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Egypte

La justice égyptienne resserre l'étau autour des Frères musulmans

Une militante des Frères musulmans, le 13 septembre dernier au Caire.
Une militante des Frères musulmans, le 13 septembre dernier au Caire. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Le tribunal des référés du Caire a interdit, lundi 23 septembre, toute activité de la confrérie des Frères musulmans. Il a par ailleurs ordonné la saisie de tous ses avoirs. C'est un nouveau coup dur pour l'ensemble des composantes de la galaxie des Frères musulmans, alors qu'une plainte est actuellement examinée par le Conseil d'Etat pour interdire, purement et simplement, la confrérie elle-même.

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Avec nos correspondants au Caire,

La décision de la cour paralyse pratiquement la confrérie. L’interdiction de toute activité signifie que les autorités pourront intervenir contre toute manifestation organisée par les Frères musulmans - comme cela est le cas chaque vendredi depuis trois mois.

Mais le jugement va plus loin, puisqu’il place les avoirs de la confrérie sous la garde du gouvernement. Cela signifie la fermeture de facto de tous les sièges et bâtiments de la confrérie dans toute l’Egypte. La confrérie est aussi privée de ses avoirs bancaires, eux aussi, saisis.

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Le tribunal est même allé plus loin encore, en ordonnant la suspension de toute activité des organisations liées aux Frères musulmans. Cela signifie que les écoles, les dispensaires et les organisations caritatives liées à la confrérie voient leurs activités gelées, en attendant d’être soumises à une commission gouvernementale ad hoc.

Une plainte est actuellement examinée par le Conseil d’Etat égyptien pour interdire la confrérie elle-même, comme cela avait été le cas en 1948 puis en 1954.

« Les Frères musulmans font partie de la société »

Cette décision marque une nouvelle étape dans la campagne de répression menée par les autorités. La confrérie a dénoncé un jugement « politique » et promis de rester présente sur le terrain. Beaucoup d’Egyptiens ont eux salué cette mesure. Dans le quartier populaire de Sakar el-Kouriche, dans le sud du Caire, certains accueillent cette annonce avec enthousiasme : « Il faut les éliminer. J’espère qu’un jour les Frères musulmans ne pourront même plus dire qu’ils sont Frères. Maintenant, tout le monde sait qui ils sont vraiment ».

A la différence des hommes avec lesquels il discute sur le pas d’une porte, Amgad Abou Leila Amam s’oppose lui à cette décision de la justice : « Les Frères musulmans font partie de la société, on ne peut pas les en écarter, explique-t-il. Mon cousin est Frère musulman, moi je ne fais pas partie des Frères. Mais je dois l’accepter, je ne peux pas ne pas lui parler ! Ce n’est pas le général Sissi qui va m’interdire d’avoir des relations avec telle ou telle personne. Et on ne peut pas interdire les associations caritatives, comme les orphelinats, même si elles sont dirigées par les Frères musulmans. Ça rend service aux gens. Personne ne peut interdire ça ! »

►À (RÉ)ÉCOUTER : Egypte: les Frères musulmans dans la clandestinité?

Ecoles, hôpitaux, orphelinats… Les activités caritatives des Frères musulmans sont elles aussi visées par cette interdiction. Des activités qui comme les autres, doivent surtout être mieux contrôlées, selon Mohamed Ahmad, un commerçant : « Ils ne rendent service aux gens que pendant les élections ! souligne-t-il. Ça ne me dérange pas qu’ils fassent partie de la société, mais il faut qu’ils respectent la loi. C’est un groupe qui travaille dans la clandestinité. Et ils disent qu’ils sont pacifiques mais ils bloquent les routes et détruisent des écoles ou des institutions ».


ANALYSE : Un statut légal toujours nébuleux

La confrérie des Frères musulmans avait été dissoute en 1954, à la suite d’un conflit avec le gouvernement des officiers libres de Nasser, rappelle notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti. Avec Sadate, puis Moubarak, la confrérie est restée une entité interdite mais tolérée. C’est pour échapper à ce côté «société secrète», sans statut juridique, que la confrérie a décidé de créer l’ONG dont les activités viennent d’être interdites par la justice.

Sur le papier, le chef du parti est un chrétien

Une ONG dont dépendaient une série d’organisations caritatives, des mosquées, des écoles et des dispensaires. Toutefois, selon des juristes, le parti Liberté et Justice des Frères musulmans n’est pas concerné par ce jugement.

D’abord, parce qu’il n’entre pas dans le cadre de la loi sur les ONG, mais relève de celle sur les partis politiques. Ensuite, la formation Liberté et Justice n’est pas officiellement affiliée aux Frères musulmans. Le parti se présente comme une formation à références islamiques et a même nommé, pour la forme, un chrétien protestant en numéro trois : Rafic Habib, qui se retrouve aujourd’hui, sur le papier, le chef du parti.

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