Egypte

Drame de Port-Saïd: des peines d'un an à la perpétuité

A Port-Saïd, les habitants réagissent à l'annonce du verdict.
A Port-Saïd, les habitants réagissent à l'annonce du verdict. AFP PHOTO / KHALED DESOUKI

En Egypte, le tribunal du Caire jugeant les personnes impliquées dans le drame de Port-Saïd a rendu son verdict ce samedi 9 mars. Des peines allant d’un an de prison à la réclusion à perpétuité ont été prononcées. Le tribunal a également confirmé les peines capitales prononcées en janvier contre d’autres accusés. En février 2012, des violences à l’issue d’un match de football à Port-Saïd avaient fait 74 morts.

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Vingt-et-une peines de mort confirmées, cinq peines de perpétuité, dix personnes condamnées à quinze ans de prison, six à dix ans, une à un an et vingt-huit acquittées, tel est le verdict qu’a rendu un tribunal du Caire ce samedi 9 mars, un peu plus d’un an après le drame de Port-Saïd.

Parmi les personnes condamnées à quinze ans de prison figurent le chef de la police de Port-Saïd de l’époque et son adjoint à l'époque des faits, rapporte notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti. Ils ont été jugés coupables de négligence criminelle, alors qu’ils devaient s’assurer de la sécurité lors de ce match de football fatal.

Les réactions, que ce soit à Port-Saïd ou au Caire, sont pour l’instant mitigées. Au Caire, les acquittements, surtout ceux des policiers, ne sont pas appréciés. A Port-Saïd, dont sont issus tous les accusés à l’exception des policiers, c’est un sentiment d’accablement mêlé de colère qui prévaut. Les Egyptiens redoutent maintenant des réactions plus violentes.

Vives tensions au sein de la police

Cinquante-deux personnes inculpées attendaient le verdict après des violences qui, en février 2012, avaient fait 74 morts à l’issue d’un match à Port-Saïd entre l’équipe local al-Masry et une équipe du Caire, al-Ahly. Vingt-et-une autres avaient déjà été condamnées à la peine capitale en janvier.

Ce premier jugement, qui vise principalement des supporters du club de football de Port-Saïd, est d’ailleurs à l’origine depuis plusieurs semaines de tensions meurtrières entre la population et la police. Des tensions qui s’ajoutent à un contexte politique instable en Egypte, près de neuf mois après l’élection du président Mohamed Morsi qu’une grande partie de la population conteste fortement.

Le chef de la police de Port-Saïd a été limogé vendredi 8 mars après une grève sans précédent des forces de l’ordre. Les policiers refusent de continuer à être la matraque du pouvoir contre les opposants et réclament le limogeage du ministre de l’Intérieur.

Deux manifestants ont été tués au cours des affrontements qui ont opposé les manifestants aux forces de l’ordre au Caire. L'un d'eux est mort asphyxié par des gaz lacrymogènes.

Avec notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti

On attendait les réactions violentes à Port-Saïd et c’est au Caire qu’elles ont eu lieu.
Les supporters Ultras du club al-Ahly ont violement exprimé leur colère une heure après le verdict. Ils n’apprécient pas que sept des neuf policiers jugés soient acquittés. En fait, ils n’apprécient aucun acquittement.

Malgré l’avis de certains de leurs chefs ou « Capo », ils ont marché sur un édifice de la police situé non loin du Club al-Ahly, sur l’île de Zamalek. Le club fluvial de la police a brûlé. Un peu plus tard ils ont marché sur le siège voisin de la Fédération égyptienne de football. Le bâtiment a été pillé avant d’être brûlé.

Les Ultras voulaient aussi marcher sur le ministère de l’Intérieur, mais la présence des blindés de l’armée semble les en avoir dissuadé. On s’est donc contenté d’accrochages violents avec la police aux abords de la place Tahrir.

A Port-Saïd, après un mouvement de colère qui s’est traduit par l’arrêt des bacs reliant les deux rives du canal de Suez, les habitants ont décidé de revenir à la désobéissance civile. Port-Saïd est aujourd’hui une ville sans pouvoir exécutif.

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