Turquie / Egypte

Erdogan fragilisé par la chute de Morsi

Une affiche accrochée à une poussette, lors d'une manifestation pro-islamiste à Istanbul le 1er juillet 2013, montre le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan en compagnie de l'ex-président égyptien Mohammed Morsi.
Une affiche accrochée à une poussette, lors d'une manifestation pro-islamiste à Istanbul le 1er juillet 2013, montre le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan en compagnie de l'ex-président égyptien Mohammed Morsi. REUTERS/Murad Sezer

Depuis l’expiration, mercredi 3 juillet dans la soirée, de l'ultimatum de l’armée égyptienne, le gouvernement turc se montrait nerveux. Le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu appelant au téléphone plusieurs capitales européennes pour tenter d’empêcher une intervention de l’armée contre le président égyptien, en vain.

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De notre correspondant à Istanbul

Jeudi 4 juillet au matin, le ministère des Affaires étrangères avait simplement souligné dans un communiqué « l’importance de la stabilité » en Egypte pour la Turquie et pour la région. Mais ce sont dans un premier temps les responsables du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir qui avaient exprimé leur mécontentement et dénoncé le coup d’Etat militaire et l’éviction du président égyptien, un proche de Recep Tayyip Erdogan.

Les lieutenants de l’AKP ont ainsi stigmatisé certains pays occidentaux qui n’auraient pas digéré que les Frères musulmans arrivent au pouvoir, disait par exemple le vice-président Hüseyin Çelik, faisant un parallèle avec les coups d’Etat de 1960 et 1980 en Turquie et évoquant le retour des partisans de Hosni Moubarak, ou affirmant que l’armée ne règlerait pas les problèmes - notamment économiques - du pays.

Conseil des ministres « de crise »

Jeudi, après un Conseil des ministres « de crise», la critique s’est faite plus officielle : le ministre des Affaires étrangères a souligné que « la Turquie n’acceptait pas la déposition et la détention de responsables élus par des moyens illégitimes », ajoutant son espoir que « l’intervention militaire n’effacerait pas les acquis de la révolution du 25 janvier 2011 ».

« Quelle qu’en soit la raison, il est inacceptable qu’un gouvernement démocratiquement élu soit déposé par des moyens illégitimes, et plus encore par un coup d’Etat militaire », a dit M. Davutoglu. C’est aussi là le leitmotiv du pouvoir turc, lui aussi d’obédience islamiste, installé au pouvoir depuis une bonne décennie, mais malmené par des manifestations quotidiennes depuis la fin mai.

Depuis un mois en effet, Recep Tayyip Erdogan a répondu à cette contestation en mettant en avant son poids électoral - 50% des électeurs lors du dernier scrutin -, qui justifierait à ses yeux le maintien de son projet d’aménagement urbain malgré les critiques.

Segments laïcs de la population

Personne n’a osé le parallèle, pour l’instant, entre la contestation qui dure en Turquie et celle qui a mené l’Egypte à ce coup d’Etat. Seul le député d’opposition Kamer Genç se permet de comparer le Premier ministre Erdogan au président Morsi.

Bien sûr, rien n’est comparable entre les deux situations, sauf la colère populaire, et un dirigeant affaibli par cette colère. Car c’est bien le cas aussi pour M. Erdogan, qui a dû renoncer à la destruction du parc Gezi à Istanbul sous la pression de la rue après des semaines de contestation, et sur décision de la justice qui a annulé ce projet.

Une contestation qui est en Turquie aussi - c’est la seule ressemblance lointaine - menée par les segments laïcs de la population contre ce qu’elle considère une dérive islamiste des tenants du pouvoir. La similitude s’arrête là, car l’armée turque est largement sous contrôle du gouvernement, pour l’instant du moins, et la situation sociale et économique est bien moins explosive en Turquie qu’en Egypte.

Politique régionale affaiblie

Mais, ce qui est certain, c’est que ce qui se passe en Egypte affaiblit la politique régionale de la Turquie, qui s’était résolument tournée vers les pays arabes depuis une dizaine d’années. Et cela affectera indiscutablement l’influence de l’AKP dans la région, son rôle d’exemple et de modèle de réussite d’un régime islamisant mais démocratique, qui s’était renforcé depuis le début des printemps arabes.

Pour Ankara, le vent tourne, sans aucun doute, et même s’il n’y aura pas d’effet mécanique sur l’équipe au pouvoir en Turquie, l’intervention militaire contre les Frères musulmans égyptiens ne peut que renforcer la contestation au Parti de la justice et du développement de M. Erdogan, dont l’aura commence à connaître l’usure du pouvoir.

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