Egypte

Egypte: les salafistes rebattent les cartes du pouvoir

Des salafistes égyptiens crient des slogans demandant l'application de la Charia, place Tahrir, au Caire, le 2 novembre 2012.
Des salafistes égyptiens crient des slogans demandant l'application de la Charia, place Tahrir, au Caire, le 2 novembre 2012. AFP PHOTO / STR

Samedi 6 juillet, en soirée, la présidence intérimaire a désigné Mohamed el-Baradei au poste de Premier ministre, avant de revenir sur son choix. Les salafistes d'al-Nour ont pesé de tout leur poids électoral pour s'opposer à leur adversaire, considéré comme beaucoup trop laïc.

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Avec envoyé spécial au Caire, Daniel Vallot

L'annonce précipitée de la nomination de Mohamed el-Baradei comme Premier ministre, réfutée par la suite, montre déjà les difficultés à venir du gouvernement de transition. Celui-ci devra rassembler en effet les partis laïcs et libéraux qui ont formé pendant un an l’ossature de l’opposition anti-Morsi, mais aussi des formations islamistes qui ont rompu avec les Frères musulmans, à l’instar du parti al-Nour.

Samedi 6 juillet, dans la soirée, al-Nour a opposé une fin de non-recevoir à la nomination de Mohamed el-Baradei. Le poids électoral de ce parti est tel - il est arrivé en deuxième position lors des dernières élections législatives -, que la présidence intérimaire a aussitôt cédé, revenant sur sa déclaration.

Celui-ci pourrait participer tout de même au futur gouvernement, à un poste de vice-Premier ministre ou de ministre des Affaires étrangères. Quant au poste de chef du gouvernement, il va faire l’objet de nouvelles tractations.

La présidence intérimaire veut aller vite, d’autant plus vite que les Frères musulmans maintiennent la pression dans la rue et continuent de dénoncer le coup de force de l’armée égyptienne.

Parmi les personnalités qui pourraient être désignées, figure Ahmed El-Borai, le numéro deux du parti d’el-Baradeï, mais aussi un profil moins marqué politiquement, celui par exemple de Farouk al-Okdah, l’ancien chef de la Banque centrale égyptienne.

Les salafistes en position de force

Al-Nour a donc réussi à évincer un poids lourd de la politique égyptienne du siège de Premier ministre. Fondé après la révolution de 2011, ce jeune parti jouera un rôle-clé dans la formation d'un gouvernement de transition.

Pour eux, hors de question de soutenir Mohamed el-Baradei, laïc et beaucoup trop libéral à leurs yeux, accusé d'être plus populaire dans les salons du Caire ou à Washington que dans les campagnes égyptiennes. « Monsieur el-Baradei est une personnalité technocrate, qui n'est pas en mesure de faire cesser le clivage qui prévaut dans la rue », a déclaré un haut responsable d'al-Nour.

Le parti ultraconservateur avait pourtant décidé de se joindre à la coalition des anti-Morsi, principalement composée de partis et mouvements laïcs, préférant le pragmatisme au conflit politique. Mais leur soutien à un Premier ministre comme el-Baradei risquerait de braquer les islamistes de tous bords. Une stratégie qui serait contre-productive pour al-Nour, qui compte se présenter comme une alternative aux Frères musulmans aux prochaines élections législatives.

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