G8

Syrie: l'aveu d'impuissance des dirigeants du G8

Les dirigeants du G8 accompagnés du président du Conseil européen et du président de la Commission européenne, le 18 juin 2013 à Enniskillen.
Les dirigeants du G8 accompagnés du président du Conseil européen et du président de la Commission européenne, le 18 juin 2013 à Enniskillen. REUTERS/Yves Herman

Le sommet du G8 s’est achevé ce mardi 18 juin à Enniskillen, sur les lacs du Lough Erne, un site isolé d'Irlande du Nord. Le Premier ministre britannique avait fixé un ordre du jour cantonné aux questions économiques, mais la Syrie a finalement occupé la majeure partie des discussions. Au terme de deux jours de rencontres entre chefs d’Etat et de gouvernement, le communiqué final ne fait état d’aucune avancée concrète.

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De notre envoyée spéciale à Enniskillen

C’est une déclaration a minima qui sort du chapeau après deux jours d’intenses tractations entre les Russes d’un côté et les Occidentaux de l’autre. Au fond, les discussions sur la Syrie, qui ont occupé l’essentiel des entretiens, n’ont réussi qu’à confirmer les désaccords persistants entre Vladimir Poutine et les autres dirigeants du G8.

Chacun continue de soutenir des camps qui s’affrontent violemment sur le terrain. « Ne soyons pas dupes, c’est un G7 + 1 ! », a lancé ce lundi le Premier ministre canadien Stephen Harper. Pendant la nuit de lundi à mardi, l’idée d’un communiqué final qui ne serait pas signé par la Russie a même été évoquée par un conseiller britannique. Ambiance…

Des déclarations d’intention

Pour obtenir le paraphe de Vladimir Poutine et sauver les apparences, le texte final se contente donc de larges déclarations d’intention au sujet de la Syrie. Les Huit disent soutenir l’organisation d’une conférence internationale de paix « dans les plus brefs délais », mais aucune date n’a été fixée, et l’on ignore toujours qui pourrait assister à cette conférence. Le président russe l’a fait savoir au cours de ce G8 : il fait pression sur Bachar el-Assad pour qu’il participe au processus. Mais comme l'explique Vladimir Poutine, le régime syrien, fort de ses récentes reconquêtes militaires, n’est pas facile à convaincre.

De leur côté, les Occidentaux reconnaissent que la rébellion syrienne est divisée, et qu’elle comporte des membres issus d’organisations terroristes. Tout cela n’a pas empêché le vice-ministre russe des Affaires étrangères d’affirmer que « les chances d’organiser prochainement une conférence de paix augmentent ». Le président français, plus prudent, a de son côté déclaré : « Il ne s’agissait pas de régler la question syrienne, mais au moins de fixer le cadre - Genève - et les délais - les plus brefs possibles -. Cette formule n’est pas une façon de sauver la face, mais de trouver la sortie. »

Armes chimiques : la victoire de Poutine

Parmi les autres points abordés dans le communiqué final : l’annonce d’une généreuse contribution au dernier appel des Nations unies pour financer l’aide humanitaire à la population syrienne, le rejet de toute violation des droits de l’homme et de toute utilisation d’armes chimiques. Sur ce dernier point, les Huit souhaitent que les enquêteurs mandatés par les Nations unies puissent accéder au territoire syrien. Ces enquêteurs sont empêchés depuis des semaines d’entrer en Syrie par le régime de Bachar el-Assad.

Ce paragraphe constitue donc une victoire pour le président russe, qui refusait de considérer comme valides les preuves d’utilisation de gaz sarin apportées par la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Peu avare de provocations, Vladimir Poutine a précisé lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet qu’il n’excluait pas, pour sa part, de nouvelles livraisons d’armes au régime syrien.

Lutter contre l’évasion fiscale

Sur un tout autre dossier, les Huit sont parvenus plus facilement à un consensus : ils affichent leur volonté de lutter contre l’évasion fiscale. C’est un sujet auquel tenait David Cameron. L’hôte du sommet est d’ailleurs arrivé à Lough Erne avec la satisfaction d’avoir obtenu des dix dépendances de la Couronne britannique, considérées comme des paradis fiscaux, qu’elles s’engagent à échanger leurs données fiscales. Dans leur déclaration finale, les chefs d’Etat et de gouvernement appellent les pays du monde entier à « échanger automatiquement les informations nécessaires pour combattre le fléau de l’évasion fiscale ».

« C’est une avancée utile, a commenté François Hollande. C’est un grand pas de franchi sur la lutte contre la fraude fiscale. » Les Huit veulent aboutir à un standard mondial, qui oblige à la transparence des données. Ils veulent aussi tenter d’empêcher les grandes multinationales de jouer avec les législations nationales pour payer un minimum d’impôt en transférant leurs bénéfices de manière artificielle dans les paradis fiscaux.

Pas de rançon pour les preneurs d’otages

Dans leur déclaration finale, les chefs d’Etat et de gouvernement affirment collectivement leur refus de payer des rançons en cas d’enlèvement de leurs ressortissants par des organisations terroristes. Le G8 appelle également les sociétés privées à suivre cette doctrine. Publiquement bien sûr, aucun pays n’admet payer des rançons aux preneurs d’otages, mais certains pays sont plus laxistes que d’autres sur cette question.

Selon les chiffres qui circulent à Lough Erne, al-Qaïda au Maghreb islamique aurait ainsi touché 33 millions d’euros au cours des trois dernières années, via le paiement de rançons. Des sommes qui ont évidemment renforcé l’organisation extrémiste. Et c’est donc bien dans le cadre de la lutte contre le terrorisme que les dirigeants du G8 s’engagent à ne plus monnayer la libération d’otages.

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