Syrie / Genève 2

Syrie: l’impossible équation de Genève 2

Lakhdar Brahimi espère mettre sur pied Genève 2, censée mettre fin au conflit sanglant qui dévaste la Syrie.
Lakhdar Brahimi espère mettre sur pied Genève 2, censée mettre fin au conflit sanglant qui dévaste la Syrie. AFP PHOTO /SYRIAN OBSERVATORY FOR HUMAN RIGHTS
5 mn

C’est par une étape à Damas que Lakhdar Brahimi achève ce mardi 29 octobre la tournée qui l’a conduit dans plusieurs pays du Moyen-Orient, à l’exception notable de l’Arabie Saoudite. L’émissaire spécial des Nations unies pour la Syrie espère toujours mettre sur pied, d’ici à la fin du mois de novembre, la conférence de paix dite de Genève 2, censée renouer les fils du dialogue entre le régime syrien et l’opposition à Bachar el-Assad. Mais pour y parvenir, Lakdhar Brahimi doit lever trois obstacles majeurs : le refus de l’opposition en exil de participer à la conférence, le rejet catégorique de cette conférence par les groupes rebelles actifs sur le terrain, et les réticences de certaines puissances régionales.

Publicité

De tous les obstacles qui se dressent devant l’organisation de Genève 2, le plus insurmontable reste à priori le refus de l’opposition d’y participer. Dans un premier temps, les déclarations encourageantes d’Ahmad Jarba, le président de la Coalition nationale syrienne – l’entité regroupant l’ensemble des groupes hostiles au régime syrien- ont laissé croire qu’une participation de la coalition des opposants à Bachar el-Assad était envisageable.

Puis ce fut la douche froide, avec le refus catégorique signifié à la mi-octobre par le Conseil national syrien, principale formation de la Coalition. « Qu’il s’agisse de Genève 1, 2 ou 3, je suis sûr que nous parviendrons un jour à nous retrouver autour d’une table pour négocier, explique Abdelahad Astepho, membre du conseil exécutif du CNS, mais sans Bachar et sa bande ! » Car c’est là le principal écueil de Genève 2 : l’opposition refuse de participer à la conférence tant qu’elle n’aura pas de garantie sur la mise à l’écart du président syrien. Garantie que ni les Etats-Unis, ni Lakhdar Brahimi ne sont en mesure d’apporter.

Ne pas se couper des groupes combattants de l’intérieur

Ce refus catégorique du CNS s’explique bien sûr par le souci stratégique de ne pas conforter le président syrien en lui reconnaissant un quelconque rôle dans la transition à venir. Mais il provient également de la volonté des dirigeants de l’opposition en exil de ne pas se couper définitivement des groupes rebelles combattant en Syrie. Car ces derniers sont farouchement opposés à toute idée de négociation avec le régime syrien.

Dimanche 27 octobre, une vingtaine de brigades a ainsi qualifié de « trahison » toute participation à Genève 2 si la conférence devait se faire sur une autre base que le départ de Bachar el-Assad. Les brigades ajoutent qu’une participation, dans ces conditions, à la conférence de paix, serait passible d’un procès, et donc, en filigrane, de condamnation à mort. « Cette déclaration a été signée par des groupes qui ne sont pas tous des jihadistes proclamés, note David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique. C’est le cas du Liwad al-Tawhid, qui était proche de l’Armée syrienne libre et donc en principe de l’opposition militaire dite modérée. Il y a donc un refus catégorique de Genève 2 d’une grande partie des groupes rebelles, et pas seulement des groupes islamistes ».

Le jeu des puissances régionales

Autre obstacle sur la route de Genève 2, et non des moindres, le jeu des grandes puissances régionales. D’un côté celui de l’Iran, soutien inconditionnel du régime syrien, et dont une éventuelle participation à la conférence serait considérée comme rédhibitoire par l’opposition syrienne.

→ A (RE)LIRE : Bras de fer au Liban entre l'Arabie saoudite et l'Iran

De l’autre, celui de l’Arabie Saoudite, l’un des principaux soutiens de la région à la rébellion aux côtés de la Turquie et du Qatar. L’Arabie Saoudite aurait pu jouer un rôle majeur en faisant pression sur les groupes rebelles qu’elle parraine, mais elle ne cache plus son hostilité à l’organisation de la conférence de paix. « L’Arabie Saoudite considère que les Etats-Unis n’ont pas fait ce qu’ils devaient faire après les attaques chimiques du mois d’août, estime David Rigoulet-Roze. Il y a donc une sorte de dépit de la part de Ryad vis-à-vis de la politique américaine, et les Saoudiens considèrent qu’ils ont leur propre agenda. Ce qui est problématique, car bien entendu cela va favoriser, sur le terrain, une mouvance salafiste qui n’est pas du tout favorable à la négociation. »

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail