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Turquie

Turquie: le soutien indéfectible d’Erdogan aux Frères musulmans égyptiens

Une affiche accrochée à une poussette, lors d'une manifestation pro-islamiste à Istanbul, montre le Premier ministre turc Erdogan en compagnie de l'ex-président égyptien Mohammed Morsi, le 1er juillet 2013.
Une affiche accrochée à une poussette, lors d'une manifestation pro-islamiste à Istanbul, montre le Premier ministre turc Erdogan en compagnie de l'ex-président égyptien Mohammed Morsi, le 1er juillet 2013. REUTERS/Murad Sezer
Texte par : Jérôme Bastion
4 mn

La Turquie, dont le Parti de la justice et du développement au pouvoir est très proche des Frères musulmans égyptiens, continue de suivre de près la situation en Egypte. D'autant que plusieurs ressortissants turcs ont été arrêtés ces derniers jours au Caire et à Louxor, parmi lesquels un journaliste dont la garde à vue vient d'être prolongée d'une quinzaine de jours. Ankara continue de dénoncer - parfois avec virulence - le coup d'Etat dont a été victime le président Morsi, ainsi que la répression de la confrérie.

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Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

Le Premier ministre turc a encore eu des mots très durs, hier, mardi 20 août, pour commenter la situation en Egypte : en effet, Recep Tayyip Erdogan n’arrive toujours pas à digérer que son ami Morsi ait été déposé comme un malpropre et placé en détention. Il n’a de cesse de dénoncer le coup d’Etat des militaires égyptiens - d’autant que lui-même a très peur de subir un jour le même sort de la part de sa propre armée - mais aussi et surtout le « complot international » censé se trouver derrière ce putsch.

M. Erdogan s’était, dans un premier temps, attaché à provoquer une condamnation voire une intervention de la communauté internationale contre la suspension de la légalité constitutionnelle en Egypte ; il avait d'ailleurs accusé les pays occidentaux notamment de « complicité coupable » en raison de leur réaction timorée. Mais depuis mardi, il est certain d’avoir trouvé le vrai coupable, le vrai commanditaire du coup d’Etat, qui serait selon lui, Israël. M. Erdogan affirme même détenir les preuves de ce complot monté par « un intellectuel français de confession israélite », pour - c’est son leitmotiv - priver les islamistes de leur victoire électorale.

Relations tendues

Le président de la République Abdullah Gül est lui, plus mesuré : il appelle à la fin des violences et de la répression et à des élections rapides et transparentes en Egypte. Les relations entre les deux capitales sont donc très tendues puisque les deux pays ont rappelé leurs ambassadeurs mutuels, après que le pouvoir intérimaire au Caire a accusé M. Erdogan de s’immiscer dans les affaires intérieures égyptiennes à force de dénoncer l'illégalité des nouveaux dirigeants égyptiens.

En Turquie, les manifestations islamistes, pro-Morsi, étaient nombreuses et relativement importantes lors des assauts policiers contre les occupants des places du Caire, mais leur rythme a considérablement baissé désormais. Il y a bien des « veilleurs de la démocratie égyptienne », défenseurs des Frères musulmans donc, qui campent depuis le week-end dernier devant une mosquée d’Istanbul, ils viennent de prolonger leur mouvement d’une semaine, mais la mobilisation reste limitée à ce modeste exemple. Il est probable qu’à une occasion ou à une autre, de nouvelles manifestations aient lieu, notamment après la grande prière du vendredi, mais cela ne concerne qu’une petite minorité malgré tout, même si la population critique d’une manière générale sans ambages le coup d’Etat du général al-Sissi.

Opposition embarrassée

Autre manifestation de solidarité, les ministres du gouvernement Erdogan profitent parfois de leurs apparitions publiques pour faire le signe rabia avec les quatre doigts de la main écartée en signe de solidarité. Le maire d’Istanbul a d'ailleurs promis de baptiser une des places de la ville du nom de Rabia justement, mais cela ne va guère au-delà de ce soutien symbolique.

Enfin, l'opposition paraît embarrassée et reste quasiment muette sur la question, au-delà de la condamnation de principe au moment où la démocratie a été suspendue en Egypte, début juillet. On sent bien en effet, comme l’écrivent souvent les éditorialistes, qu’une dénonciation trop forte des militaires passerait pour un soutien au gouvernement AKP de M. Erdogan, dont la politique est tout de même fortement contestée par les laïcs notamment depuis les manifestations de Gezi, en juin. Les manifestants de Gezi, justement, qui soutenaient les manifestants anti-Morsi du Caire n’affichent plus la même solidarité avec les opposants égyptiens au pouvoir islamiste alors en place au Caire, et observent un silence gêné. L’opposition et les intellectuels sont donc un peu pris entre deux feux, avec d’un côté le désir de défendre les principes démocratiques universels, et, de l’autre, celui de ne pas apparaître comme soutenant les islamistes, et donc par ricochet M. Erdogan.

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