Palestine

Israël «achète» la paix sociale dans les Territoires palestiniens

Face aux durcissement des conditions de vie, la rue palestinienne gronde, notamment à Ramallah.
Face aux durcissement des conditions de vie, la rue palestinienne gronde, notamment à Ramallah. REUTERS/Mohamad Torokman

Israël a ordonné le transfert anticipé de près de 50 millions d'euros revenant à l'Autorité palestinienne. C'est la réponse directe de l'Etat hébreu face aux mouvements sociaux qui se développent dans les Territoires palestiniens. Au même moment, le Premier ministre palestinien Salam Fayyad a promis de de baisser le prix de l'essence et la TVA. Mais cela ne suffit pas à calmer la grogne.

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Avec notre correspondant à Ramallah, Mouhssine Ennaïmi

Concession ou pas, la manifestation prévue a bien eu lieu. Entre la place Arafat et la Manara en plein centre de Ramallah, plusieurs centaines de mécontents ont défilé en brandissant des drapeaux palestiniens et des slogans contre la politique économique du gouvernement.

Bien que le Premier ministre Salam Fayyad ait, quelques heures auparavant, reculé en annulant l’augmentation du prix des carburants et de la TVA, les Palestiniens ne sont toujours pas satisfaits : « Aucune de nos revendications n’a encore été satisfaite. Le prix de l’essence est trop cher par rapport à nos revenus, les taxes également, et l’écart se creuse de plus en plus entre les classes modestes et les classes riches en Palestine. Je pense que ces manifestations vont continuer jusqu’à ce qu’il y ait un grand changement, des changements dans la politique du gouvernement vis-à-vis des taxes, des changements de chefs et des leaders économiques en particulier, comme Salam Fayyad et ainsi que d’autres ministres. »

Les syndicats de la fonction publique et des transports eux aussi estiment que les concessions faites sont insuffisantes. Ils appellent tout autant à de nouvelles manifestations qu'à une grève générale.

Israël tente d'anticiper tout risque d'explosion sociale dans les Territoires

Israël a choisi de faire un geste en direction de l’Autorité palestinienne en signant un chèque anticipé de 50 millions d’euros sur les montants que l’Etat hébreu doit reverser aux Palestiniens.

De notre correspondant à Jérusalem, Nicolas Falez

Les Palestiniens ne contrôlent pas leurs frontières, c’est pourquoi Israël collecte les taxes douanières sur les importations et les reverse par la suite au gouvernement palestinien. Il s’agit d’une disposition qui figure dans le protocole de Paris, le volet économique du processus de paix d’Oslo.

Ces transferts représentent environ 70 millions d’euros par mois. Or, ces dernières années, l’Etat hébreu n’a pas hésité à bloquer ces sommes lorsqu’il s’agissait de faire pression sur l’Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas.

Aujourd’hui, c’est l’inverse qui se produit : Israël anticipe le versement des montants dûs aux Palestiniens. Ce n’est pas une première. Durant le mois du ramadan, en juillet dernier, l’Etat hébreu avait déjà débloqué en avance une partie de ces fonds, une décision présentée comme « un geste de bonne volonté » par les autorités israéliennes.

Bonne volonté ou plutôt réalisme de la part des dirigeants de l’Etat hébreu qui souhaitent éviter une forte dégradations des conditions de vie en Cisjordanie avec toute les incertitudes sécuritaires que représenterait une explosion sociale en territoire palestinien.

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