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L'ONU condamne les tirs syriens sur la Turquie: une indignation sélective pour l'opposition syrienne

Sur le territoire syrien, les combats se sont poursuivis sans trêve ce jeudi 4 octobre 2012, comme ici près d'Alep, bombardée par l'aviation gouvernementale selon l'opposition.
Sur le territoire syrien, les combats se sont poursuivis sans trêve ce jeudi 4 octobre 2012, comme ici près d'Alep, bombardée par l'aviation gouvernementale selon l'opposition. REUTERS/Abdalghne Karoof

Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné jeudi 4 octobre 2012 « dans les termes les plus fermes les tirs d'obus par les forces syriennes » contre un village turc, qui ont fait cinq morts mercredi. La Turquie avait saisi le Conseil de sécurité sur cet incident, mais les débats très âpres ont une nouvelle fois montré les divisions sur le conflit syrien. En outre, les réactions de condamnation unanimes de la communauté internationale sur cet incident mettent mal à l'aise l'opposition syrienne.

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Il aura fallu plus de 24h pour que le Conseil de sécurité parvienne à surmonter ses différends et se mette d’accord sur un simple condamnation des tirs d’obus syriens en territoire turc, rapporte notre correspondant à New York, Karim Lebhour. En effet, la Russie a bloqué un premier texte en demandant de prendre en compte les représailles turques dans l’escalade militaire.

Les membres du Conseil sont en revanche unanimes sur « l’impact grave » de la crise syrienne « sur la stabilité de la région » et demandent que des tels incidents ne se répètent pas.

L’émissaire Lakhdar Brahimi a été chargé de jouer les médiateurs pour faire baisser les tensions entre la Turquie et la Syrie. La situation semble maintenant apaisée.

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L’ambassadeur syrien à l’ONU affirme que Damas ne cherche pas l’escalade avec la Turquie. Il a en revanche refusé de dire si des excuses ont été présentées à la Turquie comme le dit Ankara, affirmant qu’il s’agit de simples condoléances et que l’enquête syrienne sur ces tirs d’obus n’est pas terminée.

Le malaise de l'opposition syrienne

Les condamnations unanimes de la communauté internationale des bombardements syriens en Turquie mettent mal à l'aise Tareq Saleh. Il est porte-parole d'un groupe d'opposition à Damas, le Conseil dirigeant de la révolution. « Nous sommes perplexes car la communauté internationale condamne les bombardements en Turquie. Mais dans le même temps elle reste presque totalement silencieuse concernant tous les bombardements, les destructions et les centaines de civils tués chaque jour, en Syrie. »

Ce jeudi 4 octobre, selon l'OSDH, 125 personnes ont encore été tuées en Syrie. Tareq Saleh regrette aussi qu'une fois l'incident passé, les appels à la retenue l'emportent et qu'une fois de plus, la communauté internationale n'agisse pas. « Nous payons de notre sang les atermoiements de la communauté internationale. La situation humanitaire se dégrade jour après jour et nous avons peur que cela empire encore. », ajoute-t-il.

Si l'opposition armée en Syrie réclame seulement des armes pour renverser le régime de Bachar el-Assad, une partie de la population, elle, réclame une intervention directe de la communauté internationale.

Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

Cette condamnation presque inespérée fait chaud au cœur à la Turquie, mais ne change pas grand-chose sur le fond, un peu comme le message de soutien purement formel de l’Otan jeudi 4 octobre. Car la Turquie se retrouve toujours aussi seule face à la Syrie. Elle qui demande à la communauté internationale une zone humanitaire tampon, une zone d’exclusion aérienne, des moyens pour gérer le flot des réfugiés, n’obtient toujours rien de concret. Et au moment des premières escarmouches et des affrontements armés, Ankara constate avec amertume sa grande solitude et son isolement dans cette crise, où elle est en première ligne puisqu’elle soutient et héberge et la rébellion armée, et l’opposition politique.

Si la situation continue de se dégrader à la frontière, ne laissant d’autre choix que celui de recourir à nouveau à la force, les Turcs craignent de se retrouver seuls à faire la guerre, d’avoir à mener cette sale guerre pour les autres, comme coincés entre le marteau et l’enclume, pris dans des enjeux qui les dépassent.

Le Premier ministre Erdogan est certainement sincère quand il dit qu’il ne veut pas la guerre et cherche une solution pacifique, car il sait qu’un conflit coûterait très cher à son pays, et qu’il ne devrait probablement compter que sur lui-même. Et beaucoup désormais, qui manifestaient jeudi soir à Istanbul par exemple, craignent que la Turquie, qui vient d’autoriser le déploiement de soldats en Syrie si besoin, soit vraiment maintenant sur le sentier de la guerre.
 

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