Israël / Territoires palestiniens

La guerre entre Israël et le Hamas a-t-elle été déclarée sur Twitter ?

Le compte Twitter officiel de l'armée israélienne.
Le compte Twitter officiel de l'armée israélienne. @IDFSpokesperson

Le récent conflit dans la bande de Gaza connaît une première en matière de traitement de l’information sur les réseaux sociaux. L’armée israélienne se livre ainsi à un quasi livetweet de ses opérations aussi bien en textes, images ou vidéos. Avec une déclaration de guerre, sans l’être, en un tweet qui pourrait quelque peu embarrasser les services juridiques du service de microblogging Twitter.

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C’est pour ainsi dire une première dans l’histoire du conflit qui se déroule en ce moment dans la bande de Gaza et en Israël. Décompte des morts, des tirs de roquettes, mais aussi détails sur les mouvements armés, toutes ces informations sont relayées en quasi temps réel sur les réseaux sociaux par l’armée israélienne qui inaugure une nouvelle façon de communiquer. Une stratégie, sans précédent, qui provient de récentes problématiques pour les armées. Car dorénavant, l’armée souhaite mieux maîtriser sa communication sur les réseaux sociaux afin d’informer, d’établir des contre-feux, d’attiser la haine… C’est selon. Tout y passe, des tweets, bien sûr, mais également des vidéos sur YouTube, ainsi qu’une page Facebook, des photos Instagram et un Tumblr. On peut dire que Tsahal maîtrise parfaitement les codes inhérents aux réseaux sociaux, et n’a rien laissé au hasard depuis le début de ses raids.

« Le Web a poussé l’armée à s’ouvrir », expliquait au Figaro Sacha Dratwa, à la tête de l’unité des nouveaux médias du porte-parole de Tsahal. Et d’ajouter : « Les réseaux sociaux Twitter, Facebook, et notre site internet nous ont permis d’ouvrir un canal de communication avec les internautes, et de relayer notre version de l’histoire de ce conflit, en contournant l’intermédiaire que représentent les médias standards. » Avec une quasi déclaration de guerre lancée sur Twitter qui laisse songeur.

« Ce conflit met précisément Twitter dans une situation délicate »

Les juristes spécialisés des réseaux sociaux s’interrogent d’ailleurs sérieusement sur ces récents messages. « Le fait qu’une armée s’approprie Twitter pour en faire sa plateforme de diffusion d’informations sur une opération militaire en cours peut, en effet, amener à réfléchir sur la nature juridique de ce service », explique sur France24, Bernard Lamon, avocat français spécialiste des technologies de l’information. Car voilà, dans les statuts juridiques de la firme californienne, il est bien spécifié au chapitre Violence et menaces que : « Vous n’avez pas le droit de publier ou proférer des menaces de violence envers autrui ». C’est pourtant bien ce qu’il s’est passé, et depuis, dans les deux camps, les menaces sont ciblées. Benedict Evans, analyste des médias, a expliqué à la BBC : « Cela met précisément Twitter dans une situation délicate. Ils veulent préserver leur posture de porteur de service et non d’éditorialiste. Mais il y a des clauses et conditions auxquels ils adhérent. Ce n’est pourtant pas une décision qu’une centaine d’ingénieurs au nord de la Californie veulent prendre. »

Un tweet de trois mots pour annoncer la mort du chef militaire du Hamas

Sur Twitter, la guerre a donc été déclarée (voir ci-dessous) et les hashtags (mots clés sur Twitter), ont été relayés par les deux camps ennemis : pour celui des Israéliens, on mentionne : #PillarOfDefense (Pilier de défense, du nom de l’opération) pour les Palestiniens c’est : #ShaleStones (pierre d’argile) qui est mentionné. Avec des succès différents dans leur popularité… Mercredi, c’était avec un tweet de trois mots que l’armée israélienne a annoncé la mort du chef militaire du Hamas : « Ahmed Jaabari : éliminé ». Le quota des 140 signes n’était même pas atteint ! La photo de l’intéressé étant quant à elle juste barrée d’un mot : « éliminé ». Un peu plus tôt, un autre tweet (retweeté près de 4 000 fois) avait même été spécialement rédigé à l’adresse du Hamas : « Nous recommandons qu’aucun membre du Hamas, qu’il soit simple militant ou haut dirigeant, ne mette le nez dehors dans les prochains jours ». Tweet auquel le compte des brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, a aussitôt répondu en accusant les Israéliens d’avoir ouvert « les portes de l’enfer sur eux-mêmes ». Puis ce même compte a interpellé la Russie et les droits de l’homme. Depuis la propagande ou l’intimidation continuent avec la publication de photos de victimes, parfois des enfants en bas âge…

 

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