Liban / Syrie

Liban: plusieurs morts, dont un cheikh sunnite, dans de violents combats à Tripoli

Les combats à l'arme automatique et au lance-roquettes ont provoqué d'importants incendies.Tripoli, le 24 août 2012.
Les combats à l'arme automatique et au lance-roquettes ont provoqué d'importants incendies.Tripoli, le 24 août 2012. REUTERS/Stringer

Les violences en Syrie débordent de nouveau sur Tripoli, la grande ville du nord du Liban, où de nouvelles violences ont éclaté vendredi 24 août. Les alaouites pro-Assad du quartier de Jabal Mohsen s'opposent aux sunnites hostiles au régime syrien du quartier voisin de Bab el-Tebbaneh. Trois personnes, dont un cheikh sunnite, ont été tuées, selon un responsable des services de sécurité.

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Avec notre correspondante à Tripoli,Perrine Mouterde

La situation reste tendue et compliquée ce vendredi. Cela fait cinq jours que la ville est secouée par des violences entre pro et anti-régime syrien. Et malgré l’annonce d’un cessez-le-feu par des responsables politiques mercredi 22 août, et malgré la présence de l’armée, le calme n’est toujours pas revenu. Au contraire, à l’aube, un jeune cheikh sunnite a été tué par des tirs de snipers. Aussitôt de violents combats ont repris entre des quartiers sunnites hostiles à Bachar el-Assad et des quartiers alaouites pro-Damas.

Tripoli est régulièrement le théâtre d’affrontements de ce type. En février, en mai et en juin, il y avait déjà eu des combats meurtriers entre sunnites et alaouites, mais cet épisode est particulièrement long et particulièrement violent, avec un bilan d'au moins 12 morts et d'une centaine de blessés.

Autre élément inquiétant : les violences touchent des quartiers d’ordinaire épargnés par les combats qui sont en général très localisés. Ce vendredi matin, un café de la place al-Nour a été attaqué. C’est dans le centre même de Tripoli. Selon un employé de cette boutique, des hommes armés ont attaqué le lieu en criant « Dieu est grand ». Il dit ne pas connaître le motif de cette attaque.

Ce vendredi midi, le trafic est redevenu normal sur cette place. Et beaucoup d’habitants espèrent simplement que le calme va enfin revenir dans la ville.

Le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) affirme que ces violences au Liban et en Syrie limitent ses activités alors que le nombre de réfugiés ne cesse de grandir, atteignant un niveau record en Jordanie.

Abou Brahim est en colère. L’épicerie dans laquelle il travaille, sur l’une des places centrales de Tripoli, a été attaquée par des hommes armés. Des canettes traînent par terre et des cartons ont été incendiés.

« Je suis l’un des employés ici, nous sommes quatre. J’ai cinq filles, un loyer à payer. Ils ont ruiné notre vie. Quelque soit la situation politique, la situation militaire… Je m’en fiche ! Ils sont venus attaquer l’épicerie en criant ‘’Dieu est grand, Dieu est grand’’, mais où est Dieu là-dedans ? », s’emporte Abou Brahim.

Dans le quartier de Zahriyé, un peu plus loin, un magasin de vêtements a là aussi été incendié. Des femmes, des hommes, des enfants récupèrent des paires de baskets, de la ferraille. Ici, l’explication est claire : le propriétaire était alaouite, assure un jeune du quartier : « Ceux qui ont brûlé le magasin sont partis. Je les soutiens parce que les alaouites brûlent nos maisons et tuent nos enfants, nos femmes et des gens qui n’ont rien à voir avec le conflit. »

A Bab el-Tebbaneh, les hommes et les enfants sont dans la rue, à l’abri des tirs de snipers venus de Jabal Mohsen, les femmes sont réunies dans les appartements. Wassim Omar est l’un des combattants de la zone. « Ça ne s’arrêtera pas tant qu’il n’y aura pas de solution en Syrie, jusqu’à ce que le régime tombe, fait-il remarquer. Ce sont les alaouites qui lancent la bataille sur ordre du régime syrien, et qui y mettent fin sur ordre du régime. Malheureusement, même l’armée libanaise leur obéit. Jusqu’à présent elle n’a pas bougé ! »

P.M.

 

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