Liban

Liban: attentat meurtrier dans le centre de Beyrouth, le chef des renseignements de la police tué

L'attentat a frappé le quartier chrétien d'Ashrafieh et a fait au moins huit morts et 86 blessés.
L'attentat a frappé le quartier chrétien d'Ashrafieh et a fait au moins huit morts et 86 blessés. REUTERS/Hasan Shaaban

Au Liban un attentat à la voiture piégée a fait, vendredi 19 octobre, au moins huit morts, dont le chef des renseignements de la police, et 86 blessés, dans la capitale, Beyrouth. L'explosion s'est produite dans le quartier d'Ashrafieh, après le déjeuner, dévastant plusieurs immeubles et soufflant les vitres. La condamnation internationale est unanime et la Syrie, montrée du doigt, dénonce aussi un acte «lâche» et «terroriste».

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Avec notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh

En ciblant un quartier résidentiel à l'heure de pointe, les criminels ont voulu faire le plus de victimes et de dégâts possibles. Ils ont réussi. L'attentat a frappé une rue animée du secteur chrétien d'Ashrafieh, situé en plein coeur de Beyrouth. Les vitres ont volé en éclats dans un rayon de 50 mètres. Des dizaines de voitures ont été brûlées ou endommagées, et les devantures des magasins soufflées.

Les plus âgés connaissent ces scènes, ils les ont déjà vécues pendant la guerre. Mais les plus jeunes, eux, sont sous le choc. Du sang partout, des corps mutilés, des morceaux de chair, et des blessés qui gémissent. Les secouristes, enveloppés d'une épaisse fumée noire, se sont frayés un chemin dans les décombres et la ferraille calcinés pour venir en aide aux blessés.

Damas pointé du doigt

Il savait que sa vie était en danger.

Portrait de Wissam al-Hassan

Parmi les victimes, se trouve le chef du renseignement des Forces de sécurité intérieure (FSI), Wissam al-Hassan. Ce général sunnite est un proche de Saad Hariri, le chef de l’opposition libanaise hostile au régime syrien de Bachar el-Assad.

Al-Hassan avait notamment participé à l’arrestation, en août dernier, de l’ex-ministre Michel Samaha, partisan du pouvoir à Damas, dans une affaire d’explosifs saisis devant servir dans des actions visant le nord du pays.

L'enquête sur l'attentat de ce 19 octobre vient tout juste de commencer, mais déjà des hommes politiques pointent un doigt accusateur vers le régime syrien. Pour Nadim Gemayel, député de la région sinistrée, cet attentat est un acte politique commis par Damas. D'autres préfèrent attendre la fin des investigations.

Les Libanais savaient que leur pays ne pouvait pas rester longtemps à l'abri de la vague de violences qui frappe la Syrie voisine. Ils étaient en quelque sorte préparés psychologiquement. Mais le choc des images a quand même été violent.

Condamnations en série

Cet attentat a provoqué de nombreuses réactions dans le monde entier. La Syrie a été la première à s'exprimer par la voix de son ministre de l'Information, Omrane al-Zohbi, qui a dénoncé un acte « lâche » et « terroriste ». « Ces attentats terroristes sont injustifiables où qu'ils se produisent », a-t-il poursuivi.

Le président français François Hollande, dans un communiqué, a condamné l'attaque « avec la plus grande fermeté ». Il a appelé tous les responsables politiques libanais à maintenir l'unité du pays et le protéger des tentatives de déstabilisation, d'où qu'elles viennent. Des propos renforcés par ceux du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius qui a demandé que « le Liban reste à l'écart des tensions régionales ».

Des manifestants sunnites libanais ont brûlé des pneus dans le pays après la mort d'al-Hassan.
Des manifestants sunnites libanais ont brûlé des pneus dans le pays après la mort d'al-Hassan. REUTERS/Hussam Shebaro

Washington a aussi condamné fermement l'attentat. « Rien ne peut justifier une telle violence », a déclaré la porte-parole du département d'Etat, Victoria Nuland. « Nous avons dit depuis des semaines et des mois que nous redoutions une montée des tensions, notamment communautaires, au Liban, qui résulterait d'un débordement du conflit en Syrie », a-t-elle ajouté, sans pour autant désigner d'éventuels responsables.

Condamnation également du Vatican qui, dans un communiqué, évoque « une absurde violence meurtrière ». Cet attentat « est contraire aux efforts et aux engagements pour maintenir une cohabitation pacifique », a affirmé son porte-parole, le père Frederico Lombardi. Des efforts que Benoît XVI avait encouragés lors de sa visite dans le pays en septembre dernier.

Enfin, les Nations unies ont « fermement » condamné « l'attentat terroriste » de Beyrouth. Les membres du conseil de sécurité invitent les Libanais à « préserver l'unité nationale.»

La stabilité du pays est en effet précaire. Après l'annonce de la mort du général al-Hassan, des membres de la communauté sunnite ont manifesté dans plusieurs régions. Dans des communes de la vallée de la Bekaa, dans l'est du Liban, dans le district d'Akkar, dans le nord, dans des quartiers de Beyrouth et à Saïda, dans le sud, ils ont barré des rues avec des pneus enflammés.

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