Egypte

Egypte : la cour constitutionnelle se met en grève, des juges boycotteront le référendum

Les supporters du président Morsi se rassemblent, ce 2 décembre, devant les locaux de la Haute cour constitutionnelle.
Les supporters du président Morsi se rassemblent, ce 2 décembre, devant les locaux de la Haute cour constitutionnelle. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

Au lendemain d'une vaste manifestation islamiste soutenant le président Mohamed Morsi, la Haute cour constitutionnelle d'Egypte a annoncé, ce dimanche 2 décembre, qu'elle suspendait ses travaux pour une période indéfinie, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de « pressions psychologiques et matérielles » sur elle. Dans la soirée, les juges égyptiens ont d'ailleurs  annoncé qu'ils refusaient de superviser le référendum convoqué par le chef de l'Etat sur la nouvelle Constitution. Le fossé se creuse entre les partisans de la laïcité et la mouvance islamiste. Composée de 19 juges, la Haute cour examine la constitutionnalité des lois.

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Avec nos correspondants au Caire

Ce sont plusieurs centaines de manifestants soutenant le président Morsi qui sont installés devant la Haute cour constitutionnelle depuis ce dimanche 2 décembre au matin. Certains y ont même passé la nuit. Officiellement, il s’agissait d’attendre la réunion de la Cour sans empêcher physiquement les juges d’entrer dans le bâtiment mais la présence de ces militants pro-Morsi est clairement interprétée comme une manœuvre d’intimidation.

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Le résultat ne s’est pas fait attendre, plutôt que d’affronter la colère du camp islamiste, les juges de la Cour ont préféré reporter sine die leur décision. Selon des magistrats de la Cour constitutionnelle les manifestants massés autour du siège du tribunal ont empêché huit des onze juges d’y accéder. Certains des magistrats ont indiqué qu’ils avaient reçu de nombreuses menaces de mort. Un des avocats, qui avait présenté la demande de dissolution de l’Assemblée constituante, a été agressé et battu par la foule devant le tribunbal.

Le ministère de l’Intérieur a, de son côté, indiqué qu’il contrôlait la situation et a refusé d’éloigner les manifestants du siège du tribunal. Mais certains magistrats ont laissé entendre que la police laissait sciemment faire les partisans du président Morsi. Pour l’opposant libéral Mohamed ElBaradei, le siège et les menaces contre la Cour constitutionnelle sont inacceptables : « Il ne s’agit pas de démocratie mais de loi de la jungle alors que le pouvoir nous affirme son attachement à l’indépendance de la justice. »

Escalade

Ce report, il aura des conséquences bien sûr, puisque la Cour devait statuer sur la légalité de l’Assemblée constituante qui a terminé ses travaux cette semaine. Pour Mohamed Morsi, ce report est donc une victoire, d’une certaine manière. Mais en empêchant par intimidation le bon fonctionnement de la plus haute juridiction du pays, le camp islamiste prend le risque d’attiser encore plus la tension qui règne en Egypte.

Le Front de salut national qui rassemble toutes les forces de l’opposition, le club des magistrats et de nombreux syndicats doivent se réunir dans la soirée pour décider de la marche à suivre. Mais il est clair, d’ores et déjà, que l’on se dirige vers l’escalade.

Pour l'instant en tout cas, c’est un pas supplémentaire qui est franchi par le président égyptien dans sa confrontation avec le système judiciaire. Pour ses partisans, pour ceux qui se trouvent devant la Haute cour constitutionnelle, Mohamed Morsi a raison d’utiliser la manière forte. « Avec les juges, nous devons nettoyer la justice égyptienne »,  c’est l’un des slogans favoris du camp islamiste depuis le début de la crise et c’est un slogan que l’on a beaucoup entendu ce matin devant le siège de la Cour constitutionnelle.

Le Club des juges d'Egypte, qui représente des juges de tout le pays, a annoncé dans la soirée de dimanche qu'il ne superviserait pas le référendum sur le projet de Constitution prévu le 15 décembre. « Tous les juges d'Egypte et les Clubs des juges hors de la capitale se sont accordés pour ne pas superviser un référendum sur un projet de Constitution et pour le boycotter », a annoncé le président du Club des juges, Ahmed al-Zind, dans un communiqué rapporté par l'agence officielle Mena.

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