Syrie / Turquie

Escalade meurtrière à la frontière entre la Turquie et la Syrie

Dans le village turc d'Akçakale, les tirs d'obus syriens ont fait des victimes civiles, provoquant une riposte de la Turquie, le 3 octobre 2012.
Dans le village turc d'Akçakale, les tirs d'obus syriens ont fait des victimes civiles, provoquant une riposte de la Turquie, le 3 octobre 2012. AFP/STR

La Turquie a bombardé mercredi 3 octobre 2012 des cibles en Syrie en riposte à des tirs d'obus de longue portée venus de l’armée régulière syrienne, qui ont causé la mort de cinq civils dans la localité frontalière turque d’Akçakale. Le gouvernement turc s’est réuni d’urgence et a convoqué le Parlement pour ce jeudi matin 4 octobre. Au menu de cette séance exceptionnelle, l’examen d’un texte autorisant l'intervention ou le déploiement de troupes combattantes en territoire syrien. 

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Les tirs turcs en direction de la Syrie se poursuivaient ce jeudi matin alors que Damas a présenté ses condoléances aux familles des victimes turques et ouvert une enquête sur l’origine des tirs.

Sur le terrain politique, le gouvernement turc s'est réuni en urgence mercredi après-midi, autour du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Il a été décidé de convoquer le Parlement ce jeudi matin, pour discuter de l'opportunité de mener des opérations militaires de l'autre côté de la frontière. En effet, la constitution turque précise que toute opération militaire extérieure doit avoir été préalablement soumise au Parlement. Celui-ci devrait donner son feu vert.

Sur le terrain militaire, la riposte a été également rapide et musclée, rapporte notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion.

La réponse de la Turquie, ce mercredi, n’a cette fois pas traîné, et ne sera pas restée que verbale. C’est le troisième incident meurtrier entre les deux pays depuis le printemps, après des tirs contre des réfugiés fuyant la Syrie touchant un policier en train de leur porter secours, et surtout la destruction de l’avion de reconnaissance F4 au large de la côte syrienne avec ses deux pilotes.

La même ville d’Akçakale avait déjà, il y a 11 jours, reçu des balles perdues – qui avaient blessé quelques personnes - lors de combats pour le contrôle du poste-frontière, finalement tombé aux mains de la rébellion; et les écoles de cette petite ville, littéralement collée à la frontière, étaient d’ailleurs fermées depuis.

La riposte quasi immédiate d'Ankara, dans la demi-heure qui a suivi, témoigne de la certitude du gouvernement turc qu’il ne s’agit pas d’un accident, et surtout que les tirs proviennent bien de positions gouvernementales, fidèles à Bachar el-Assad.

Les deux obus de longue portée- des armes qui ne font pas partie de l’arsenal dont disposent les insurgés de l’Armée syrienne libre - auraient donc bien été tirés depuis une position de l’armée syrienne, la première étant stationnée à une douzaine de kilomètres de la frontière turque.

C’est donc bien contre la Syrie que l’armée turque a ouvert le feu et c’est une grande première, même si cela n’est pas précisé pour l’instant par les autorités turques.

Offensive diplomatique à l'ONU

Cette brusque flambée de violence entre la Syrie et la Turquie est exactement ce que redoutent depuis plusieurs mois les officiels de l’ONU . L’émissaire Lakhdar Brahimi parle d’une situation explosive potentiellement « catastrophique pour la région », rapporte notre correspondant à New York, Karim Lebhour. Dans une lettre au conseil de sécurité, la Turquie dénonce un « acte d’agression » de la Syrie et demande à l’ONU d’agir pour faire en sorte que la Syrie respecte l’intégrité du territoire turc.

La Russie a déjà demandé un délai dans la réponse du Conseil. Il est peu probable que les 15 aillent plus loin qu’une simple condamnation de la Syrie. La Turquie a déjà appelé à plusieurs reprises les Nations unies à prendre des mesures fermes et décisives contre le gouvernement syrien.

À l’ONU, les bombardements de représailles de la Turquie font craindre un débordement du conflit. Le secrétaire général Ban Ki-moon a demandé au ministre turc des Affaires étrangères de garder ouverte une ligne de communication avec Damas pour éviter toute escalade militaire.

Réunion d'urgence de l'OTAN

Les pays membres de l'Alliance atlantique, dont fait partie la Turquie, se sont réunis à Bruxelles mercredi soir à la demande d'Ankara. L'organisation a exigé l'arrêt des actions « agressives » de la Syrie à l'égard de la Turquie et demandé à Damas de « mettre fin à ces violations flagrantes du droit international ».

Le Pentagone, ministère américain de la Défense, a également vivement réagi. Groge Little, son porte-parole, a déclaré que l'agression syrienne constituait un « nouvel exemple du comportement dévoyé » du régime de Bachar el-Assad.

De notre correspondante à Moscou, Anastasia Becchio

La Russie attend de son allié syrien qu’il fasse une déclaration publique pour affirmer que le bombardement en Turquie était un accident. Le ministre russe des Affaires étrangères a fait cette annonce au cours d’une conférence de presse à Islamabad.

Serguei Lavrov a précisé que les autorités russes avaient reçu l’assurance de Damas que ce type d’incidents ne se reproduirait plus. « Nous sommes entrés en contact par l'intermédiaire de notre ambassadeur avec les autorités syriennes, qui nous ont assuré ainsi qu'à l'émissaire international Lakhdar Brahimi, que ce qui s'est passé à la frontière avec la Turquie était un incident tragique (…). Nous estimons primordial que Damas le déclare officiellement », a expliqué le chef de la diplomatie russe, qui appelle par ailleurs à l’ouverture d’un dialogue entre la Syrie et la Turquie.

Une nouvelle fois, la Russie tente de calmer le jeu, d’éviter une escalade du conflit et une ingérence étrangère. Elle continue de s'opposer à toute condamnation du régime de Damas au Conseil de sécurité de l'ONU. Elle a d'ailleurs mis en garde contre toute tentative d’utiliser l’incident à la frontière turco-syrienne comme prétexte à une intervention militaire contre Damas.

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