Syrie/Armes chimiques

Le gaz sarin, un puissant neurotoxique, arme de combat en Syrie

Inquiet des rumeurs d'attaques aux armes chimiques, un habitant de Lattaquié se bricole un masque avec une bouteille de plastique, du charbon, du coton, de la gaze et du coca, en Syrie, le 26 avril 2013..
Inquiet des rumeurs d'attaques aux armes chimiques, un habitant de Lattaquié se bricole un masque avec une bouteille de plastique, du charbon, du coton, de la gaze et du coca, en Syrie, le 26 avril 2013.. AFP PHOTO / MIGUEL MEDINA

Le gaz sarin est inodore, invisible et… mortel. Cela en fait une arme de guerre redoutable qui, on le sait maintenant, est utilisée dans le conflit syrien. Des analyses sont en cours en Turquie pour déterminer si des réfugiés syriens, sur lesquels des prélèvements sanguins ont été effectués, ont été victimes d’armes chimiques.

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Pour Carla del Ponte, membre de la Commission d’enquête de l’ONU sur les violations des droits de l’homme en Syrie, les rebelles ont utilisé des armes chimiques. Mais elle n’exclut pas pour autant que le pouvoir syrien ait pu en faire également usage. L’ancienne procureure du tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) s’appuie sur des témoignages recueillis auprès de réfugiés, de victimes et de médecins dans les pays voisins de la Syrie. La Commission n’a pas réussi en effet à obtenir le feu vert de Damas pour se rendre en Syrie.

Dix minutes pour tuer

Des déclarations qui rejoignent celles des Etats-Unis qui ont pour la première fois, la semaine dernière, évoqué des indices de l’utilisation par le pouvoir syrien de gaz sarin. Et puis on a appris ce 6 mai 2013 qu’Ankara faisait procéder à des analyses sur des échantillons de sang prélevés sur des réfugiés syriens blessés lors de combats dans leur pays pour déterminer, si oui ou non, ils auraient été contaminés par des armes chimiques et lesquelles.

Pour le moment, aucune preuve irréfutable n’est encore disponible pour accréditer les indices qui se font de plus en plus nombreux. Mais, a précisé Carla del Ponte, « dans un dernier rapport de la semaine passée, j'ai vu qu'il y a de forts soupçons, des soupçons concrets (...) vu la façon dont des victimes ont été soignées ».

Le gaz sarin dont il est question le plus souvent en Syrie est un puissant neurotoxique. Invisible et inodore, il peut être utilisé en aérosol par exemple lorsqu’il est introduit dans des munitions. Lors des explosions, il se disperse alors dans l’air et son inhalation ou le simple contact avec la peau bloque la transmission de l’influx nerveux et entraîne la mort par arrêt cardio-respiratoire. Etant donné que le gaz sarin est insipide, il peut aussi être ajouté à l’eau ou à de la nourriture, selon le Center for Disease and Control Prevention (CDC) d’Atlanta aux Etats-Unis.

De violents maux de tête accompagnés d’une dilatation des pupilles sont les premiers signes d’une contamination. Très vite ensuite les victimes convulsent, présentent des arrêts respiratoires avant de tomber dans un coma qui précède la mort. La dégradation est extrêmement rapide, la mort survient en une dizaine de minutes. En décembre, près de Homs, et en mars près d’Alep et de Damas, des combattants pro-régime et des rebelles se sont accusé mutuellement d’avoir fait usage d’armes chimiques.

Les preuves manquent

Mortel à très faible dose, un demi-milligramme suffit à tuer un adulte. Sa virulence est telle que des vêtements entrés en contact avec des vapeurs de sarin de façon continue peuvent contaminer d’autres personnes pendant encore une demi-heure, affirme le CDC. Des antidotes existent mais les personnes qui survivent malgré tout au poison souffrent de lourdes séquelles neurologiques irréversibles. Certaines armées ont cependant mis au point un traitement rapide auto-injectable à travers la tenue de combat de leurs soldats.

Le gaz sarin a été utilisé durant le conflit entre l’Irak et l’Iran dans les années 1980. En 1995, une secte japonaise, Aum Vérité Suprême, a commis un attentat au gaz sarin (peu concentré) dans le métro de Tokyo, tuant 12 personnes et en blessant des milliers d’autres. Une année auparavant, la même organisation avait déjà tué 7 personnes dans la ville de Matsumoto.  

Selon le centre d’études sur la non-prolifération à l’Institut Monterey aux Etats-Unis, la Syrie disposerait de centaines de tonnes d’agents chimiques divers. D’ailleurs, le régime syrien a reconnu pour la première fois, le 23 juillet 2012, posséder des armes chimiques. Ce qui n’est pas encore une preuve de leur utilisation. Cela dit, le 30 avril Barack Obama déclarait que si les Etats-Unis avaient des preuves que des armes chimiques avaient bien été utilisées en Syrie « ils ne savaient pas comment, quand et qui les avaient utilisées ». Cette incertitude ne semble plus pouvoir tenir bien longtemps. 

Six Etats n’ont pas signé la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) de 1993 : le Soudan du Sud, l’Angola, l’Egypte, la Syrie, la Corée du Nord et la Somalie. Israël et la Birmanie l’ont signée en 1993 mais ne l’ont toujours pas ratifiée.

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