Israël / Territoires palestiniens

Quel enjeu derrière l’opération israélienne «Pilier de défense» contre Gaza ?

Un soldat israélien prépare une mitrailleuse près de la bande de Gaza, le 15 novembre 2012.
Un soldat israélien prépare une mitrailleuse près de la bande de Gaza, le 15 novembre 2012. REUTERS/Ronen Zvulun

Une opération militaire baptisée « Pilier de défense » a été lancée, mercredi 14 novembre, par les Israéliens contre la bande de Gaza. Cette offensive a commencé avec l’assassinat ciblé du chef militaire du Hamas, Ahmad Jaabari. Depuis, il y a une véritable escalade de la violence. En représailles, la branche armée du Hamas, les brigades Ezzedinne al-Qassam, a intensifié les tirs de roquette contre les villes israéliennes. Le bilan de ce jeudi 15 novembre fait état de treize morts, trois Israéliens et dix Palestiniens. Le ministre de la Défense, Ehud Barak, a autorisé le rappel de 30 000 réservistes.

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Les sirènes israéliennes retentissent depuis mercredi soir. Ce signal d’alarme indique aux civils qu’il faut gagner d’urgence l’abri le plus proche afin de se protéger des roquettes qui s’abattent sur leurs quartiers.

Le ciel est zébré de trainées blanches, ce sont les traces que laissent les missiles tirés par dizaines depuis la bande de Gaza. Beaucoup d’entre eux n’atteindront jamais leurs cibles. Israël a enclenché son dispositif anti-aérien, le fameux « Dôme de fer ».

Mais dans les zones touchées, la tension est grande. Ce jeudi matin, trois civils ont été tués par une roquette. Ils étaient dans leur appartement situé au dernier étage d’un immeuble.

Pendant l'alerte aux roquettes, des canalisations abandonnées ont été utilisées par des Israeliens comme abri.
Pendant l'alerte aux roquettes, des canalisations abandonnées ont été utilisées par des Israeliens comme abri. REUTERS/Nir Elias

De l’autre côté de la frontière, dans la bande de Gaza, les civils palestiniens sont totalement démunis. Il n’y a ni sirène, ni abris et encore moins de dispositif anti-aérien qui peut faire face aux bombes lâchées par les avions de combats israéliens. L’opération baptisée « Pilier de défense » a été présentée par Israël comme une opération chirurgicale qui ciblait essentiellement les positions du Hamas, d’où sont tirées les roquettes des brigades Ezzedinne al-Qassam. Mais comme d’habitude, les civils en payent le prix lourd, dix Palestiniens ont trouvé la mort ce jeudi.

« Pilier de défense » : un coup de communication ?

Cette opération a été lancée officiellement pour en finir définitivement avec les tirs de roquettes palestiniennes contre le sud d’Israël. Mais selon certains spécialistes, l’objectif est de perturber l’agenda palestinien à l’approche du vote de l’Assemblée générale des Nations unies. La Palestine a demandé à être reconnue comme Etat non membre de l’ONU.

Cependant pour Jean-Pierre Filiu, professeur à Science Po Paris, ce sont plutôt les élections législatives israéliennes de janvier 2013 qui en sont la cause. « Benyamin Netanyahu estime qu’il est attendu par son électorat et donc il doit frapper un grand coup contre le Hamas. »

Un Palestinien contemple les ruines à l'intérieur d'une maison touchée par une frappe aérienne de l'armée israélienne.
Un Palestinien contemple les ruines à l'intérieur d'une maison touchée par une frappe aérienne de l'armée israélienne. REUTERS/Suhaib Salem

L’auteur de Histoire de Gaza (éditions Fayard) rappelle que « l’offensive de décembre 2008 avait également été déclenchée dans un contexte électoral. » Cette opération baptisée à l’époque « Plomb durci » avait provoqué la mort de mille quatre cents Palestiniens. La moitié des victimes étaient des femmes et des enfants.

Après l’aviation, les troupes au sol ?

L’opération terrestre n’a pas encore été décidée mais elle est sérieusement envisagée. « Israël prendra toute action nécessaire pour se défendre », a averti le Premier ministre Benyamin Netanyahu. Il explique que s’il n’y a pas de cessez-le-feu en bonne et due forme, « les troupes israéliennes traverseront la frontière. » L’objectif de cette opération terrestre est clairement d’en finir une fois pour toute avec le Hamas. D’ores et déjà, des chars et des véhicules blindés sont stationnés aux abords de la bande de Gaza. Ils ont été acheminés dès le déclenchement de l’opération mercredi soir. Et ce jeudi, le ministre de la Défense Ehud Barak a autorisé le rappel de 30 000 réservistes mobilisables immédiatement.

Mais pour l’instant l’opération reste uniquement aérienne. Elle est d’ailleurs couronnée de succès selon le Premier ministre israélien. « L’aviation a détruit une bonne partie des missiles Fajr 5 du Hamas », a déclaré Benyamin Netanyahu lors d’une conférence de presse.

« La force de frappe du Hamas est intacte »

Selon le vice-ministre des Affaires étrangères du Hamas, Ghazi Hamad, Israël mène une guerre armée et une guerre d’information. « Israël a bombardé certains sièges des services de sécurité, des maisons, mais la plupart des bombes israéliennes sont tombées sur des terrains vagues », explique-t-il.

Ghazi Hamad affirme que le Hamas va poursuivre la lutte armée et va continuer à tirer des roquettes pour contrer les forces de colonisation israéliennes. « La force de frappe du Hamas est intacte », rajoute le vice-ministre des Affaires étrangères du Hamas.

Israël bombarde la toile

C’est visiblement une guerre 2.0 qui est entamée. Le raid de l’armée israélienne sur Gaza a été « live tweeter » (tweeté en direct). L’offensive de Tsahal n’a pas été annoncée par une conférence de presse mais par le compte Twitter officiel des forces de défense d’Israël, « IDFSpokesperson ». Des vidéos ont également été postées sur Facebook.

L’objectif d’Israël est donc de communiquer. L’hypothèse d’une guerre qui vise à montrer sa force à l’occasion des élections législatives semble se confirmer.

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