernières décisions du président Morsi avec préoccupation. Ils craignent que ces mesures ne plongent encore plus l’Egypte dans le chaos.

Une Egypte en proie à une insécurité sans précédent et à une crise économique galopante. La criminalité a triplé en moins de deux ans, le chômage frappe désormais le quart de la population active (12% officiellement), les prix augmentent et les pénuries se multiplient, du carburant aux pannes de courant généralisées. L’institution militaire était, pour eux, une sorte de garantie, ne serait-ce que symbolique, contre le désordre.

Quant à la grande muette, elle a parlé via le compte Facebook du Conseil suprême des forces armées : « Le temps est venu pour le repos du guerrier et pour le passage du relais à la nouvelle génération ». Tels que présentés par la page des militaires, les derniers événements se sont déroulés suite à des consultations entre la présidence et l’armée. Un éventuel coup de force de la part du haut commandement militaire semble donc exclu dans l’immédiat. Reste la question de savoir si le président Morsi cherchera à profiter de sa lancée pour changer l’esprit de l’armée égyptienne. Une armée jusqu’à présent laïque.

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